Un métro sous-lacustre et des oasis pour revaloriser la rade

Aménagement Des universitaires ont planché sur le réaménagement de la rade. Avec un brin d’utopie, pour lancer le débat.

Les étudiants ont modifié une image de synthèse du projet de Plage des Eaux-Vives et ajouté une station de leur Blue metro.

Les étudiants ont modifié une image de synthèse du projet de Plage des Eaux-Vives et ajouté une station de leur Blue metro. Image: Courtoisie Etat de Genève

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En 2050, on déposera sa voiture au P+R de Versoix, avant d’emprunter un ascenseur pour prendre le Blue Metro 60 mètres sous terre. En quelques minutes, on aura traversé le lac et atteint Anières. En surface, un bus nous amènera à l’arrêt «Plage des Eaux- Vives» pour un petit-déjeuner dans l’une des oasis de la rade, ouvertes été comme hiver.

Un brin utopique, cette vision? Sûrement. Ses auteurs en sont tout à fait conscients. «Ce sont des idées, et non des projets; notre objectif est d’alimenter une réflexion et d’intégrer l’enthousiasme étudiant-citoyen dans un projet d’avenir», explique Alexandre Hedjazi. Ce professeur de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève a consacré un semestre de son cours «Maîtrise en développement territorial» à la problématique de la réhabilitation urbaine. Inspiré par le concours d’idées lancé par le maire Guillaume Barazzone pour revaloriser la rade, il a fait plancher sur le sujet une vingtaine d’étudiants et sélectionné les deux meilleurs projets.

«Au cœur d’un territoire métropolitain en pleine évolution, l’aménagement de la rade n’a pas beaucoup évolué depuis le XIXe siècle, rapporte le professeur. Son rôle et sa contribution à la ville et sa région sont limités par son espace confiné, avec des pressions de plus en plus importantes en termes environnementaux et économiques.» Les étudiants se sont donc penchés sur les défis suivants: comment décongestionner la rade, augmenter sa capacité écologique ou encore améliorer sa contribution au bien-être de la population et son attractivité?

Tronçon de 24 kilomètres

Le groupe lauréat s’est concentré sur la question des transports. «Cela nous paraissait être le problème le plus évident de la rade, complètement bouchée aux heures de pointe, rapporte Oriane Montfort, étudiante. Nous aurions pu proposer un projet de mobilité douce classique, mais nous voulions sortir de l’ordinaire. C’est le cas avec le Blue Metro, un projet sous-marin qui permet de conserver intact le paysage historique.»

Ce métro souterrain s’étend sur 24 km autour de la rade, neuf arrêts de Versoix à Bel-Air, de Vésenaz à Anières. Et une traversée du lac. En surface, des connexions avec les TPG. «Nous avons élargi la réflexion en intégrant Vaud et la France car Genève doit être pensé en termes d’agglomération au sens large, précise Brendan Drezen. Pour que les voitures soient laissées en périphérie, il faut que les transports publics présentent une attractivité, qu’ils soient perçus comme une véritable alternative aux transports individuels. Or ce n’est pas le cas aujourd’hui, on perd trop de temps entre les changements d’infrastructure. Nous avons voulu pallier ça.»

Le Blue Metro est pratique mais aussi écologique. «Des éoliennes sous-marines sont installées à chaque station, alimentées par les courants pour produire de l’électricité, continue Oriane. Et nous pensions utiliser les tronçons du Blue Metro pour étendre GeniLac (ndlr: l’eau du lac utilisée pour rafraîchir et chauffer des bâtiments du quartier des Nations) aux zones limitrophes.»

Le projet table sur une mise en œuvre pour 2050. Il impliquerait la construction de P+R en périphérie. Sur quels terrains? Et quel impact aurait-il sur la faune et la flore sous-marines? Sans parler du financement… «Nous n’avons pas étudié en détail toutes ces problématiques! concède Rafaël Nascimento. Notre but était de proposer des pistes de réflexion. Ce projet est utopique, il serait extrêmement coûteux à la réalisation et engendrerait de lourds travaux. Mais il reste une idée intéressante pour rendre la rade plus verte et accueillante pour la mobilité douce.» Brendan ajoute: «Nous n’avons pas étudié la faisabilité réelle du Blue Metro en tenant compte des fonds lacustres de la rade notamment. Mais d’autres projets sous-marins ont déjà été réalisés ailleurs, comme une voie ferrée sous-marine de 13 km reliant deux quartiers d’une ville en Turquie.»

Ilot de culture et de détente

Le deuxième projet lauréat s’est concentré, lui, sur la question du développement durable. Il vise à associer bien-être et sensibilisation, explique Delphine Avrial, co-auteure. Pour cela, son groupe a imaginé des oasis thématiques. «Elles prennent différentes formes: des îlots de verdure pour se détendre, des lieux de rencontre sous des parasols solaires qui procurent de l’ombre et la possibilité de recharger des appareils électroniques. Ou encore des oasis où l’on se cultive, avec des indications sur l’histoire des lieux, la faune et la flore, l’écologie, accessibles par le biais d’un smartphone. Ou encore des îlots avec des jeux pour enfants.»

Alexandre Hedjazi relève que l’un des aspects intéressants de ce projet est la prise en compte d’une fonctionnalité toute l’année, «surtout en hiver, lorsque la population tourne le dos à la rade». Delphine développe: «On pourrait installer des chaufferettes, en trouvant un modèle qui soit écologique, se servir de la géothermie, entre autres.» Enfin, conclut l’étudiante, la construction de ces oasis ne nécessiterait pas de grands travaux, elles peuvent être réalisées sur le court terme. «Notre idée est d’échelonner les constructions. Et à chaque fois, plusieurs projets seraient soumis aux habitants du quartier, à travers un sondage sur les réseaux sociaux par exemple.»

(TDG)

Créé: 22.02.2017, 18h48

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