Menacée de disparition, une institution de la BD est sauvée

GenèveUne association a décidé de reprendre Cumulus et l'héritage de sa fondatrice Christine Wagnières, pionnière du monde de la bande-dessinée en Suisse.

Derrière Leticia Ramos, la porte de la librairie Cumulus, au 5 de la rue des Etuves, est à nouveau ouverte.

Derrière Leticia Ramos, la porte de la librairie Cumulus, au 5 de la rue des Etuves, est à nouveau ouverte. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Durant trois mois, la vitrine de la librairie Cumulus est restée désespérément vide. Plus de bandes dessinées, plus de lumière, plus rien. Seule note de couleur, une grande affiche orange. Dessus, la silhouette dessinée de la fondatrice des lieux et figure du quartier de Saint-Gervais, Christine Wagnières, malheureusement disparue en mars. Le destin de la plus vieille librairie de bande dessinée de Genève en activité – 40 ans en 2016 – semblait alors bien sombre.

Cumulus pour toujours

Pourtant depuis le début du mois — et malgré la faillite déclarée fin juin — des ombres derrière la vitrine semblent témoigner d’une nouvelle activité. «Perdre Christine a été difficile pour tout le quartier, je ne voulais pas en plus voir son héritage disparaître, confie Leticia Ramos, ancienne employée du Cumulus à l’origine du projet. Alors on a fait en sorte que ça n’arrive pas.» «On», soit l’association au nom sans équivoque «Cumulus Forever» — «Cumulus pour toujours» — qui s’est montée au cours de l’été pour reprendre le magasin. «Tel quel, avec les meubles, le nom et le même esprit», souligne Leticia Ramos.

Et force est de constater que le concept a su séduire au cœur même du monde de la bande dessinée genevoise. Parmi les trois membres que compte l’association, le nom de Daniel Pellegrino ne passe pas inaperçu. Cofondateur de la maison d’édition genevoise spécialisée Atrabile, il rappelle que le magasin a été considéré durant trente ans comme un lieu de rencontre entre amateurs du 9e art, étudiants en art déco, auteurs en devenir et même touristes. Les bédéistes genevois Wazem et Tom Tirabosco soulignaient d’ailleurs sur notre site le soutien mutuel qui existait entre la librairie et les artistes locaux.

Parcours de la BD

«On allait finir par se sentir seul», plaisante Philibert Gilliéron, fondateur de l'Oreille Cassée, autre librairie de bande dessinée du quartier. Loin de craindre la concurrence, l'homme se réjouit de la nouvelle. «Les alentours de la place Grenus ont représenté durant plusieurs décennies le centre du 9e art à Genève. Il y avait le Paradoxe Perdu – qui a depuis fermé ses portes après avoir déménagé à la rue des Bains – et ses comics, Cumulus plutôt axé sur le local, nous qui étions davantage dans la nouveauté, Papier Gras un peu plus loin ou encore Imagination et ses mangas un peu plus tard.» Des enseignes qui «se complétaient», qui formaient «presque un parcours» poursuit Philibert Gilliéron. «Les amateurs pouvaient passer l'après-midi à tourner dans le périmètre.»

La Bretelle comme modèle

«Reprendre Cumulus, ce n'est pas juste reprendre une librairie, c'est aussi continuer à faire vivre le quartier», renchérit Daniel Pellegrino. En pleine métamorphose depuis l'arrivée de l'imposant voisin HSBC, le visage de la rue des Etuves et de ses environs a fortement changé ces dernières années. La fameuse gentrification à coup d'ouverture de bars et de restaurants. «Ce n'est pas une mauvaise chose en soit, commente Leticia Ramos. Mais il ne faut pas enlever aux habitants de toujours l'intégralité de leurs repères. Christine et sa librairie en faisaient partie. La Bretelle aussi.» Le célèbre bistro populaire, à l’image du quartier, a d'ailleurs servi de modèle à la repreneuse de Cumulus – «ils nous ont montré la voie». En mars, la gérance immobilière de la Ville – qui gère aussi l'arcade de la librairie – s'était laissée séduire par le projet d'une association qui désirait reprendre le bar. Des étudiants réunis sous la bannière des «Amis de la Bretelle» pour la défense d'une institution du quartier.

Dans la boutique, derrière Leticia Ramos, les étagères sont recouvertes d’anciennes éditions. Des originaux parfois. Des albums pour les collectionneurs. «Au moment de la faillite, nous avons dû retourner les nouveautés, se souvient la nouvelle patronne des lieux. Ce qui reste, c’est en quelque sorte l’héritage de Christine. Des pièces qui nous permettront de poursuivre l’aventure.» «Cumulus Forever» a signé un bail de deux ans. Avec la ferme volonté de le renouveler.

Créé: 18.10.2015, 14h05

Galerie photo

Mort d'une figure de la BD locale

Mort d'une figure de la BD locale Propriétaire de la librairie spécialisée Cumulus, Christine Wagnières est décédée jeudi. Hommages.

Le retour du Paradoxe Perdu

On avait quitté le Paradoxe Perdu, célèbre enseigne de comics — bande dessinée américaine — en juin, au moment de sa fermeture définitive à la rue des Bains. La fin d’une époque pour toute la communauté genevoise des fans de superhéros et de science-fiction, après trente-trois ans d’existence. Quelques mois plus tard, les nouvelles ont pris un tour aussi réjouissant qu’inattendu. Jérome Piroué, le fondateur de la librairie, annonce qu’il devrait en effet faire partie de la nouvelle aventure Cumulus, et ce dès le mois prochain. Après discussion, ils se sont en effet entendus avec Leticia Ramos sur un espace comics au sein de l’arcade. «Un retour aux sources en quelque sorte, raconte un Jérome Piroué. Il faut savoir que c’est Christine Wagnières qui m’a permis de me lancer en me transmettant à l’époque une arcade à condition que je ne fasse pas dans la BD franco-belge.» Quelque trente ans plus tard, le marché tient toujours.

Articles en relation

Mort d’une figure de la BD locale

Genève Propriétaire de la librairie spécialisée Cumulus, Christine Wagnières est décédée jeudi. Hommages. Plus...

A Genève, Grenus redessine ses nuits

Vie de quartier La portion sud-est de Saint-Gervais change de visage à coups d’ouvertures de bars et restaurants. Plus...

La librairie de l’imaginaire s’apprête à tourner la page

Genève Après 33 ans, le Paradoxe Perdu, paradis de la science-fiction et de la BD américaine, ferme ses portes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mayor et Queloz reçoivent leur prix Nobel à Stockholm
Plus...