Comment la menace terroriste révèle nos limites

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Depuis une semaine, Genève attend d’en savoir plus sur la menace terroriste dont elle serait l’objet. Quel qu’en soit le dénouement, que l’on espère le plus anodin possible, le moment est historique. Jusqu’ici, le Canton et plus largement la Suisse n’avaient jamais lancé d’alerte attentats.

Mais les temps ont changé sous la pression d’un terrorisme pour lequel toute cible semble désormais bonne à prendre, le dernier attentat aveugle de Paris rappelant, à la différence de celui de janvier, ceux de Madrid (2004) ou de Londres (2005).

Dans ce contexte, fallait-il la semaine passée alerter la population de la possibilité d’un attentat à Genève au risque de l’inquiéter? Oui, par principe. Les citoyens ne sont pas des moutons administrés par des bergers qui savent ce qui est bon pour eux. Oui aussi pour des raisons pratiques, puisqu’en diffusant largement au sein des forces de l’ordre suisses le portrait de possibles terroristes, il devenait ensuite illusoire de prétendre cacher l’alerte. Oui, enfin, parce qu’on imagine sans peine les réactions du public découvrant après un attentat que les autorités savaient et n’avaient rien dit.

L’évolution du terrorisme nécessite une adaptation de la réponse suisse. Or, de l’aveu même de la Confédération, qui a publié deux rapports sur la question cette année, les instruments actuels ne suffisent pas. Ces documents soulignent en particulier l’urgence d’une collaboration plus étroite entre les cantons et la Confédération. A cet égard, les tensions apparentes entre le Ministère public de la Confédération et le Ministère public genevois pour savoir qui prendrait la main s’ajoutent au constat. Un autre rebondissement de la crise, l’étrange affaire de la «camionnette» belge passée par les Rousses, met également en exergue la difficulté de la collaboration internationale. Enfin, la capacité physique du renseignement suisse, qui compte 272 collaborateurs seulement, pour exploiter rapidement les renseignements utiles a été mise en cause à plusieurs reprises par les autorités genevoises. Une fois encore, il semble que le fédéralisme helvétique, lent, lourd et parcimonieux, soit facilement pris en défaut. Pour l’instant sans frais.

Mais c’est notre système. Et l’histoire des luttes antiterroristes passées en Europe démontre que les succès remportés contre ces mouvements sont liés non seulement aux réponses sécuritaires immédiates, mais aussi, quoi qu’il arrive, à un attachement têtu au respect de l’Etat de droit, à la cohésion sociale et plus largement au respect des valeurs universelles, résumées dans la Convention européenne des droits de l’homme.

(TDG)

Créé: 17.12.2015, 17h38

Marc Bretton
Rubrique Genève

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