«Mon meilleur souvenir? La joie de mon papa quand on a reçu Bill Clinton»

Hôtellerie Les propriétaires de l’hôtel des Armures passent le relais. Et se livrent pour la première fois.

Aux Armures, les rôles étaient clairs: Pierre-Marin Borgeat aux commandes du restaurant, et Nicole à la tête de l’hôtel.

Aux Armures, les rôles étaient clairs: Pierre-Marin Borgeat aux commandes du restaurant, et Nicole à la tête de l’hôtel. Image: STEEVE IUNCKER GOMEZ

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Le couple propriétaire de l’hôtel-restaurant Les Armures, Pierre-Marin et Nicole Borgeat, transmet le témoin de la gérance de cet établissement cinq étoiles de la Vieille-Ville, après plus de trente ans passés à la tête de l’entreprise familiale. Dès aujourd’hui, c’est Marc-Antoine Nissille, directeur des hôtels Tiffany et Easwest, qui reprend le flambeau. Paul Muller, président du groupe Manotel, sera actionnaire individuel. Le couple historique, qui reste propriétaire des murs, nous accorde une toute première interview.

– Nicole Borgeat, votre père Amédée Granges était propriétaire du plus vieux café de Genève. Vous êtes née aux Armures, donc vous n’avez pas pensé à vendre?

– N.B: Non, on le laisse en location-gérance, c’est plus intéressant. On a deux enfants, c’est quand même une garantie.

– En 1977, votre père crée un hôtel en plus du restaurant

– N.B: Oui, l’imprimerie qui occupait le rez-de-chaussée est transformée en réception et les appartements aux étages en chambres. J’ai fait l’ouverture de l’hôtel en 1980, et en suis devenue directrice quelques années plus tard.

– Pierre-Marin, comment arrivez-vous dans l’histoire?

– P.-M.B: J’étais professeur de golf à Cologny, c’est là que j’ai rencontré Nicole.

– N.B: Un classique: l’élève qui tombe amoureuse de son professeur!

– P.-M.B: On s’est mariés en 1986. En raison d’un problème de santé, mon avenir sportif était hypothéqué. J’ai pris la décision difficile de me reconvertir dans un métier auquel je ne connaissais rien. J’avais une formation commerciale, et d’excellents rapports avec mon beau-père, alors j’ai pris la partie administrative du restaurant en 1989. Ça a été très dur.

– N.B: En tant que beau-fils, on ne l’a pas épargné.

– Depuis soixante ans, le restaurant est aux mains de votre famille, pourtant vous apparaissez peu. Pourquoi?

– N.B: C’est une volonté. Je ne suis pas une mondaine.

– P.-M.B: On vient de la terre, on descend de paysans. On est discrets, sérieux, travailleurs, on n’a pas le temps d’aller dans les soirées.

– Paradoxalement, vous affichez des personnalités sur votre site

– N.B: Pour montrer que c’est un hôtel où les personnalités viennent volontiers, elles sont d’accord d’apparaître.

– Avec le Beau-Rivage, vous êtes l’un des rares hôtels familiaux. Comment survivre face aux grandes chaînes?

– P.-M.B: Avec le travail, le sérieux, et la proximité avec le client. Dans un établissement de 400 chambres c’est impossible. Là, avec 32 chambres, on reste à échelle humaine.

– N.B: Le service. Ici on a le temps de s’occuper des gens.

Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs?

– N.B: Le meilleur est peut-être celui de la joie de mon papa quand on a reçu Bill Clinton. Il avait réservé sous un faux nom, donc c’était une surprise de dernière minute. Pour mon père c’était une espèce d’aboutissement, sa fierté m’a marquée. Et j’ai vu des clients américains émus aux larmes.

– P.-M.B:: Le meilleur c’est aujourd’hui car je pars, et le pire c’est aujourd’hui car je pars.

– Vous êtes soulagés d’arrêter?

– N.B: Oui, on a 60 ans, il faut qu’on profite un peu. On a deux enfants, et pour la vie de famille, ce métier n’est pas facile.

– P.-M.B: Pour mener une affaire à bien, il faut une énergie, la pêche. Je n’apporte plus rien.

– Comment avez-vous choisi vos successeurs?

– N.B: J’ai fait l’école hôtelière avec Paul Muller, on se connaît depuis longtemps. Je lui ai dit que je voulais remettre la gérance, et ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

– P.-M.B: De grands professionnels vont reprendre la maison, ils ont fait leurs preuves sur la place.

– Quel est le chiffre d’affaires de l’établissement?

– N.B: C’est une affaire saine, qui marche bien.

– P.-M.B: Si on laisse en gérance, ce n’est pas parce qu’on est en difficultés.

– Qu’allez-vous faire de votre retraite?

– N.B: On n’a pas eu le temps de se poser la question, de se projeter. P.-M.B: Je vais me remettre à ma passion du golf et du vélo. Je n’ai pas peur de l’ennui.

(TDG)

Créé: 31.08.2017, 16h56

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