Le mégachantier de l’Étang est lancé: 1000 logements et 2500 emplois à la clé

AménagementLa première pierre du futur quartier a été posée hier. Ce chantier à 1,4 milliard de francs est l’un des plus grands de Suisse.

Le quartier de l’Étang, à deux pas des Avanchets, avec l’aéroport en toile de fond. Les immeubles d’activité longent la voie ferrée au premier plan et l’autoroute. Les logements sont au milieu, avec le bâtiment de la commune (école, maison de quartier, crèche, salle de gymnastique).

Le quartier de l’Étang, à deux pas des Avanchets, avec l’aéroport en toile de fond. Les immeubles d’activité longent la voie ferrée au premier plan et l’autoroute. Les logements sont au milieu, avec le bâtiment de la commune (école, maison de quartier, crèche, salle de gymnastique).

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C’est le chantier des superlatifs. De par sa taille, de par les montants engagés, mais aussi de par sa rapidité d’exécution. Imaginé il y a dix ans à peine, le quartier de l’Étang est sur les rails. La cérémonie de la première pierre s’est déroulée vendredi matin, en présence du promoteur du projet, l’homme d’affaires Claude Berda.

Le quartier de l’Étang va livrer ses premiers logements en 2021, en même temps que son école. L’ensemble du projet sera terminée en 2023. C’est donc tambour battant que sera mené ce mégachantier, sachant qu’il s’agit de construire 250 000 m2 de surfaces. Un investissement de 1,4 milliard de francs!

Commerce en ligne

Au final, le quartier comprendra 1000 logements, de quoi loger 2500 habitants. S’ajouteront des surfaces d’activité pour 2500 emplois. Trois hôtels, une clinique de jour, des commerces d’alimentation et des bureaux sont prévus. «Nous louerons aussi des surfaces pour les nouvelles activités de commerce en ligne», explique Jean-Bernard Buchs, administrateur de Bugena SA, la société qui monte le projet et dont Claude Berda est actionnaire.

Chauffé à distance, le quartier sera peu gourmand en énergie. Il a d’ailleurs reçu la certification «Site 2000 watts», qui tient aussi compte des efforts faits en matière de mobilité douce.

L’Étang, et l’image ci-dessus en donne un aperçu éloquent, présentera une forte densité (un indice d’utilisation du sol de 3). C’est très largement au-dessus de ce qui se fait en périphérie, et cela correspond aux secteurs du centre-ville les plus denses.

«A l'école à pied»

«Ce sera un quartier de ville, affirme Claude Berda. Le malheur de la modernité, c’est de ne faire que des immeubles de logements. Pour moi, une ville, c’est un endroit où on se connaît, on se fréquente, avec une place de marché, des commerces et des activités. Ici, il faut que les parents puissent accompagner leurs enfants à l’école à pied.»

Pour la commune de Vernier, l’Étang représente une aubaine avec ses places de travail, mais aussi un enjeu de taille. «Il est au cœur de notre géographie, et doit relier et resserrer les liens entre nos quartiers, affirme son maire, Yvan Rochat. L’Étang doit aussi permettre de faire reculer le mal-développement de notre commune avec son cortège de nuisances.» Il espère qu’après l’Étang, ce seront les citernes, à un jet de pierre, qu’on valorisera.

Il est vrai que le secteur est mal doté. Le rail, l’autoroute et la route de Meyrin le cernent et les avions ne sont pas loin. C’est d’ailleurs pour protéger les habitations des nuisances que les immeubles d’activité seront érigés au bord du périmètre, et les logements au milieu.

Cette situation défavorable a fait la chance de Claude Berda. Construire ici, sur cette friche industrielle, c’est son idée. «C’était en 2007. Je visitais un garage qui vendait des vieilles voitures. J’ai vu ce secteur et eu envie de construire.»

Pour maîtriser tous les terrains, le promoteur a tout simplement acheté la quinzaine de sociétés qui s’y trouvaient. Un travail de longue haleine, réalisé par Jean-Bernard Buchs à coups de très nombreux millions.

Le test de la densité

Une fois les parcelles acquises, tout a été très vite. Pas d’opposition locale, une commune bien disposée et un pilotage du projet très professionnel. L’État s’est aussi fortement impliqué dans le projet, comme l’a souligné le conseiller d’État Antonio Hodgers. «Les grandes étapes de la procédure ont été menées en trois-quatre ans, ce qui constitue un exploit.»

Mais Antonio Hodgers l’a souligné à l’adresse de Claude Berda: «Les collectivités publiques ont tenu leurs engagements, à vous de tenir les vôtres en assurant la qualité du projet.» Un avertissement qui n’est pas innocent. Car si l’État prône la densité, celle-ci est souvent décriée. Il revient au quartier de l’Étang de faire la preuve de ses vertus.


Claude Berda, du commerce de jeans à l’immobilier

L’homme est une légende vivante. Parti de rien, il s’est bâti une fortune, d’abord grâce au commerce de pantalons, puis en vendant des chansons et des séries télévisuelles, avant d’entrer dans la cour des grands, celle des affaires immobilières.

Né en 1947, on le retrouve à Paris en 1968. Au moment où les étudiants lancent les pavés, il leur vend des jeans. Sa chaîne comptera 75 magasins. La bonne fortune est avec lui.

Tous les dix ans, Claude Berda change de métier. À 30 ans, il rencontre Jean-Luc Azoulay. «Les études de médecine l’ennuyaient», lâche Claude Berda, fasciné par Frank Sinatra. Les deux compères s’entendent bien et fondent la société AB Production. L’audiovisuel décolle. La mayonnaise prend vite. Leur chanson Mustapha deviendra disque d’or. Claude Berda s’en souvient toujours, entonnant hier à Vernier ses premières paroles: «Chérie, je t’aime, chérie je t’adore…»

À 40 ans, il lance Dorothée. Enchaîne les succès. Dix ans plus tard, c’est la série Navarro qui fait le buzz. «C’est simple, nous avons tout acheté!» La société AB Production est alors cotée en Bourse, à New York. Claude Berda, lui, s’installe à Genève. Il achète une poignée de bâtiments. «J’ai tout de suite remarqué que les impayés dans l’immobilier étaient très bas en Suisse, par rapport à la France.» Il croise alors Jean-Bernard Buchs, qui dirige une fiduciaire. «Le vrai patron, c’est lui. Il me corrige tout le temps», indique Claude Berda à l’adresse du Genevois. En juin 2008, le sexagénaire apparaît sur les radars des médias en vendant sa part de 5,65% du capital du géant de la construction Implenia. Avec le produit de la vente, il ramasse le groupe Privera, payé cash 27,2 millions de francs. Il se retrouve du jour au lendemain à la tête de la gestion de 3500 immeubles! Claude Berda réside alors dans une belle propriété, à Cologny.

Il est au bénéfice du forfait fiscal. Fraîchement naturalisé suisse, il décide de déménager à Bruxelles en 2013, très fâché suite à un litige juridique qui fait grand bruit à l’époque. Une légende circule à Genève: il aurait quitté les bords du Léman pour la capitale belge en raison d’une facture fiscale devenue salée. À son niveau, l’impôt sur la fortune représente à lui seul 1% de la masse, et sa fortune est estimée entre 1,5 et 2 milliards de francs par Bilan. En 2015, le promoteur rachète aussi 50% de la régie genevoise Gérofinance-Dunand. Claude Berda n’a pas souhaité commenter cela vendredi. Il préfère se retirer peu à peu de ses affaires et «profiter de la vie». Le promoteur est aussi fidèle en amitié. Comme le confirme un autre Claude, l’ancien président de l’Assemblée nationale française Bartolone: «Claude Berda m’a demandé de venir à Genève, je suis venu. Notre amitié date de 35 ans.» Vendredi, à Vernier, Claude Berda était courtisé de partout. Et, en période électorale, très entouré par la classe politique du cru. Roland Rossier

Jean-Bernard Buchs (à gauche) et Claude Berda portent le projet. DR

(TDG)

Créé: 16.03.2018, 18h35

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