Méfiants, les commerçants de la Servette réclament les expertises

Immeubles évacuésUne dizaine de professionnels de la santé ou d’arcades commerciales sont aussi sous pression.

L’évacuation des locataires et des commerçants de la rue de la Servette est-elle urgente?

L’évacuation des locataires et des commerçants de la rue de la Servette est-elle urgente? Image: Enrico Gastaldello

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Pendant que les locataires du 89, rue de la Servette sont confrontés à un déménagement d’urgence, les commerçants des arcades et les professionnels de la santé qui travaillent aux numéros 89 et 91 sont en colère. Pour eux, c’est une question de vie ou de mort commerciale.

«Pourquoi ne nous fournit-on pas toutes les expertises?» demandent-ils en substance. Et ils réitèrent leur incompréhension, abondant dans le sens des habitants (lire notre édition du 8 octobre). Interpellé, le propriétaire devrait détailler son expertise. Ce qui reste aussi au travers de la gorge des commerçants, c’est que la régie Brolliet a évoqué une coupure d’électricité et de chauffage pour ce soir. «Des médicaments sont conservés dans nos frigos. En cas de coupure de l’électricité, 180 traitements sont perdus», souligne un médecin, bien décidé à rester encore quelques jours dans son cabinet.

Les patients se plaignent

Mais, rassure Marc Comina, porte-parole du propriétaire (La Foncière) et de la régie, «cette mesure absolument nécessaire pour sécuriser l’immeuble ne sera prise qu’après que le dernier locataire aura quitté celui-ci».

Avec sa consœur, ce médecin évoque encore les «quinze mois d’enfer» qu’ils ont vécus. «Des piliers ont été placés à l’intérieur du cabinet. Les patients se sont plaints du bruit, de la poussière, des saletés», détaille ce praticien.

Le 27 août, ce médecin n’a disposé que de deux jours pour déplacer sa clientèle en raison de «travaux bruyants». Et l’annonce de la présence de «vigiles» passe très mal tant chez les locataires qu’auprès des commerçants. «Les accès de l’immeuble devront être contrôlés afin d’assurer la sécurité des personnes», justifie Marc Comina.

De la méfiance

La colère gronde aussi dans le cabinet dentaire voisin. «Une arcade m’a été proposée à la rue de Lausanne», résume l’un des dentistes louant les locaux. Mais les investissements nécessaires à la création d’un cabinet se chiffrent facilement à un demi-million de francs. Sans compter le manque à gagner lié au temps nécessaire pour l’installer.

Les exploitants des arcades sont aussi très méfiants. «Je ne comprends pas la manière dont La Foncière précipite les choses, relate le cafetier. J’ai reçu lundi soir à 22 heures un mail pour me dire que je devais rendre mes clés mercredi. Je ne comprends pas le positionnement de l’État. On dirait de l’indifférence. Il aurait pu exiger une contre-expertise et nous défendre.» Le gérant du salon de coiffure qui travaille dans ce quartier depuis près de vingt ans a un discours similaire.

Dans des cas de remise de commerce, l’un des actifs les plus importants des exploitants, associés ou entrepreneurs, c’est naturellement la clientèle. Or, des professionnels comme un coiffeur ou un dentiste peuvent surtout compter sur une clientèle locale et fidèle. Les patients, et en particulier les personnes âgées, n’aiment pas changer de médecin ou de dentiste. «En matière de baux commerciaux, chaque cas est différent selon le domaine d’activité et le chiffre d’affaires», précise Marc Comina. L’heure est désormais à la négociation entre professionnels et propriétaire.

Créé: 09.10.2019, 07h00

Deux propriétaires unis par les mêmes dalles

Unis par les mêmes dalles, les deux propriétaires des immeubles concernés sont confrontés à des situations différentes. La Foncière, qui possède les numéros 89 et 91 de la rue de la Servette,doit faire face à la colère ou à l’incompréhension de 70 locataires et d’une dizaine de professionnels. Coté en Bourse, ce fonds immobilier possède plus de 40 immeubles dans le canton, pratiquement tous situés à Genève, sauf trois à Onex, un à Lancy et un à Carouge.

Au 93, le propriétaire,la société zurichoise Great Swiss Stores (GSS), reste pour l’heure dans l’œil du cyclone. Les bureaux ont été vidés et ses deux gros locataires, Migros et McDonald’s, ont baissé leurs rideaux. Mais qui possède GSS? Ni Rilana Wolf-Bayard, présidente du conseil de cette société, ni Benno Affentranger, porte-parole de Bouygues Énergies & Services, gérant de l’immeuble, n’ont souhaité fournir pour l’heure cette information. Le second s’est aussi refusé, à ce stade, à dévoiler les projets de cette société zurichoise.

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