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La médecine privée lance les Assises de la santé

Avec le soutien de l'Entente, cliniques et médecins invitent l'Etat à revoir le système de soins. Afin de réduire les coûts.

"On peine à voir le projet. Il faut trouver un équilibre entre le public et le privé." Président de l'Association des médecins, Michel Matter.
"On peine à voir le projet. Il faut trouver un équilibre entre le public et le privé." Président de l'Association des médecins, Michel Matter.
Georges Cabrera

Préserver une médecine de qualité en réduisant les coûts de la santé alors que la population augmente et vieillit. La quadrature du cercle? Non, assurent l’Association des cliniques privées et l’Association des médecins de Genève (AMG). L’objectif est atteignable pour autant que Genève s’en donne les moyens. Soutenues par la Fédération des entreprises romandes et l’Entente (PDC et PLR), elles ont lancé ce mardi l’idée d’Assises de la santé. Tendant la main au politique, elles lui suggèrent de tenir des États généraux de la santé… afin de revoir complètement le système de santé.

Derrière cette invitation polie, ces acteurs ne dissimulent pas le constat d’échec qu’ils font de la politique actuelle. Les coûts de la santé se sont envolés en quatre ans (+20,8%). «On peine à voir le projet du magistrat Poggia», lance Michel Matter, président de l’AMG. «Les coûts sont devenus la première préoccupation des Suisses, cette bombe sociale menace d’exploser, enchaîne Gilles Rufenacht, au nom des cliniques. Nous ne voulons pas désigner de coupables mais fédérer tous les acteurs autour d’un grand projet.»

Quel projet? Il s’agirait d’abord de créer une plateforme réunissant dès ce printemps les hôpitaux publics et privés, les cliniques de réhabilitation, les associations de médecins, les maisons de santé et les institutions de soins à domicile. Il faudrait dresser l’inventaire de l’offre actuelle, en prenant la mesure du virage vers la médecine ambulatoire. L’idée est de sortir de la compétition et de s’engager dans la coopération et le partage des activités, en répartissant des pôles de compétence. «Le sujet doit être abordé sans tabou, y compris de notre côté: les cliniques ne peuvent plus tout faire», lâche Gilles Rufenacht.

Etre soigné chez soi

Ce partage permettra de diminuer les coûts, surtout si l’on approfondit les pistes lancées par le mouvement «Smarter Medicine», qui liste les gestes et examens inutiles. L’analyse des réformes ayant réussi dans d’autres cantons devrait aussi être une priorité. Surtout, l’Hôpital doit se réinventer. Il absorbe 800 millions de francs de subvention par an et ne cesse de grandir. «Nous n’avons pas le bassin de population pour un hôpital de cette taille, poursuit le député PDC Bertrand Buchs; nous avons perdu les patients de France (ndlr: en raison de la réforme de la Sécurité sociale) et ceux des autres cantons se rendent au CHUV. Les hospitalisations sont de plus en plus courtes; les gens veulent être soignés chez eux, il faut donc développer l’hospitalisation à domicile.»

Les HUG pourront continuer à jouer un rôle central tout en se concentrant sur leur mission universitaire. Ils n’y perdraient pas financièrement car les cas les plus lourds sont aussi les plus rémunérateurs. «Dans le monde entier, les hôpitaux universitaires réduisent le nombre de lits et se concentrent sur les nouvelles techniques et les maladies rares. Le CHUV a stoppé son développement. Pourquoi pas les HUG?» demande Bertrand Buchs.

La loi sur l’assurance maladie va dans ce sens, renchérit le PLR Pierre Conne. «Les cantons ne sont plus censés subventionner des institutions hospitalières, mais acheter des prestations à des structures publiques ou privées sur la base de critères qualitatifs et financiers.»

Formation dans le privé

En échange, les acteurs privés s’engagent de leur côté à assumer certaines missions de formation. Par exemple, la policlinique des HUG pourrait sortir du giron public et se transformer en centre de compétences réunissant les médecins de ville, les cliniques et les hôpitaux. Le moment est «historique et enthousiasmant», conclut le député Philippe Morel. Le chirurgien des HUG assure que les assureurs voient ces synergies d’un bon œil. «Si elles se réalisent, ils accepteront de bloquer l’augmentation des primes à 2% pendant 4 à 5 ans», avance-t-il.

Reste que dans cet appel à une vaste concertation, manque l’acteur principal: l’Hôpital. «Le président des HUG François Canonica a été convié; il n’est pas venu mais il comprend nos préoccupations et fait montre d’ouverture d’esprit», assure Bertrand Buchs. Peut-être. Mais il faudra surtout convaincre le conseiller d’Etat Mauro Poggia, qui a toujours refusé la libéralisation du système de santé, doutant de la sincérité du secteur privé et de sa capacité à garantir des soins pour tous - surtout les moins rentables. Soucieux de préserver le périmètre des HUG, changera-t-il d’avis après les élections? Du côté de l’Entente, de l’AMG et des cliniques, on veut y croire.

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