Le médecin qui a orchestré sa guérison

PortraitFrancis Waldvogel publie une ode à la vie inspirée par sa lutte contre la maladie.

Pour Francis Waldvogel, les échanges permettent de créer une richesse supérieure.

Pour Francis Waldvogel, les échanges permettent de créer une richesse supérieure. Image: Frank Mentha

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Infatigable? Francis Waldvogel semble traverser le temps sans que l’âge ni les épreuves n’entament son allant. À 81 ans, le professeur de médecine publie un livre sous forme d’ode à la vie, après s’être relevé d’une maladie grave. «J’ai failli mourir il y a trois ans», confie-t-il, sans nommer l’accident vasculaire qui aurait pu le terrasser. Mais il s’est battu comme un lion. Habitué à gouverner, Francis Waldvogel a traité sa convalescence comme il a affronté les défis de sa vie: avec méthode et détermination.

Le patient a composé une équipe tendue vers un seul objectif: sa guérison. «J’ai créé l’interdisciplinarité de manière active; du professeur à l’aide-soignante, de la physiothérapeute à la diététicienne, en passant par mes proches; tous travaillaient main dans la main. Un tableau dans ma chambre tenait chacun au courant de ce que faisait l’autre.» L’exercice n’est pas à la portée de tous. Francis Waldvogel ne le nie pas, il a les moyens de ses ambitions.

Soins fragmentés

De façon générale, poursuit-il, «le système de soins est trop fragmenté: en ville, à l’hôpital ou en ambulatoire. Les infirmières changent tout le temps, les gens n’échangent pas assez, les spécialistes se suivent sans se coordonner.» Le professeur avait tenté de bousculer le système lors de ses années hospitalières. «Après la visite, il m’arrivait d’identifier le patient le plus compliqué et de demander à des personnes issues d’horizons différents de s’y consacrer en travaillant à l’unisson, de manière transversale, sans chef, mais en se donnant à fond.»

La réalité résiste. Le plus souvent, les compétences s’alignent plus qu’elles ne s’entrecroisent. Pour y remédier, Francis Waldvogel crée en 2006, avec André Hurst, ancien recteur de l’Université, les colloques de Crans-Montana, afin de faire dialoguer les sciences humaines et les sciences naturelles. L’objectif? «Ne plus se contenter de dire ce que l’on sait dans son domaine et partir à la découverte de ce que l’autre a à nous apprendre. Une démarche humble qui enrichit tout le monde.» La tentative fut, de son propre aveu, «moyennement réussie».

Les vertus de l’échange

Nullement découragé, le jeune octogénaire remet l’ouvrage sur le métier. Son «Tableau de la vie» qui paraîtra le 11 mars – chez Odile Jacob, souligne-t-il – montre comment, de l’atome à l’infiniment grand, les échanges sont partout dans l’univers. De ces échanges émerge une richesse supérieure, suivant le principe que «le tout est davantage que la somme des parties». Plus que jamais, le savant est «convaincu par la nécessité d’une pensée transversale en médecine, comme en matière de gestion des ressources naturelles, d’énergie ou d’urbanisation».

Sera-t-il entendu? Bilingue, à l’aise aussi bien en Suisse alémanique qu’en Romandie, respecté dans le cercle académique et les milieux économiques, l’homme compte en Suisse. Il a présidé les Écoles polytechniques fédérales et aime rappeler qu’il a repéré en Patrick Aebischer le futur directeur de l’EPFL. Il a soutenu la microfinance dans les pays émergents à ses débuts, un secteur qui gère des milliards désormais. Dernièrement, il a lancé le projet de rénovation du Conservatoire de musique en persuadant des mécènes d’y contribuer. Entre autres réalisations.

Avant ces succès, le médecin fut l’un des premiers Suisses spécialisé dans les maladies infectieuses. Né à Baden dans une famille d’industriels, il collectionne, enfant, les 6 à l’école. Jeune homme, il survole ses études à Genève avant de se former à Harvard puis de régner aux HUG jusqu’en 2001. «On travaillait dur mais on rigolait beaucoup.» Vraiment? S’il a aimé former ses jeunes recrues – «nombreux sont professeurs aujourd’hui» – certains gardent le souvenir d’un patron redoutable. «Bien sûr, on me craignait un peu. Je stresse les gens sans m’en rendre compte», sourit-il en coin.

Difficile à cerner, homme affable à l’esprit acéré, discret mais sûr de lui, politique aguerri, Francis Waldvogel semble avoir l’habitude que tout lui réussisse. «J’ai des facilités mais étant un peu névrosé et obsessionnel, j’ai énormément travaillé.» Ces capacités hors du commun lui ont ouvert beaucoup de voies. «Si c’était à refaire, je ferais la même chose sans hésiter. La médecine est la profession par excellence exigeant de la rigueur scientifique, de l’intuition, une veine sociale et une certaine générosité de caractère. Je n’en vois pas d’autre.»

Créé: 05.03.2020, 08h47

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