Max Lobe: «Pour stopper l'immigration, arrêtons d'accueillir des dictateurs»

RencontreL’auteur genevois dénonce la situation du Cameroun et la présence de son président à Genève. Il écrit son prochain texte sur le sujet.

L'écrivain genevois à la double-nationalité suisse et camerounaise, est révolté par la situation au Cameroun.

L'écrivain genevois à la double-nationalité suisse et camerounaise, est révolté par la situation au Cameroun. Image: Laurent Guiraud

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Max Lobe arrive en retard, les yeux cernés. «J’ai écrit toute la nuit, confie l’auteur genevois et suisse, d’origine camerounaise. Je n’en peux plus de ces histoires.» Les «histoires», c’est la «guerre civile» au Cameroun, ainsi que son récent volet genevois comprenant les manifestations devant l’Hôtel Intercontinental et l’aggression d’un journaliste.

Le «ras-le-bol» reviendra plusieurs fois dans le discours de Max Lobe, qui avance en spirale, à la manière de la narratrice Mâ Maliga dans «Confidences» . Il le clame d’une voix forte, en évoquant «le viol de gamines» de la partie anglophone du pays par les militaires du gouvernement, tapant de la main, faisant trembler son grog sur la table. Parfois, il le souffle doucement, les larmes roulant sur ses joues, en évoquant une connaissance morte pendant la traversée de la Méditerranée.

«Limiter l’immigration»

Max Lobe souhaiterait pourtant moins d’immigrés: «Si on veut limiter l’immigration, on doit être cohérent. Refusons d’accueillir les dictateurs, qui sont justement la cause des départs en masse vers l’Europe. Refusons les visas aux membres de leurs gouvernements.» Ce point de vue lui a valu, selon lui, de devenir persona non grata pour certains programmes littéraires français. «J’ai dit que je préférais une politique antimigratoire à la Le Pen plutôt que la perpétuation d’une illusion d’accueil à cause de laquelle tant de gens meurent en mer. Ce n’est plus possible de tenir ce discours à Paris. On est adulé seulement si l’on partage les opinions à la mode ou si l’on est dans l’outrance.» Il évoque l’écrivain américain Patrice Nganang, «applaudi» et détesté pour avoir affirmé vouloir «tirer une balle dans la tête de Biya» sur les réseaux sociaux. «Dès qu’il a refait de la littérature, tout le monde s’en est désintéressé.»

Le texte sur lequel Max Lobe travaille la nuit et qu’il livrera à la fin d’août à Zoé, la maison d’édition qui l’a révélé, c’est la réécriture d’un pamphlet sur Biya. «Je ne veux pas le publier à chaud. Je préfère le rendre romanesque, changer les noms. Que l’écrivain s’exprime, non le citoyen révolté.»

Il embraye sur la différence de mentalités entre la partie anglophone du Cameroun, persécutée, et la partie francophone. Au stylo-bille sur la nappe en papier, il dessine le Cameroun, raconte l’histoire depuis le début du XXe siècle, biffe et redessine les frontières au fil des tutelles, des demandes d’indépendance et de sécession, raconte la lassitude des gens qui acceptent de donner leur voix en échange d’une distribution de pain et de sardines à des meetings politiques du parti au pouvoir. «Ce qui a jeté de l’huile sur le feu, c’est le retrait de la Coupe d’Afrique des Nations qui devait se tenir en 2019 au Cameroun», soit la compétition de football la plus suivie du continent. «Le président en avait fait un argument de campagne pour sa réélection. Or la construction des infrastructures n’était pas prête, on voyait bien que rien ne bougeait sur les chantiers, s’énerve l’auteur, qui retourne régulièrement au pays. Le football est une religion en Afrique. C’était la tromperie de trop.»

«Papa-président»

Pourtant, bien que dégoûté par la dilapidation de l’argent de Paul Biya et sa suite à l’Hôtel Intercontinental – «Ce n’est pas avec les 5000 francs par mois qu’il est officiellement censé gagner qu’il peut se payer tout un étage dans un palace suisse pendant des semaines» – Max Lobe l’appelle «papa», par politesse. «C’est un signe de respect aux anciens. On appelle tonton, papa, tata ou mama ceux qui sont plus âgés. C’est un monsieur de 86 ans. À cet âge, on devrait pouvoir se reposer. Or les gens qui ont intérêt à le maintenir au pouvoir ne le laissent pas se retirer. J’ai de la peine pour cette situation.»

Le verra-t-on lors d’une prochaine manifestation à Genève? «Non. Descendre dans la rue n’est pas ce que je peux faire de plus utile dans ce cas-là. Mais les dérapages ont le mérite de mettre en lumière la situation: si les forces de l’ordre du président molestent un journaliste suisse à Genève, imaginez la façon dont elles traitent la presse et les manifestants au Cameroun!»

Créé: 04.07.2019, 07h31

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