Maudet appelle les partis à conclure un pacte

PolitiqueLe président du Conseil d’État a lu son premier discours de Saint-Pierre. Il appelle les partis à s’unir pour répondre aux défis des chantiers à venir.

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Et en sortant de la Cathédrale jeudi en fin d’après-midi, juste après cette cérémonie rituelle où le Grand Conseil enregistre l’assermentation du Conseil d’État, une pluie battante, accompagnée de coups de tonnerre, s’abat sur la Vieille-Ville. Signe d’un futur fructueux ou au contraire avant goût des tempêtes à venir? On verra bien. Peu de temps auparavant, en tout cas, le président du Conseil d’État Pierre Maudet a lu le discours de Saint-Pierre, texte qui vise à donner le ton des années à venir. Il est moins précis et moins ambitieux peut-être que ceux de 2009 ou de 2013. Mais, récité avec éloquence, il comprend quelques mentions plutôt inhabituelles dans un discours de Saint-Pierre, sur l’ambition culturelle de Genève par exemple, ou sur la consultation du peuple sur sa vision de l’avenir; il se distingue également par quelques absents de marque, comme la traversée du Lac, serpent de mer local qui semble désormais oublié. Pierre Maudet n’a enfin pas dit un mot non plus sur les turbulences qu’il traverse actuellement.

Mais reprenons. Sur le fond, le discours du Conseil d’État file la métaphore de l’héritage et l’avenir. «Un héritage et que l’on reçoit et que l’on transmettra aux générations suivantes», explique l’orateur. L’héritage, ce sont les efforts des législatures passés, et Genève va en cueillir les fruits. Lesquels? Celle du Léman Express, qui sera inauguré à la fin de 2019 et qui «irriguera le cœur» du canton. Cette infrastructure lui permettra «de changer d’échelle» à condition de l’accompagner «d’une politique des transports forte, qui donne un élan durable aux déplacements non polluants». Pour cela, il faudra investir dans les transports publics et donc compter sur des financements de Berne, acquis grâce au soutien des alliés régionaux de Genève… Le nouveau ministre des Transports Serge Dal Busco sait ce qui l’attend.

Le changement d’échelle du canton se manifeste aussi avec l’ouverture de la Nouvelle Comédie, du Nouveau Théâtre de Carouge et le retour du Grand Théâtre. «La cité doit s’enorgueillir d’avoir placé tant d’ambitions dans ses lieux de cultures (…) Il appartiendra aux autorités municipales ou cantonales de leur offrir» un cadre budgétaire et législatif adapté. On voit par là que le front ouvert avec les communes et notamment la Ville sous la législature précédente n’est pas clos. Puis Pierre Maudet passe en revue les atouts genevois en matière d’infrastructures hospitalières ou scolaires, scientifiques, pour s’arrêter un instant sur la Genève internationale. «Durant cette législature, dit-il, nous placerons Genève et la Suisse au cœur de l’action environnementale des Nations Unies.» Plus loin, on apprend que la ville internationale doit aussi occuper le terrain pour devenir un acteur clé de la régulation numérique, «clé de l’avenir où l’humain conserve son destin». Après avoir promis de «préserver la qualité de vie» du canton, le président du Conseil d’État appelle à «refondre les politiques de formation et d’emploi» pour lutter contre le chômage et retisser le lien social.

Et puis on passe à la méthode. Le Conseil d’État est conscient qu’aucune réforme importante ne se fera sans un accord large. Portés par les dernières élections, les partis gouvernementaux l’ont emporté sur «les illusionnistes qui ne font plus recette». Mais l’abstention est énorme. «Il témoigne de l’amertume, terreau des révoltes et de l’indifférence, poison de la cohésion sociale.» Face à elle, une réponse: «Le peuple nous demande de chercher l’entente et le dialogue» assure Pierre Maudet, comme il l’a fait avec les syndicats patronaux et d’employés pour réaliser l’opération Papyrus visant à régulariser les sans-papiers. Du coup, il appelle les partis à passer entre eux un contrat de législature pour permettre au gouvernement de concrétiser ses ambitions. Et de citer la réforme de la fiscalité des entreprises (PF 17) et le développement du quartier La Praille-Acacias-Vernets «que nous laisserons à nos enfants comme la preuve de la vision claire de leurs parents».

En conclusion, le président du Conseil d’État annonce que les Genevois doivent pouvoir penser à leur avenir. Il mentionne «une démarche prospective et participative au cours de ces prochains mois dans laquelle la population tout entière sera invitée à définir la Genève que nous voulons en 2050». Une démarche originale qui n’est pas sans rappeler le sondage sur la mobilité de Luc Barthassat en 2014.

Le discours achevé, la foule réunie à la Cathédrale a pu constater en sortant que Pierre Maudet ne maîtrisait pas la météo. Le fait est que ce projet-là ne figurait pas dans son discours du jour.


Extraits du discours de Saint-Pierre

Verbatim

«En ce jour de cérémonie républicaine, le gouvernement appelle à une alliance renouvelée. Entre le peuple et les autorités. Entre les trois pouvoirs. Entre tous les échelons institutionnels; les communes, le Canton, la Confédération. Avec, aussi, la région. Et entre les partis, qui doivent gouverner en coalition. Nous rechercherons cette alliance, pour le bien de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Nous nous engageons à perpétuer les valeurs inscrites dans la Constitution. (…) Oui, nous avons la charge d’un héritage puissant. (…)

Catalogue d’héritages Cet héritage, c’est par exemple la concrétisation du Léman Express, ses nouvelles gares et ses nouveaux quartiers, qui sortent de terre. Dans moins de deux ans, Genève aura changé d’échelle. Une nouvelle artère irriguera le cœur de l’agglomération. Il nous reviendra d’accompagner cette réussite d’une politique des transports forte, qui donne un élan durable aux déplacements non polluants. Il nous reviendra de convaincre la Confédération de l’importance et de l’urgence de compléter le Léman Express d’un réseau de lignes de tram enrichi. Celui des Nations d’abord, mais aussi les lignes transfrontalières. C’est avec nos partenaires de la région que nous avons obtenu le Léman Express, l’élargissement de l’autoroute de contournement, la future route des Nations. C’est à leurs côtés que nous entendons nous battre pour renforcer encore la mobilité dans toute l’agglomération. Les bornes aujourd’hui ne sont plus des barrages. Elles sont des témoins. Le Grand Genève se concevra comme une géographie de l’esprit qu’il s’agira de réinvestir. Ce qu’il convient de déplacer, ce sont les limites mentales. (…) Notre héritage, ce sera, dans le même délai, l’ouverture de la nouvelle Comédie et du nouveau Théâtre de Carouge, et le retour en ses murs restaurés du Grand Théâtre de Genève. La cité doit s’enorgueillir d’avoir placé tant d’ambitions dans ses lieux de culture. Il appartiendra aux autorités, municipales ou cantonales, de leur offrir le cadre législatif et budgétaire qui leur permettra d’enrichir le dialogue et la réflexion sur le vivre-ensemble. (…) Notre héritage, ce sont des infrastructures hospitalières de pointe, qui garantissent à chacune et à chacun l’accès à des soins de qualité , et qui attirent les meilleurs spécialistes et chercheurs. Cette qualité a un coût mais celui-ci doit rester supportable pour notre collectivité. (…) Notre héritage, ce sont des hautes écoles parmi les plus performantes du globe, du campus de Battelle à celui de la HEAD, en passant par le CMU et la Maison de la paix, qui préfigurent la rénovation du bâtiment historique de l’Université aux Bastions (…). Notre héritage, c’est une école capable de répondre aux défis du numérique, mais sans négliger pour autant la maîtrise des savoirs de base. C’est la voie vers l’autonomie. Il faut oser repenser ou renforcer le système, s’il ne répond pas aux besoins. Chaque enfant, chaque jeune doit trouver sa place (…). Notre héritage, c’est cette Genève internationale dont il y a cinq ans encore on annonçait l’érosion. Nous bénéficions d’un pacte renouvelé entre la Ville, le Canton, la Confédération et l’ONU, grâce auquel nous verrons ces prochaines années la rénovation et l’extension des principaux bâtiments des organisations internationales. Notre héritage, grâce aux efforts de notre population et de nos prédécesseurs, c’est aussi une dette allégée d’un milliard de francs, en quatre ans, malgré ces investissements considérables. Cela reste fragile. Il nous faut une économie forte si l’on veut poursuivre (…).

Nouvelle donne politique En rendant sa confiance aux partis qui ont fait ce canton durant le siècle passé, le peuple nous demande de chercher l’entente et le dialogue . Il est fatigué des luttes stériles. Les illusionnistes ne font plus recette. Le peuple veut que ses autorités travaillent. Qu’elles négocient. Qu’elles s’entendent. Qu’elles dépassent les dogmes (…) Le peuple n’attend pas de son gouvernement qu’il reproduise les divergences qui fissurent la société. Il nous désigne au contraire pour les dépasser (…) Le contrat social porte enfin sur le territoire et sur le logement, qui doit rester abordable. Depuis 1957, ce pacte fondateur repose sur l’attribution, dans les zones de développement, de droits à bâtir aux constructeurs privés en échange de leur engagement à construire pour toutes les catégories de la population. Le Conseil d’État entend préserver cet équilibre et le concrétiser prochainement encore dans le secteur Praille-Acacias-Vernets; (…) C’est sur de telles bases – lever les barrières, briser les tabous et changer les codes – que le Canton de Genève doit renouveler son contrat social. Ce modèle d’innovation politique vaut exemple, tant pour le contenu que pour la méthode. La fiscalité doit refléter un développement économique régional durable qui sache maîtriser sa croissance. Notre idée centrale, c’est que l’économie privée est le pivot de toute action publique, parce qu’elle en garantit la viabilité. Le projet fiscal 17 s’inscrit dans cette ligne. Cette réforme doit stimuler la création, l’emploi et la recherche. (…)

La population consultée Nous posons aujourd’hui l’enjeu à travers ce discours; nous le confirmerons dans notre programme de législature et nous vous inviterons, Mesdames et Messieurs les députés, à le matérialiser dans un nouveau «contrat de législature». Un contrat qui devra, à la fin de cette année déjà, sceller une vision commune de notre destinée immédiate. Le contrat social dont nous parlons exige de ce gouvernement qu’il aille au-devant de la population (…) Dans les prochains mois, la population tout entière sera invitée à participer à une démarche prospective et participative visant à définir la Genève que nous voulons en 2050 (…)» Pierre Maudet, président du Conseil d’État

Créé: 31.05.2018, 21h42

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Do-it-yourself

Comment fait-on un discours de Saint-Pierre? Ce «discours de l’Union à la genevoise» est à la fois individuel, puisque lu par le président, et collectif, puisqu’il concerne l’État. Chaque chef de département envoie ses projets au fonctionnaire rédacteur désigné par le président. Après avoir lu les discours précédents, récapitulé les rendez-vous de la législature, il élabore son projet en petit comité. Il doit avoir un sens, être lisible à haute voix, ne pas être trop précis, éviter le catalogue. «C’est un coup d’envoi, une tonalité», explique l’ancien magistrat Guy-Olivier Segond. Le projet est renvoyé au collège, puis il faut se battre pour que chacun s’y retrouve et qu’aucun ne tire la couverture à lui.

Il y a ce qu’on veut… et ce qu’on peut

Tradition typiquement genevoise, le discours de Saint-Pierre a longtemps été confondu avec un miniprogramme de législature du gouvernement. La confusion n’est toutefois plus possible depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution de 2012, laquelle contraint désormais le Conseil d’État à présenter un vrai programme de législature au plus tard six mois après son entrée en fonction. Le gouvernement doit également rendre chaque année un rapport sur l’avancement des réalisations.

Rien de tel avec notre discours. On se trouve davantage devant un catalogue d’intentions pour lequel l’aval du Grand Conseil n’est pas demandé. Son intérêt est d’indiquer la tonalité que souhaite donner le nouveau Conseil d’État – ou au minimum son président – à la législature. Il s’agit bien de souhaits. Car il y a tant d’impondérables que beaucoup de promesses ne peuvent être tenues.

Ainsi, en décembre 2013, le président François Longchamp avait beaucoup insisté dans son discours sur la dimension forcément régionale de Genève et sur la coopération transfrontalière. Un élan qui avait vite été stoppé par le refus des Genevois – en mai 2014 – de cofinancer des parkings en France voisine et, de manière générale, par le succès grandissant du MCG à chaque élection (jusqu’à avril 2018).

Parmi les autres flops, on relèvera la réforme de la fiscalité communale (imposition sur le seul lieu de domicile). Elle est restée dans les tiroirs, le président s’étant concentré sur la répartition des tâches entre le Canton et les communes.

En 2009, c’était déjà François Longchamp qui avait prononcé le discours. Le Conseil d’État avait imprudemment promis 2500 logements par an. Genève en était resté loin. Le gouvernement voulait aussi abolir la taxe professionnelle ou encore construire un nouveau barrage sur le Rhône (sur territoire français). Des projets restés lettre morte. Éric Budry

En 1828, les exhortations et les prières suffisaient

«Ne croyons jamais avoir fait pour la patrie plus que la patrie n’a fait pour nous.» C’est par ces mots que le premier syndic de la République Jean-Pierre Schmidtmeyer commence la péroraison du premier discours de Saint-Pierre. Nous sommes en 1827 et les autorités ont décidé que leurs prestations de serment seraient publiques.

Le compte rendu paraît le 3 janvier 1828 dans le «Journal de Genève». Solennel et ampoulé, il donne une bonne idée du ton de l’époque. «Le premier Syndic, raconte ainsi le journaliste, félicite les Magistrats de se trouver dans un édifice plus en harmonie avec la grandeur de la cérémonie, et qui rappelle tant de souvenirs. C’est ainsi, dit-il, que chaque année, en ajoutant à notre bonheur, augmente notre reconnaissance pour le dispensateur suprême. Nous avons recouvré la liberté la plus entière, la République s’est relevée plus belle et plus florissante que jamais, et en renaissant comme un peuple nouveau, nous avons pu faire disparaître tout ce qui, dans notre ancienne organisation, n’était plus en harmonie avec les besoins actuels. Nous avons trouvé la garantie de notre tranquillité et de notre repos dans notre union avec la Confédération suisse.

«Rendons grâce de tant de bienfaits à la Providence et aux généreux fondateurs de notre ancienne République, qui ont sacrifié leur vie pour la liberté, et qui montrèrent ce que peut le patriotisme joint à la confiance en Dieu et en leur épée. Mais, ajoute ensuite le noble orateur, pour être heureux et libres nous n’en avons pas moins des devoirs sacrés à remplir. Ne croyons jamais avoir fait pour la patrie plus que la patrie n’a fait pour nous. Tenons-nous en garde contre ces jouissances qu’ont amenées au milieu de nous la civilisation et le luxe; n’oublions pas surtout que si la tyrannie peut enchaîner pour un temps la liberté, l’égoïsme en détruit jusqu’au germe. Rappelant nos devoirs envers nos Confédérés, M. le premier Syndic en fait sentir l’importance. Qu’ils comptent sur nous, dit-il, aux jours du danger; qu’ils trouvent chez nous des défenseurs intrépides, et toujours prêts à tenir leurs serments. Il termine en disant: Conservons soigneusement l’héritage que nous tenons de nos pères; transmettons-le intact à nos descendants; élevons nos cœurs à l’Être Suprême; demandons-lui sa protection toute-puissante pour qu’il continue de faire régner dans notre Canton la paix, la justice et les mœurs. Puisse Genève, honorée au dehors, heureuse au dedans, conserver à jamais le trésor de ses libertés!

«La séance est terminée par la prière, et les Autorités retournent dans le même ordre à l’Hôtel-de-Ville, et de là se rendent au service divin.» M.BN

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