«Chaque matin, depuis la cuisine, je regarde le cimetière où repose ma fille…»

Meurtre de la petite SemharOn l’appelait «Mimi», une enfant joyeuse, très bonne élève, gentille avec tous. Ses parents, sa sœur, évoquent le drame de sa mort.

La mère de Semhar durant sa déposition, mercredi, devant le Tribunal criminel. Elle est entourée de Me Robert Assaël (à droite) et de l’interprète (à gauche).

La mère de Semhar durant sa déposition, mercredi, devant le Tribunal criminel. Elle est entourée de Me Robert Assaël (à droite) et de l’interprète (à gauche). Image: Patrick Tondeux

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«Mimi», c’est ainsi que l’appelaient ceux qui l’aimaient – et ils étaient nombreux - car la petite Semhar, qui a perdu la vie à l’âge de 12 ans, était jolie, intelligente et d’une grande gentillesse. «Nous étions très proches, explique sa mère devant le Tribunal criminel. Elle me racontait tout, notre relation était très forte et il le savait très bien.»

«Il», c’est le prévenu, compagnon de la mère à l’époque des faits, qui est accusé d’avoir violé et assassiné l’adolescente en août 2012. Mardi, il a raconté que cette dernière faisait du jogging le soir et qu’il lui donnait des leçons de conduite en secret. La mère de la jeune victime balaye ces affirmations. Jamais sa fille ne lui aurait caché ces cours de conduite et jamais elle n’a fait de jogging. Ni de jour, ni de nuit. Eleni, sœur de Semhar, se demande où le prévenu est allé chercher cette histoire.

«Je ne l’ai pas tuée!»

Quant aux traces ADN retrouvées sur les habits de la défunte, mère et fille affirment que l’accusé ne peut pas se prévaloir du fait qu’il rangeait la maison et les habits. «Il ne faisait rien chez nous au niveau ménage, souligne Eleni. Il ne débarrassait même pas la table, c’était à nous de le faire.»

A la question de savoir quels étaient les liens du prévenu avec ses enfants, la mère affirme qu’ils étaient «bons». Mais Eleni précise: «Il était trop souvent chez nous, il accaparait ma mère, ma sœur pensait la même chose que moi.» La jeune fille explique à quel point sa vie a été difficile après la mort de Semhar, sa cadette d’un an et demi avec laquelle elle partageait sa chambre depuis toujours. Et, à propos de l’accusé: «Comment a-t-il pu faire ça? Sa propre fille avait le même âge que ma sœur…» se demande-t-elle en pleurant. «Je ne l’ai pas tuée!» interrompt le prévenu. «Tais-toi!» crient mère et fille en sanglotant. La présidente Isabelle Cuendet fait évacuer la salle.

Un quart d’heure plus tard, à la reprise des débats, la plaignante indique qu’après la mort de sa fille, elle a déménagé. Il lui était impossible de rester dans l’appartement où ils avaient vécu tous ensemble. Maintenant, la famille habite face au cimetière où repose la victime. «Chaque matin, depuis la fenêtre de la cuisine, je regarde le cimetière où se trouve Semhar…»

A-t-elle tout de suite pensé que son compagnon était coupable? Non, dit-elle. C’est au fil de l’enquête que cette certitude s’est imposée. Le jour des faits, ce 23 août 2012, «il était le seul à savoir que ma fille était seule à la maison». Et puis, après le crime, le soir même, il a invité le reste de la famille au restaurant. «J’étais surprise, c’était inhabituel.» C’était même la première fois. Alors qu’elle s’inquiète car Semhar ne répond pas au téléphone – elle l’appelle une bonne dizaine de fois sans succès – la mère de l’adolescente veut rentrer au plus vite. Mais elle a l’impression que son compagnon retarde le moment du retour. «Il me disait que Semhar était une fille intelligente et qu’elle m’attendait certainement à la maison…»

Lorsqu’ils rentrent finalement vers minuit, l’appartement est dans un drôle d’état. La porte n’est pas fermée à clé, la TV est restée allumée, le ventilateur marche toujours, la poussette du fils cadet est renversée dans la chambre avec un soutien-gorge rose jeté dessus. Et toujours pas de Semhar en vue… À ce moment-là, c’est la panique générale. Les voisins sont interpellés, le père de la fillette, qui vit séparé de son épouse, est appelé à la rescousse, on se met à sa recherche dans le quartier. «C’est l’acte d’un Blanc», aurait dit le prévenu.

Après avoir perdu sa fille, le père de Semhar a en plus été soupçonné du crime. L’homme n’est pas un grand orateur mais sa détresse est palpable lorsqu’il évoque «Mimi», une enfant heureuse et «très forte à l’école». Il a beaucoup souffert de ce drame: «Je n’ai plus le même contact avec les gens.» Durant ces six ans de procédure, il a assisté à toutes les audiences d’instruction. «Je suis là pour ma fille, ma fille que j’ai perdue. Je sais qu’elle ne reviendra plus mais je veux me battre pour elle. Je la vois toujours devant moi, parfois je crois la reconnaître dans la rue…»

«Maintenant il est trop tard»

Il ignorait que son épouse sortait avec le prévenu, sinon il serait intervenu, dit-il, car ce dernier avait mauvaise réputation dans la communauté éthiopienne. «Ma femme est grande, elle peut sortir avec qui bon lui semble et faire tout ce qu’elle veut, mais si j’avais su qu’il s’agissait de lui, j’aurais défendu mes enfants. Maintenant, il est trop tard.»

Le procès se poursuit.

Créé: 06.06.2018, 21h48

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