«Dans notre société, la sexualité nous bombarde»

ProcréationEn cinquante ans, le Planning familial s’est adapté aux mutations de la société.

Lorenza Bettoli Musy, responsable de l’Unité de santé sexuelle et planning familial. 
OLIVIER VOGELSANG

Lorenza Bettoli Musy, responsable de l’Unité de santé sexuelle et planning familial. OLIVIER VOGELSANG

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Le Planning familial genevois célèbre ses 50 ans. Voici un demi-siècle que ce service public, gratuit et confidentiel offre des consultations en matière de sexualité. Née d’un vœu politique précis – diminuer le nombre d’avortements – la structure répond aujourd’hui à une mission plus vaste: «la promotion de la santé sexuelle». De l’éducation sexuelle au conseil conjugal, en passant par la prévention de la violence et des abus, les activités se sont adaptées, reflétant les mutations de la société.

«En cinquante ans, le monde a complètement changé», résume Lorenza Bettoli Musy, responsable de l’Unité de santé sexuelle et planning familial. A commencer par la vision du Planning familial lui-même. Pionnier en Suisse, le centre genevois est vu, en 1965, «comme un lieu d’incitation à la débauche, un centre de dévergondage». Aujourd’hui intégré au sein des Hôpitaux universitaires, il a assis sa légitimité. «Même si, régulièrement, des voix s’élèvent pour dire que les gens sont assez bien informés et que le Planning pourrait fermer…»

Tourisme gynécologique

A ses débuts, le Planning familial doit répondre à la grande préoccupation de l’époque: l’avortement. «On estime qu’il y en avait environ 50 000 en Suisse en 1965. Jusqu’en 2012, la loi n’autorisait l’interruption de grossesse que si la santé de la mère était en danger», rappelle Lorenza Bettoli Musy. Canton plutôt libéral en la matière, Genève attire «un tourisme gynécologique» français – avant la Loi Veil – comme suisse, d’autres cantons appliquant la loi de manière bien plus restrictive.

La mission première du Planning consiste donc à informer sur la contraception – la pilule est mise sur le marché en 1961 – afin d’aider les femmes à ne pas se retrouver enceintes contre leur volonté.

Eclatement de la famille

Dès les années 70, le modèle familial traditionnel, sans s’effondrer, s’érode, laissant la place «à toutes sortes de familles»: monoparentales, recomposées, homoparentales. Le Planning familial est le témoin de ces bouleversements. Il accueille des femmes qui désormais assument une grossesse hors mariage et voit peu à peu les hommes s’impliquer davantage auprès de leur partenaire. «Aujourd’hui, ils nous consultent plus volontiers. Ils sont aussi plus souvent désorientés face à des situations qu’ils ne maîtrisent pas, si la femme désire garder un enfant qu’ils n’ont pas voulu ou, à l’inverse, si elle veut avorter alors qu’ils souhaiteraient devenir père», indique Geneviève Sandoz, conseillère en santé sexuelle et psychologue. La notion de «désir» de paternité, ou de maternité, éclot dans ces années-là, avec la disjonction de la sexualité et de la reproduction. «Auparavant, on ne se posait pas la question.»

Individualisme exacerbé

La libération des mœurs génère de nouvelles contraintes. «L’individualisme exacerbé a fait de l’épanouissement personnel une sorte d’obligation. On doit s’épanouir dans la maternité. On veut être heureux dans son couple. On doit avoir une sexualité réussie, et avoir des rapports si l’on est handicapé, si l’on est vieux», énumère Geneviève Sandoz.

Sexualité omniprésente

«Nous vivons dans une société où la sexualité nous bombarde», poursuit la psychologue. La banalisation de l’accès à la pornographie influence le comportement des jeunes gens. «Des pratiques comme la sodomie ou le sexe oral se sont répandues. Mais ces changements comportementaux ne veulent pas dire que tout va de soi sur le plan psychologique. Les attentes affectives, relationnelles demeurent intactes.» Aujourd’hui, selon Geneviève Sandoz, certaines jeunes filles se sentent obligées d’accomplir certains actes sexuels par peur de décevoir les garçons qui, eux aussi, souffrent de ces pressions.

Les conseillères du Planning familial évoquent des jeunes filles qui ont honte d’être vierges à 18 ans. Des parents catastrophés et désemparés face à leur fille de 12 ans qui a déjà entamé sa vie sexuelle…

Dans d’autres cas, le service accueille des jeunes gens «pris dans un conflit de loyauté entre un milieu familial conservateur et une société libérée. Affirmer son homosexualité, avoir une relation sexuelle sans être mariée reste fort mal vu, voire impossible, dans certains milieux. Dans tous les cas, notre objectif est le bien-être de la jeune fille ou du jeune homme. On essaie de les accompagner, sans les juger.»

Arrivée des réseaux sociaux

Gare à l’image! prévient Lorenza Bettoli Musy. «Les jeunes gens doivent faire attention lorsqu’ils se font prendre en photo, des images relevant de la sphère intime se retrouvant souvent rapidement sur les réseaux sociaux.» Autre effet pervers de ces technologies: elles facilitent le contrôle du partenaire, ce qui modifie les relations amoureuses.

Le couple toujours valorisé

Dans ce grand chambardement, le couple reste extrêmement valorisé, même plus qu’avant, selon Geneviève Sandoz: «Dans un monde agressif, il est devenu une valeur refuge.» Le Planning propose une consultation conjugale aux couples qui traversent une crise. Elle est particulièrement prisée par les 31-40 ans.

Unité de santé sexuelle et planning familial: 47, bd de la Cluse. 022 372 55 00. Du lu au ve (sauf mardi matin) de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h 30 (ve 18 h).

Créé: 29.05.2015, 08h58

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Plus de 7600 entretiens par an

En 2014, l’Unité de santé sexuelle et planning familial a assuré 3414 consultations (contre
2272 en 2000) et répondu à 4200 autres sollicitations, soit un total de 7614 entretiens.

Un entretien est possible avec ou sans rendez-vous.

La moitié des consultations concerne des jeunes de moins
de 20 ans.

Dans 40% des cas, la consultation concerne une demande de pilule du lendemain.

Le Planning familial offre aussi une consultation conjugale.

Alors qu’on estimait à 50 000 le nombre d’interruptions de grossesse dans les années 60, l’Office fédéral des statistiques en comptait 10 444 en 2013.

En 2015, le Planning familial vise à s’ouvrir davantage aux hommes. S.D.

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