Marre des grues: une fronde combat la «surchauffe» du canton

DensificationLa construction de logements se heurte à un mouvement qui monte en puissance. Et veut une autre croissance pour Genève. Analyse.

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«Notre mouvement prend de l’ampleur. Nous allons devenir très forts.» Au pied de la statue du général Dufour, place Neuve, les organisateurs de la manifestation sont chargés à bloc. Samedi, ils ont réuni près de 200 personnes (300 selon eux) pour un défilé dans les Rues-Basses. Motif: combattre la densification du canton, son urbanisation à leurs yeux incontrôlée, fruit d’une économie en pleine surchauffe.

Deux cents personnes, c’est modeste. Mais les manifestants n’ont pas le profil du militant qui passe ses samedis à battre le pavé. C’est en bonne partie des zones villas qu’ils proviennent. Petits propriétaires, ils luttent notamment contre l’urbanisation de secteurs combattus par référendums dans trois communes. Ils dénoncent la «destruction de ces espaces verts», «le manque de concertation» de l’État, «l’abondance de logements sociaux» dans les futurs quartiers et «la perte de valeur» de leurs villas.

À ces propriétaires s’ajoute une autre contestation. Incarnée par le groupe Contre l’enlaidissement de Genève, elle dénonce le «saccage du patrimoine», le «bétonnage» et la mauvaise qualité architecturale des constructions. Tous critiquent le Plan directeur cantonal (PDC), adopté en 2013.

Un feu de paille?

Ces réactions sont-elles un feu de paille ou le reflet d’un malaise plus général? «Je penche pour la deuxième hypothèse, analyse Robert Cramer, ancien conseiller d’État. On assiste à un retour, comme dans les années 70, d’une crainte du développement. Les causes sont claires. On n’a jamais autant construit. Dans certains quartiers, on n’a plus vu de grues depuis trente ans. Quand elles arrivent, les gens se crispent.»

Organisé, le mouvement articule désormais un discours qui dépasse la simple défense des propriétaires. Il porte sur le développement économique. «Nous dénonçons une fuite en avant, explique Christian Gottschall, membre de Pic-Vert, une association de propriétaires. La densification voulue par le Plan directeur cantonal résulte d’une économie en surchauffe. Elle sature les infrastructures et détruit nos espaces de vie. Plutôt que d’attirer des entreprises sans disposer des employés sur place, nous préconisons une croissance maîtrisée.»

Ce thème de la croissance maîtrisée a le champ libre devant lui. Les partis politiques n’osent pas s’y frotter. «Il est toujours difficile de promettre aux électeurs qu’ils vont gagner moins, relève Benoît Genecand, conseiller national PLR. Et le thème met les partis devant leurs contradictions.»

Pour les socialistes, la décroissance signifie un État social moins fort. Pour le PLR, parti de l’économie, c’est se renier. L’UDC veut bien fermer les frontières, mais son programme économique est fondamentalement libéral.

Il y a certes les Verts pour réclamer une économie plus contrôlée. Mais leur message est brouillé. Car il revient à leur conseiller d’État Antonio Hodgers de mettre en œuvre le Plan directeur cantonal. Samedi, il était décrié comme le bétonneur du canton. «Tant que Genève poursuit cette politique de croissance, il faut construire du logement, réagit le magistrat. Sinon, nous accentuons les déséquilibres actuels, avec un tiers des actifs qui doivent se loger hors des frontières. Mais je me suis opposé à la nouvelle stratégie économique du Conseil d’État, qui vise à attirer toujours plus d’entreprises. Il faut plutôt développer une stratégie économique en adéquation avec notre territoire et nos infrastructures.»

Fiscalité des entreprises

Pour l’heure, les partisans de la croissance maîtrisée ne proposent pas de mesures concrètes. Le prochain débat sur la fiscalité des entreprises leur en donnera l’occasion. Voudront-ils renoncer à l’attractivité fiscale de Genève, au risque de voir filer des entreprises? La constellation antidensification, aux origines politiques très diverses, passera son premier test.


50 années de tensions

La bête noire des manifestants de samedi, c’est le Plan directeur cantonal, pour lequel ils réclament un moratoire. Adopté en 2013, ce plan cristallise les tensions sur la vision de l’avenir de Genève et sur les intérêts en présence. Rien de nouveau en fait, comme le montre l’histoire de l’aménagement du canton de ces cinquante dernières années.

En 1965, Genève dessine son avenir en tenant compte d’une population qui augmente de 10 000 habitants par année. On imagine alors une ville de 800 000 habitants en 2015, en densifiant notamment les zones villas de la Rive gauche. Les réactions sont vives. Cette période de forte immigration fait naître des partis d’extrême droite comme Vigilance.

Les projections sont revues à la baisse dans les années 70, qui voient fleurir les résistances à la destruction des vieux quartiers. Les années 80 sont marquées par une surchauffe immobilière. En 1989, un nouveau plan veut «maîtriser le développement économique». Il met un terme à toute extension de la ville en sanctuarisant la zone agricole. Genève est mis sous cloche.

La crise économique frappe les années 90. Les caisses publiques se vident et l’État met un frein aux investissements. La reprise des années 2000 est confrontée à de gros retards dans les infrastructures, notamment de transports. Le plan de 2001 tente d’y remédier en envisageant un développement multipolaire par-delà la frontière, ce qui revient, sans le dire, à rejeter ses actifs en France voisine.

Avec la libre circulation des personnes en 2002, des milliers d’emplois sont créés mais les logements ne suivent pas, créant des hordes de pendulaires. C’est pour corriger ces déséquilibres que le plan de 2013, aujourd’hui tant décrié, est adopté. En prévoyant de bâtir 50 000 logements d’ici à 2030 sans trop toucher à la zone agricole, mais en densifiant la zone urbaine. C.B.

Créé: 25.02.2018, 21h23

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