Maria Pérez: «Les emportements graves dont j’ai été l’objet sont inadmissibles»

PolitiquePour la première fois, la conseillère municipale s’exprime au sujet du conflit qui l’oppose à Pablo Cruchon, secrétaire de SolidaritéS.

La secrétaire administrative de SolidaritéS, Maria Pérez, est en arrêt maladie depuis trois mois.

La secrétaire administrative de SolidaritéS, Maria Pérez, est en arrêt maladie depuis trois mois. Image: Lucien Fortunati

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Les élections approchent et SolidaritéS traverse une crise interne. Le point de départ: un conflit de travail opposant le secrétaire Pablo Cruchon à la secrétaire administrative Maria Pérez. Comme nous le révélions, cette dernière, qui est aussi conseillère municipale en Ville de Genève, est en arrêt maladie depuis plus de trois mois. Et une enquête interne a été lancée pour faire la lumière sur cette affaire. Dimanche, suite à la demande du Parti du travail (PdT), une des composantes d’Ensemble à Gauche, Pablo Cruchon s’est finalement retiré de la course au Conseil d’État. Lui et Maria Pérez demeurent candidats au Grand Conseil sous la bannière d’Ensemble à Gauche. Si le candidat malheureux s’est exprimé dans les médias, Maria Pérez a toujours refusé. Jusqu’à aujourd’hui.

Que s’est-il passé ces trois derniers mois?

Dans ce conflit de travail, j’ai été atteinte dans ma personnalité et ma santé. Et je ne suis en rien responsable. Les faits sont avérés. Reste à les qualifier. Ce n’est pas à moi d’estimer si l’on peut parler de mobbing ou pas. L’enquête le déterminera.

Un mail que vous avez signé aux côtés des trois autres conseillers municipaux de la Ville de Genève parle de «pétages de plombs»?

Nous faisions référence à des emportements disproportionnés. Et pas uniquement à mon encontre. Sur la durée, cela a eu un effet dévastateur sur moi, aussi car ce qui s’est passé va à l’encontre des valeurs que SolidaritéS défend.

Pourquoi acceptez-vous de parler aujourd’hui?

Jusque-là, beaucoup ont parlé à ma place. Moi, j’ai joué le jeu de la discrétion qui m’était demandée. J’ai eu cette loyauté. Mais, ces derniers jours, Pablo Cruchon s’est posé en victime dans les médias. Il faut arrêter d’inverser les rôles.

C’est vous la victime?

Je ne veux pas être perçue comme telle. Tout ça est derrière nous. J’ai plutôt envie d’être connue pour mes combats politiques, pour la voix que je porte au nom d’Ensemble à Gauche.

Vous avez, vous aussi, un fort caractère. N’avez-vous pas une part de responsabilité?

La question elle-même me choque. Cela signifierait que je suis un animal qu’il faut dompter? J’ai cru moi aussi, au début, que j’étais capable de faire face à ce qui se passait. Mais, à la longue, son comportement m’a profondément atteinte. Et je culpabilise encore de ne pas avoir mis le holà plus tôt.

Des reproches professionnels sont aussi formulés à votre encontre dans les deux pages de rapport interne. Que répondez-vous?

Je n’accepterais pas que le rapport final mette en relation la qualité de mon travail et certains comportements, de façon à les justifier ou les excuser. Même s’il s’avérait que je sois la dernière des incompétentes, les éclats et les emportements graves dont j’ai été l’objet sont inadmissibles.

Pablo Cruchon et SolidaritéS reprochent à la presse d’avoir «mis en scène» votre différend. Quel est votre avis?

Chacun doit prendre ses responsabilités. L’omerta, ce n’est jamais sain. En y repensant, il y a un intérêt public à examiner le comportement d’une personne qui se présentait pour assumer des fonctions de conseiller d’État. Enfin, c’est l’occasion pour SolidaritéS d’examiner des questions de fond collectivement.

Notamment ce qui a été qualifié de «sexisme structurel» au sein du parti?

Le sexisme traverse toutes les couches de notre société. Je ne vois pas comment les partis politiques pourraient y échapper. Le sexisme interne ne s’évacue malheureusement pas de lui-même, juste parce qu’on s’est déclaré mouvement féministe. Voilà pourquoi cela requiert une vigilance de tous les instants et de la place pour l’autocritique.

Pourquoi ne pas avoir simplement quitté le parti ou rejoint la liste pour les femmes?

Je suis d’avis qu’il faut se battre à l’intérieur des instances pour faire une place aux femmes. De plus, SolidaritéS, c’est chez moi. Je n’ai pas de conflit idéologique avec le mouvement. SolidaritéS, ce n’est pas Pablo Cruchon. Le parti existait et existera après lui et après moi.

Quelle a été l’attitude du parti à vos yeux?

J’attends toujours que mon employeur reconnaisse le dommage que j’ai subi. Heureusement, j’ai eu des contacts individuels avec des militants. Je remercie d’ailleurs ceux qui m’ont soutenue dans ce qui aura été une période douloureuse.

Que pensez-vous du retrait de Pablo Cruchon?

Les interrogations du PdT par rapport à nos candidatures étaient légitimes. La réponse politique a eu lieu. C’est désormais derrière nous. L’essentiel maintenant, c’est d’atteindre le quorum (7% des voix pour la liste). De s’unir derrière Jocelyne Haller et Salika Wenger, deux femmes de gauche qui ont 25 ans de militance derrière elles. Mais aussi Jean Burgermeister, un militant chevronné et féministe. Il fait partie de la relève et mérite d’être mis en lumière.

Où en êtes-vous à titre personnel?

Cela va mieux. Des mesures de protection doivent être prises pour que je puisse reprendre mon travail. Je vais continuer à m’investir dans la campagne. Vu la fracture sociale de plus en plus forte, la présence d’Ensemble à Gauche au parlement cantonal est plus que jamais essentielle.


Cruchon: «J’ai ma conscience pour moi»

Contacté hier, Pablo Cruchon n’a pas retourné nos appels. Il s’était toutefois exprimé sur ce dossier dans le communiqué de presse annonçant son retrait de la course au Conseil d’État. Dans ces lignes, il «rejette clairement les accusations publiques dont il a fait l’objet» et affirme: «J’ai ma conscience pour moi et une entière confiance dans le processus mis en place par mon employeur, je ne souhaite pas que cette histoire soit récupérée pour invisibiliser notre campagne.» Et d’ajouter qu’il réitère ses excuses à Maria Pérez, «si elle a pu se sentir blessée de par ma faute». Il reproche enfin aux médias d’avoir jeté de «l’huile sur le feu au mépris des faits, des personnes et de leurs souffrances». Dans nos éditions du 15 janvier, nous avions révélé qu’une crise agitait le parti. Une enquête interne est en cours pour faire la lumière sur les dysfonctionnements au sein du secrétariat. Des difficultés déjà relevées dans un rapport interne qui met en avant des reproches professionnels à l’encontre de Maria Pérez et relève les difficultés ponctuelles à se maîtriser de Pablo Cruchon. Est venu s’ajouter depuis, comme l’a annoncé Le Courrier, un mail de quatre conseillers municipaux (Maria Pérez, mais aussi Ariane Arlotti et Morten Gisselbaek et Tobia Schnebli), dénonçant une «chape de plomb» sur cette affaire et demandant la reconnaissance publique des «pétages de plombs, graves, répétés et inacceptables qui ont eu lieu». M.P.

(TDG)

Créé: 10.02.2018, 10h35

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