«Il manipule sans honte ni regrets»

Homicide d’une retraitée à OnexLa version du prévenu est balayée par des preuves matérielles. Pour les experts, son trouble psychique est profond.

L'accusé plaide désormais l'homicide involontaire à une assistance sceptique.

L'accusé plaide désormais l'homicide involontaire à une assistance sceptique. Image: Patrick Tondeux

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C’est un dialogue de sourds qui se tient au Tribunal criminel. Celui entre les juges et le prévenu, accusé de l’assassinat de sa voisine septuagénaire, à Onex, en 2015 et qui comparaît depuis lundi. Les uns posent des questions, l’homme de 53 ans se dérobe, allonge des phrases à tiroir pour finalement ne jamais y répondre.

Après quatre ans et demi de procédure durant laquelle il a tout nié, le prévenu élabore désormais une explication. La mort serait la suite d’une dispute et d’un geste involontaire. Combien de temps la scène a duré? «Deux heures», affirmait-il, mais mardi matin, sa version avait changé: environ quinze minutes. Il y a peu, l’homme avait soutenu que la victime s’était pris les pieds dans un aspirateur. Désormais, il admet avoir fait un geste pour la repousser à la suite d’un différend pour une question d’argent. La dame aurait chuté, ou plutôt, «elle se serait laissée tomber en arrière» et aurait tapé la tête contre un pied du lit. «C’est totalement invraisemblable», lui rétorquent les juges, énumérant les preuves matérielles qui infirment sa version. Quand il y est confronté, il cherche du soutien dans les regards autour de lui, ouvre les bras, fait mine d’être victime d’un énorme malentendu.

Le désespoir des proches

Deux jours d’audiences ont sérieusement entamé la patience des juges. Les incohérences manifestes dans le récit affectent surtout les parties plaignantes. Un frère et une sœur, tous deux âgés, qui semblent prendre conscience, au fil de ce procès, qu’ils ne connaîtront jamais la vérité sur les circonstances de la mort de leur sœur. Me Lorella Bertani les représente. À chacune des invraisemblances du prévenu, l’avocate se plonge dans les détails du dossier pour y ressortir les éléments matériels qui démontent sa version. Quand elle parle au prévenu, elle se lève, s’approche du banc réservé à l’accusé, dans une confrontation presque physique. Lui affirme que «la vieille» a saigné après sa chute. Alors pourquoi aucune trace n’a été décelée dans son appartement? «J’ai nettoyé», répond-il. «Mais Monsieur, l’appartement a été passé au Luminol. Cette technique est infaillible, le nettoyage n’y change rien. Il n’y avait pas de sang. C’est scientifique», le désavoue l’avocate.

«Avec mes propres mains»

Cette affaire repose pour une part importante sur les rapports d’un agent infiltré dans la cellule du prévenu, devenu peu à peu son confident. Ils ont permis d’obtenir des informations et de retrouver le corps abandonné et brûlé à cinquante kilomètres de Genève. Mais les confidences que l’accusé a faites à son faux ami permettent d’en savoir davantage sur l’homicide. Il ne s’agirait nullement d’une dispute suivie d’une chute; l’homme aurait expliqué qu’il avait tué sa voisine de ses «propres mains» et mimé le geste de la strangulation. «L’agent infiltré a menti», répète l’accusé depuis deux jours, en admettant tout de même avoir transporté le corps en France voisine et d’y être retourné pour y bouter le feu.

Pour le reste, les preuves abondent. D’autant que la procédure compte des enregistrements de conversations. Dans l’un des échanges versés à la procédure, l’homme traite sa victime de «pute» et de «salope». Dans un autre, il rit quand il raconte sa mort, loin de l’image du voisin attentionné qu’il tente de donner. Les retraits bancaires avec les cartes de sa voisine morte, les témoignages de ses frères et sœurs le dépeignant comme un être machiavélique, cruel et assoiffé d’argent finissent d’anéantir sa thèse de l’homicide par négligence.

Plusieurs fois, des soupçons d’inceste et de gérontophilie sont venus s’immiscer dans les débats. «C’est un malade», soupire une amie de la défunte en se prenant la tête entre les mains.

De quelle maladie s’agit-il? Pour les experts psychiatres, le prévenu n’est pas à proprement parler malade, mais est en proie à un trouble de la personnalité dyssociale et narcissique qui n’altère en rien sa responsabilité. Ses relations sont centrées sur l’argent. «Il a l’impression d’exister au travers des biens matériels», affirment les médecins, selon lesquels le risque de récidive est important. Une composante perverse complète leur diagnostic: il manipule sans honte ni regrets. Ses proies, il les choisit fragiles.

Mercredi, le procès fait place au réquisitoire du procureur.

Créé: 26.03.2019, 20h47

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