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La manifestation «Prenons la Ville» réunit 2000 personnes

À l'appel de nombreuses organisations, des manifestants ont réclamé des logements abordables dans la cité de Calvin.

Genève, le 17 mars 2018. Grande manifestation 'Prenons la Ville' ce samedi. Le départ rue du Mont-Blanc.
Genève, le 17 mars 2018. Grande manifestation 'Prenons la Ville' ce samedi. Le départ rue du Mont-Blanc.
Laurent Guiraud
Genève, le 17 mars 2018. Grande manifestation 'Prenons la Ville' ce samedi.
Genève, le 17 mars 2018. Grande manifestation 'Prenons la Ville' ce samedi.
Laurent Guiraud
Genève, le 17 mars 2018. Grande manifestation 'Prenons la Ville' ce samedi. Feu de planches barrant la rue de la Coulouvrenière à 20h10. Photo: Laurent Guiraud
Genève, le 17 mars 2018. Grande manifestation 'Prenons la Ville' ce samedi. Feu de planches barrant la rue de la Coulouvrenière à 20h10. Photo: Laurent Guiraud
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À l'appel de nombreuses organisations, des manifestants ont réclamé des logements abordables dans la Cité de Calvin. Deux mille personnes ont participé samedi après-midi à la manifestation «Prenons la Ville». Ils protestaient contre des loyers jugés exorbitants, la gentrification des quartiers, l'exclusion des migrants et revendiquaient notamment plus de lieux alternatifs. Le rendez-vous était fixé à 14h à la Poste du Mont-Blanc. Les manifestants ont rejoint deux heures plus tard l’Usine, à la Place des Volontaires.

Avant le départ du cortège, plusieurs organisations aux revendications diverses appellent «à prendre la ville». Pour Pablo Cruchon, secrétaire général de Solidarité, les seules solutions pour se réapproprier la Cité de Calvin sont l’expropriation et l'occupation d'un maximum de lieux.

Loin d’être découragés par la pluie, les manifestants traversent le pont du Mont-Blanc et se dirigent vers les Rues-Basses en musique. Des pancartes dépassent un peu partout: «Spécule à Sion si tu veux, mais pas à Genève» ou encore «Stop aux expulsions sans garantie de relogement». La foule est jeune, entre vingt et trente ans pour la majorité. En tête de file, ils sont encagoulés et vêtus de noir. Des fumigènes de couleur sont allumés tout au long de la marche.

La tension monte une fois arrivée à la place du Molard, lorsque le cortège passe devant le stand de campagne de Genève en Marche, le parti fondé par Eric Stauffer, resté sur place entouré par deux gardes du corps. Une quinzaine de policiers casqués forment un cordon de sécurité. D’autres représentants des partis politiques en campagne avaient eux préféré plier bagage. Comme un air de déjà-vu: lors d’une manifestation sauvage le 19 décembre 2015, le politicien était venu protéger son magasin de la rue des Rois. La police avait dû intervenir pour l’exfiltrer.

Cette fois-ci, les esprits s’échauffent, mais la marche reprend rapidement. Direction le 40 rue de la Coulouvrenière. Il est 16h. Une dizaine de manifestants font bloc devant l’entrée de l’immeuble, pendant que deux autres forcent la porte, avant de pénétrer à l’intérieur du bâtiment. Vide depuis sa construction en 1990, cet édifice appartenant à un assureur zurichois

Quelques instants plus tard, les deux personnes encagoulées réapparaissent au dernier étage de l’immeuble, sous les cris de la foule, avec une bannière: «Pas de réaction: occupations.» Le vent ne rend pas l’accrochage facile. La quatrième tentative sera la bonne. Croisé au pied de l’immeuble, Rémy Pagani, Maire de la Ville de Genève, soutient l'occupation. «Laisser vide cet immeuble est un pur scandale! L’expropriation est la solution. Entre les appartements loués sur Airbnb et ceux laissés vides, 2000 à 2500 logements sont soustraits au marché à Genève», lance-t- il.

Nouvel épisode de tension, lorsque des effectifs de police se font plus visibles dans le quartier. Le camion à eau est lui resté à la Place Neuve, prêt à intervenir en cas de besoin. La voix au mégaphone invite cette fois les manifestants à rejoindre la Place des Volontaires pour poursuivre la soirée en musique.

Entre feu et barricades

A 20h10, des barricades formées par des manifestants empêchaient tout accès à la rue de la Coulouvrenière. Un feu était allumé aux abords de l’immeuble nouvellement occupé, tandis que des petits feux d’artifices étaient projetés à quelques mètres de là.

A 22h30, si la rue était toujours fermée, le feu lui diminuait. Seul dispositif policier constaté: une voiture avec trois agents au bout de la rue. Au numéro 40, les allées et venues sont peu nombreuses. Une dizaine de personnes y pénètrent et quelques tags ornent les murs. Les quelques 500 manifestants toujours présents en fin de soirée semblent préférer continuer à danser devant l’Usine.

La police intervient au matin

Les élections approchant, les autorités semblent vouloir éviter au maximum la confrontation. Il faudra attendre le lendemain pour qu’une opération policière soit menée. «Une intervention a eu lieu ce dimanche à 7h du matin dans la rue de la Coulouvrenière, a indiqué Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise. La dizaine de personnes encore présentes dans l’immeuble sont parties au pas de course à notre arrivée. L’immeuble a été fermé».

La police n’a procédé à aucune interpellation et dénombre une dizaine de véhicules endommagés. Les pompiers sont intervenus au matin pour éteindre les dernières flammes et la voirie s’affaire pour nettoyer «la rue souillée de tags et de détritus». «Le propriétaire de l’immeuble était injoignable samedi soir», précise le porte-parole. Aucune plainte n’a pour l’heure été enregistrée.

Un bistrotier témoigne

Angelo Attaniese, patron du Karoma, a eu chaud: «Je suis resté dans mon café toute la nuit jusqu'à 4h du matin, je craignais qu'on casse mes vitrines, car les assurances rechignent à rembourser. A l'angle entre la rue des Rois et la rue du Stand, des jeunes ont renversé des bacs à fleurs en ciment devant le café de l'Estaminet pour fermer la rue. Et dans la ruelle en face de mon café, ils ont fermé cet accès qui mène au fleuve avec du treillis et des poubelles. Un peu plus loin, j'ai filmé l'incendie sur la rue de Coulouvrenière. J'avais peur qu'une voiture prenne feu. Au final, il y a eu plus de peur que de mal. Le plus gênant, c'était le volume de la musique toute la nuit. Des habitants jetaient des choses par les fenêtres pour se plaindre du bruit. Mais je n'ai pas assisté à des agressions verbales ou physiques.»

Juste en face du café Karoma, Tania, une habitante âgée de 29 ans, a observé avec inquiétude le rassemblement depuis son appartement. La jeune femme a préféré passer la nuit chez une amie: «Je comprends que la police ne soit pas intervenue samedi soir pour ne pas envenimer la situation, mais je m’attendais à voir les pompiers à ce moment là. Les flammes auraient pu rapidement se propager aux commerces ou toucher des voitures stationnées autour!»

«Solidarités responsable»

Au lendemain des faits, arrive le «J’accuse» du Conseiller d'Etat Pierre Maudet: «Les organisateurs, dont Pablo Cruchon et son parti Solidarités auront à répondre des déprédations commises dans le cadre de la manifestation, en particulier celles survenues au 40 rue de la Coulouvrenière. Il y a une responsabilité qui découle de la loi sur les manifestations sur le domaine public. Sous l’angle pénal, la police conduit actuellement une enquête. A noter que le propriétaire de l’immeuble n’a pour l’heure pas déposé de plainte.»

A Solidarités, Aude Martenot estime que la responsabilité du parti se situe durant la manifestation officielle, soit jusqu’en fin d’après midi. Selon un militant du parti, les dégâts peuvent être le fait de provocations, soit de personnes qui veulent décrédibiliser la manifestation. Enfin Pierre Maudet s’étonne de la présence de Rémy Pagani: «Sa qualité de magistrat communal devrait lui commander de ne pas participer à une manifestation de soutien à une occupation illicite, surtout au vu de son passé disciplinaire récent. (ndlr. sur la brochure des votations)» Et le conseiller administratif de répliquer: «Monsieur Maudet veut nous empêcher de défendre le droit au logement. La menace est une preuve d'impuissance. Il n'a rien fait pour défendre le droit au logement que de construire des prisons. J'ai un autre bilan!»

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