Il manie la seringue et le plomb

Portrait Médecin à mi-temps, David Parrat a une autre passion, la typographie, qu’il pratique à la route de Malagnou

David Parrat dans son atelier typographique à la route de Malagnou.

David Parrat dans son atelier typographique à la route de Malagnou. Image: Mauranne di Matteo

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David Parrat passe la moitié de la semaine à l’hôpital et l’autre moitié à l’Atelier genevois de gravure contemporaine (AGGC). Du boulevard de la Cluse à la route de Malagnou, il n’y a qu’un pas que cet habitant de Carouge franchit le pied léger. À 45 ans, cet étonnant personnage à la barbichette soignée est un artiste multiforme. Passionné de bande dessinée (il en possède près de 3000), il a toujours eu pour les arts graphiques une fascination sans fin. Le dessin, l’illustration, la typographie, c’est son truc. La médecine aussi. L’âme et le corps. Ne jamais séparer les deux. C’est ce à quoi David Parrat passe le plus clair de son temps. Il soigne à l’hôpital en tant que médecin généraliste FMH et officie à l’AGGC, en tant que maître d’atelier en typographie. «Ici, on dit responsable du pôle typographique, explique-t-il, mais je préfère maître d’atelier, c’est plus classe!» Probablement plus juste aussi puisqu’il y donne des cours une fois par mois.

Lettres en plomb ou en bois

Lunettes bien posées sur son nez et barbe de trois jours, il ressemble à l’archétype du typographe à l’ancienne, maniant avec minutie les caractères de plomb. Dans le sous-sol de l’AGGC où il œuvre, aucun ordinateur. Mais des tiroirs à perte de vue recelant des milliers de lettres en plomb ou en bois, de police et taille différentes, une odeur d’encre aussi. Et quelques presses qui révéleront sur du papier telle ou telle œuvre graphique. David Parrat est ici comme un poisson dans l’eau. Mais comment est-il arrivé dans ce bocal? Maturité classique en poche, obtenue au Collège Claparède, le moment du questionnement sur l’avenir survient. «Mon raisonnement était le suivant à l’époque. J’avais deux intérêts, le dessin et la médecine. Je me suis dit que le dessin, je pouvais le pratiquer tout seul. Pour la médecine, c’était plus compliqué. J’ai donc opté pour des études de médecine.» A la sortie de la faculté et après six mois d’exercice, il se rend vite compte d’un manque: «J’ai pris conscience que je ne pouvais me satisfaire de pratiquer le dessin en dilettante. Je suis donc parti pour Berlin.» Après une année en auditeur libre, il passe le concours d’entrée de la Kunsthochschule Berlin Weissensee. Six ans d’étude de graphisme et d’illustration entrecoupés d’une année Erasmus au Japon à s’acharner sur la peinture traditionnelle japonaise. C’est aussi à Berlin qu’il découvre la typographie: «Parmi les cours, il y avait une initiation à la typo et surtout un grand atelier, un peu oublié. Un collègue s’y est investi pour le faire revivre et j’en ai profité pour l’aider.»

Un atelier typographique abandonné

De retour à Genève, David Parrat cherche à concilier ses deux passions, scientifique et artistique. Il obtient un poste à 50% aux HUG et découvre un jour l’AGGC: «J’avais besoin d’un lieu pour imprimer en sérigraphie pour une exposition que j’avais faite à Berlin. La typo était toujours dans un coin de mon cerveau et je cherchais un atelier. Je ne pensais pas du tout que c’était possible. Et bang, j’en découvre un dans les sous-sols de l’AGGC!» Le lieu avait été monté par un graphiste qui avait récupéré des typos d’anciens ateliers ayant fermé leurs portes. Lors de son départ, l’endroit s’est retrouvé à l’abandon. La passion de David Parrat pour la typographie le reprend et quelque temps plus tard, on lui confie la responsabilité de l’atelier. Il lui faut par la suite réorganiser le lieu et le ranger. «Il faut savoir qu’on a plein de petites lettres en plomb qui, si elles sont mal rangées, sont perdues.» Un an de travail l’attend. Il trouve son point d’orgue dans un catalogue imprimé qu’il vient d’achever: «PLOMB». «Je l’ai fabriqué de A à Z. Il s’agit de planches typographiques avec tous les caractères disponibles pour chaque police et chaque taille de police.» Un travail de bénédictin, mais aussi d’artiste qu’il s’apprête à répéter avec tous les caractères en bois de l’atelier. Quand il n’est pas submergé par le travail, David Parrat trouve du temps pour donner des cours d’initiation à la typographie (les prochains auront lieu les 9 et 10 février, au 17, route de Malagnou, à l’Atelier genevois de gravure contemporaine, https://aggc.ch). Il est aussi président de La société savante, un collectif d’artistes un peu dadaïstes à l’origine de quelques expositions et performances. Il assure s’y amuser beaucoup. On le croit sur parole.

Créé: 23.01.2019, 18h00

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