La lutte contre les punaises de lit coûte cher et use les nerfs

GenèveDe la détection canine à la congélation, la désinsectisation est une épreuve qui touche des milliers de Genevois.

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L’ennemi est entré chez Mélissa il y a environ trois mois. Hormis quelques excréments, elle ne l’a jamais vu. Mais voilà la deuxième fois que la jeune mère de famille se réveille couverte de gros boutons rougeâtres. A chaque fois, il faut plusieurs semaines avant qu’ils ne disparaissent.

Pour éradiquer les punaises de lit qui pullulent dans ses deux chambres à coucher, les professionnels se succèdent chez elle. Dans cet immeuble récent du quartier de Vieusseux, la procédure de désinfestation va devoir être répétée au moins deux fois. Avant cela, la détection canine s’impose. Mailo, labrador dressé en Floride, renifle. Il s’arrête net devant les matelas des deux chambres à coucher, signe de la présence des insectes. Masque à gaz sur le visage, le désinfecteur entre en scène pour asperger les chambres d’insecticide. Par chance, les autres pièces ne sont pas touchées. «Mais les punaises de lit peuvent être partout: dans les plinthes, les sommiers, les prises… et toujours proches du garde-manger», explique Stéphane Aeschlimann, patron de la société A + A Désinfection. Redoutant la lumière, les insectes sortent uniquement la nuit. Se nourrissant de sang humain, ils attendent que leur proie s’endorme.

Sans distinction sociale

Depuis deux ans environ, la scène se reproduit massivement dans les appartements genevois. Parfois, des immeubles entiers sont à traiter, tout comme des cinémas, des hôtels ou les transports publics. «Le phénomène est démocratique», aiment à dire les professionnels. Car il touche les appartements sans distinction de standing ou de niveau d’hygiène. Sauf peut-être qu’il se propage plus aisément dans les vieux immeubles que dans les constructions récentes. «Depuis le début de l’année, nous avons visité environ 2500 appartements», calcule Stéphane Aeschlimann, dont l’entreprise est passée de 5 à 13 employés en moins de deux ans. En tenant compte de l’activité de ses concurrents, il évalue à environ 10 000 le nombre d’appartements infestés à Genève.

Pour Mélissa, l’affaire est loin d’être terminée. Dans son salon, des kilos d’habits, de jouets, de meubles démontés attendent leur congélation, emballés dans des sacs-poubelle. «Les punaises ne supportent pas les brusques changements de température. On aurait pu chauffer les chambres à 60 degrés, mais cela leur laisse le temps de s’échapper, alors nous avons privilégié le froid», explique le professionnel de la désinsectisation. Ainsi, dans la zone industrielle de la Praille, des congélateurs géants ont trouvé une nouvelle vocation. Des dizaines de matelas infestés, des télévisions, livres, textiles en tout genre gèlent durant plusieurs jours. Des valises sont même déposées là par des voyageurs à leur descente d’avion. Car la prolifération dont est victime Genève s’explique par l’augmentation des voyages. Comme nous, la punaise de lit est cosmopolite et prend l’avion de ville en ville.

Entre 700 et 5000 francs

En règle générale, le traitement comme celui qu’a subi l’appartement de Mélissa dure environ un mois. Mais dans son cas, il s’est prolongé bien au-delà et il coûte cher. Compter entre 700 et 5000 francs, souvent à la charge du locataire (lire ci-contre). Si Mélissa vit la situation avec une relative sérénité, d’autres voient apparaître l’épuisement, les insomnies et la paranoïa. «Je me réveille en pleine nuit pour les chasser à l’aide de la lampe de poche et je passe l’aspirateur sans arrêt», confesse la jeune mère de famille. «Il nous arrive de découvrir des gens dans des états de dépression grave», observe à son tour Didier Frey, maître-chien et patron de Scanbug. Car les traitements n’offrent aucune garantie de succès et le taux de retour s’avère relativement élevé pour ceux qui ne préparent pas correctement leur logement, selon les professionnels. Alors quand les punaises de lit se glissent partout et résistent, certains préfèrent tout détruire, voire même déménager. «Nous déconseillons le déménagement, fait remarquer Stéphane Aeschlimann. Souvent, on emporte les insectes avec soi.»

De son côté, Mélissa a multiplié les va-et-vient entre son domicile et les chambres froides de Carouge. L’équivalent d’un déménagement, mais sans la garantie de dormir tranquille. «Vous avez pensé à désinfecter la voiture?» lui demande le patron de l’entreprise de désinsectisation. «Mince, la voiture…»

Développement dans nos éditions payantes du 7 octobre 2014 (TDG)

Créé: 06.10.2014, 19h30

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