Lutte judiciaire autour de la dépouille du roi du Burundi

Justice genevoiseEnterré au cimetière de Meyrin, les restes du souverain ont été exhumés voici deux ans. Le Burundi les réclame. Procès.

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Au cimetière de Feuillasse, à Meyrin, la tombe du roi du Burundi est vide. Depuis deux ans, l’emplacement No 180 est désert. Le monument érigé pour faire honneur à Mwambutsa IV, qui a régné sur ce pays d’Afrique entre 1915 et 1966 et qui est mort en exil à Genève en 1977, a disparu. La dépouille du souverain défunt se trouve bloquée depuis 2012 aux pompes funèbres de la maison Murith. Sa famille se déchire sur le lieu de sépulture de Son Altesse Royale. Pas moins de deux procédures – civile et pénale – sont ouvertes actuellement dans le canton.

Et hier, une dame de 65 ans se retrouvait sur le banc des accusés du Tribunal de police pour atteinte à la paix des morts. Elle fait partie de la famille du roi et plaide l’acquittement. C’est elle qui payait la concession au cimetière de Meyrin, c’est encore elle qui a fait ériger un monument en son honneur.

Funérailles nationales

Mais quand, en 2012, sa demi-sœur, Rosa Paula (fille du roi défunt) ainsi que l’actuel gouvernement du Burundi lui demandent d’organiser l’exhumation de Mwambutsa IV afin que ses restes soient rapatriés, elle dit oui. «Le gouvernement et le peuple du Burundi veulent le retour de la dépouille du souverain, explique-t-elle au tribunal. Sa famille et son pays souhaitent l’honorer, l’enterrer aux côtés des siens, de ses ancêtres. Depuis deux ans, il est ici tout seul, enterré nulle part, vous trouvez ça normal?» Problème: le roi, dans son testament, dit expressément qu’il veut reposer au cimetière de Meyrin et nulle part ailleurs. Sa compagne suissesse l’a confirmé durant la procédure, précisant que c’était elle qui s’était occupée de Mwambutsa IV durant sa maladie et qui, par la suite, avait régulièrement fleuri sa tombe. Elle a eu un choc lorsque les restes de son compagnon ont été retirés de la tombe. Et alors que le Service des cimetières de la mairie de Meyrin avait déjà procédé à l’exhumation de la dépouille du roi en vue de son rapatriement au Burundi, une de ses nièces s’y est opposée auprès du Tribunal de première instance. D’où l’imbroglio juridico-mortuaire qui bloque les restes de l’illustre défunt.

Car Mwambutsa IV n’était pas n’importe qui, comme le rappelle l’une de ses petites-filles entendue à la barre des témoins: «Il a régné durant cinquante ans au Burundi, c’était une figure historique importante. Il a fait régner la paix.» Dans sa plaidoirie, Me Alain Marti, avocat de la prévenue et des autorités du Burundi indique que ce pays attend les restes de feu le roi «pour lui prodiguer des funérailles nationales». Il poursuit: «Le gouvernement actuel, contrairement aux précédents usurpateurs qui ont massacré la famille du roi, veut faire régner la paix. Rétablir l’harmonie entre les Hutus et les Tutsis. Le retour du roi est un enjeu important, il symbolise la réconciliation nationale.»

Les ambitions d’une nièce

Certes, mais ne faut-il par respecter les dernières volontés du suzerain? Selon sa petite-fille, «la situation politique à l’époque de son décès ne permettait pas le retour de sa dépouille au Burundi et le roi le savait bien. Son fils avait été assassiné. C’était un homme malade, souffrant d’un cancer en phase terminale, il ne savait pas que la situation de son pays changerait un jour complètement et que sa famille serait réhabilitée.»

Cette femme explique encore qu’après la destitution de son grand-père, en 1966, sa famille a dû s’éparpiller. «Nous étions des réfugiés persécutés et sans le sou, il était impossible de s’occuper de la tombe de mon grand-père en Suisse, mais aujourd’hui son rapatriement est le souhait de tout le monde.»

Sauf d’une de ses nièces. Pourquoi? demande la juge. «Je ne sais pas, répond sa petite-fille. Elle fait une carrière politique. Elle veut se présenter à l’élection présidentielle de 2015 au Burundi. Elle utilise la situation pour des raisons personnelles, c’est absurde!» Le tribunal estime que l’affaire pose un certain nombre de problèmes juridiques. Il rendra son verdict ultérieurement.

Créé: 08.01.2015, 21h12

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