Luc Barthassat nous dit comment il veut changer

Élections cantonalesLe ministre des Transports affirme avoir entendu le coup de semonce. Mais peut-il vraiment changer en profondeur?

«Je vais changer dans le sens que je veux simplement redevenir le Luc d’avant mon arrivée au Conseil d’État.»

«Je vais changer dans le sens que je veux simplement redevenir le Luc d’avant mon arrivée au Conseil d’État.» Image: Georges Cabrera

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Dimanche, le conseiller d’État Luc Barthassat subissait un revers menaçant sa réélection. Mardi, le PDC contacte la «Tribune de Genève»: «Le magistrat a tiré les leçons de sa défaite, explique Philippe Fleury, chef de campagne. Il va changer, notamment de style, et il tient à le dire.» Nous avons accepté cette demande pour traiter de ce point particulier qui n’a cessé d’empoisonner sa législature. Interview du magistrat, encadré de très près par sa nouvelle équipe, dont son frère Stéphane Barthassat. Qui n’hésite pas à intervenir.

Luc Barthassat, votre siège est en danger. Vous auriez changé. En quoi?

Je vais changer dans le sens que je veux simplement redevenir le Luc d’avant mon arrivée au Conseil d’État. Dimanche, il y a eu un coup de semonce de la population. Je l’ai entendu. Pendant mon mandat, j’ai peut-être exagéré sur certains points, par exemple avec Facebook. J’ai joué ce jeu, parce que j’ai voulu être proche des gens. C’était ma manière de rester proche des gens et de parler d’autre chose que du boulot. Quand je fais des photos sympas, je les mets sur ma page et puis les gens regardent ou pas. Mais maintenant, j’ai compris: je vais recentrer ma communication, réduire ma présence sur les réseaux sociaux, la concentrer sur mes dossiers et non ma vie privée. (Philippe Fleury intervient: «Réduire les posts!») Oui, être plus concret au niveau du boulot et définir une ligne de communication. Ne montrer que ce qui concerne mon travail de conseiller d’État.

Vous avez été biffé notamment par vos amis PDC. Difficile?

En politique, les coups viennent le plus souvent de l’intérieur. Mais ce qui fait mal, c’est le travail occulté par un certain style, le manque de reconnaissance. Quand j’ai dit que mon bilan est le meilleur de tous, je l’ai dit comme une boutade. J’ai dit aussi que conseiller d’État, c’est facile par rapport à ce que j’ai connu avant parce qu’on se retrouve dans un boulot où le salaire tombe chaque mois, quoi qu’on fasse. Ça ne m’était jamais arrivé.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce travail?

Je suis bien dans ce poste-là, parce que je suis sur le terrain. L’autre jour, il y avait un problème à Carouge avec trois panneaux de stationnement interdit. Je dis à mes gars: posez les panneaux. Neuf mois plus tard, rien n’est fait, parce qu’il manque trois centimètres selon la norme fédérale! Alors je leur dis: vous me posez ces panneaux. Et j’ai dû signer! Aujourd’hui, on n’a plus ces problèmes. Mes gars ont compris qu’il faut avancer avec pragmatisme.

C’est ça, le boulot d’un conseiller d’État?

Non, c’est un détail. Il y a une vision derrière et les gens ne se rendent pas compte de la révolution qui va arriver avec le CEVA.

Vous répétez souvent votre slogan favori: on se rassemble, on bosse, on avance. Pendant que vous le répétez, les gens se demandent: mais quand est-ce qu’il travaille?

C’est une image, mais surtout une attitude. Je vais être plus concis dans mes interventions. Mais je veux garder le contact avec les gens, qu’ils soient pour ou contre un projet.

Votre argument pour vous faire réélire, c’est quoi?

Barthassat, il est spécial. Son côté entrepreneur choque. Quand je parle de la traversée du lac dans mes milieux, certains n’en veulent pas. Mais imaginez que j’arrive à la faire, alors on dira quoi? Un paysan en aura fait plus que de grands intellectuels de l’époque. (Stéphane Barthassat intervient. «Luc, j’aimerais que tu leur dises ce que tu m’as dit dimanche!»). Oui, vu le coup de semonce, on va montrer qu’on va changer les choses. Comme magistrat, je pensais avoir mis mes rêves de côté. Mais en fait non, assurer des responsabilités et travailler pour le bien commun est passionnant.

Votre communication est un problème, mais il y a d’autres foyers de tension. Vous avez nommé au moins cinq PDC à de très hauts postes dans un département. Vous comprenez qu’un élu n’est pas un distributeur de postes?

Un conseiller d’État doit arriver avec son staff, des gens de confiance. Quand je suis arrivé, je suis venu avec deux personnes. Enfin, les problèmes de Michèle Künzler étaient aussi liés à son département. (Stéphane Barthassat intervient: «D’autres élus le font! Je n’aime pas votre question», mais son frère l’arrête.) Cela ne me gêne pas. J’assume, je ne fais aucune distinction. Je marche au feeling!

Mais il y a des procédures à respecter!

Tout le monde a passé les tests. Les procédures RH ont été respectées.

Sauf que dans un système à l’américaine, quand le magistrat perd, ses protégés dégagent…

Au bout de cinq ans à des hauts postes, les gens peuvent parfois se fatiguer. C’est très exigeant. Je les changerai et je prendrai des gens en qui j’ai aussi confiance, indépendamment du fait qu’ils soient PDC ou pas.

Autre problème: mercredi à la Chambre de commerce, vous évoquiez la cantonalisation des TPG. C’est une bombe et vous n’en avez même jamais parlé au Conseil d’État!

Mais je n’ai jamais parlé de cantonalisation. Je n’arrive même pas à prononcer ce mot! J’ai expliqué à la Chambre de commerce qu’il y avait parfois des problèmes de communication entre le département et le conseil d’administration. On ne m’appelle que quand les problèmes explosent! Le Conseil d’État devrait être plus présent auprès des TPG, et pour cela, il faut changer la manière dont est composé le conseil des TPG, c’est tout.

M. Barthassat, c’est faux. Six témoins jurent vous avoir entendu dire «cantonalisation». Les mots ont un sens.

Non, je ne l’ai pas dit et ce n’est pas ce que je veux.

Parfois vous avancez des contre-vérités ou des «informations alternatives». C’est ce que vous appelez de la franchise?

Je peux faire des erreurs, comme tout le monde, mais je ne joue pas avec la vérité. Je pense vite, j’aime que ça avance. Mais parfois je suis mal compris: je dis «blanc», on entend «noir».

Avec vous, le Conseil d’État est souvent surpris. La semaine passée, un accord est trouvé entre le personnel des TPG et son conseil pour engager cent personnes. Or il n’en savait rien. Normal?

Je ne savais pas non plus. J’explique: il y a tout le temps des négociations aux TPG. J’y suis allé il y a trois ou quatre mois pour rencontrer les chauffeurs. Un accord a été négocié entre eux et la direction. Je voulais le présenter au Conseil d’État. Et voilà que deux jours avant notre séance du Conseil d’État du mercredi, les TPG sortent un communiqué de presse sur l’accord, parce que les syndicats allaient le faire. J’ai été doublé. Mais je n’ai rien caché au Conseil d’État; d’ailleurs je n’étais même pas au courant du contenu exact de l’accord! En plus, la pratique exclut de procéder à des engagements massifs de personnel à moins de six mois d’une élection!

Est-ce que vous vous sentez respecté par vos collègues?

Je n’ai de problème particulier avec personne. Et puis il y a les bisbilles entre les partis, c’est normal. Je pense que mes collègues me respectent: je suis droit, je ne fais pas de coups tordus, je dis ce que je pense. J’ai une qualité: je ne suis pas rancunier. Quand il y a un problème, on en parle. J’ai revu récemment Lisa Mazzone, avec laquelle j’ai eu des démêlés pendant un débat. Sur la forme, je me suis excusé.

Si vous n’êtes pas réélu le 6 mai, que ferez-vous?

Je retrouverai mes copains comme si je ne les avais pas quittés. J’ai le goût des responsabilités, pas du pouvoir. En tout cas, j’irai à fond jusqu’au bout.

Créé: 20.04.2018, 21h44

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