Le logiciel utilisé par En Marche pilote la campagne des socialistes

Élections cantonales 2018Le parti a fait appel à un cabinet expert du porte-à-porte, célèbre pour son travail auprès d’Emmanuel Macron.

À Lancy, l’animatrice de campagne Tamina Wicky (au premier plan), smartphone en main, enregistre dans l’application le nombre de portes frappées et/ou ouvertes du binôme de candidats PS Romain de Sainte Marie et Jennifer Conti.

À Lancy, l’animatrice de campagne Tamina Wicky (au premier plan), smartphone en main, enregistre dans l’application le nombre de portes frappées et/ou ouvertes du binôme de candidats PS Romain de Sainte Marie et Jennifer Conti. Image: Magali Girardin

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Ici, c’est un paillasson représentant des cocotiers. Là, un attrape-rêves suspendu à l’œilleton. Ou un cœur peint entourant l’empreinte d’une main d’enfant. De quoi se sentir bien accueilli dans cet immeuble lancéen. Au 15e étage, les candidats socialistes au Grand Conseil Romain de Sainte Marie et Jennifer Conti entament leur mission «porte-à-porte».

Pour cette campagne, le PS a fortement misé sur cette stratégie pour séduire l’électorat. Afin de l’aider dans cette tâche, il a fait appel à des spécialistes: le cabinet Liegey-Muller-Pons, alias LMP (lire ci-dessous). «C’est comme ça qu’Emmanuel Macron a gagné la présidentielle», lance, enthousiaste, Romain de Sainte Marie.

Avant d’arpenter les allées, il a fallu se préparer. Tout commence il y a plusieurs mois par un travail d’analyses. Le logiciel mis au point par LMP croise les résultats des précédents scrutins ainsi que des données sociodémographiques. En découle une cartographie précise.

Une feuille de route

Diaporama à l’appui, Tamina Wicky, animatrice de campagne au PS genevois, explique qu’il s’agit tout d’abord de repérer les quartiers susceptibles d’abriter des abstentionnistes ainsi que ceux où réside l’électorat hésitant, l’équivalent des «swing state» aux États-Unis.

Puis, au sein de ces quartiers de déterminer les sous-secteurs en fonction de quatre variables: les revenus médians bas; la population jeune; le logement locatif et la forte proportion d’étrangers. «Les zones en rouge sont celles que l’on doit cibler, indique Tamina Wicky en pointant les objectifs sur une carte du canton. Le but étant d’avoir un maximum de chance de toucher des électeurs potentiels.»

Sur le terrain, les binômes se voient ainsi attribuer une feuille de route. Muni d’une pile de programmes et de cartes postales, chaque duo, mixte de préférence – «car on ouvre plus facilement en présence d’une femme» – se dirige vers l’adresse visée et entame sa tournée. «On commence toujours tout en haut d’un immeuble. Ainsi, si l’on doit quitter l’étage en raison du comportement agressif d’un habitant, on ne «perd» pas tout l’immeuble», stipule la spécialiste. Autant de consignes qu’elle a apprises auprès de Guillaume Liegey, l’un des fondateurs de LMP, avant de les transmettre aux militants.

Vernier précurseur

À Lancy, Romain de Sainte Marie et Jennifer Conti sont à l’œuvre. Les présentations faites, ils interrogent les habitants sur leurs préoccupations du moment. «Écouter plutôt que parler est l’une des clés», confirme Tamina Wicky. D’un étage à l’autre, il est question des difficultés pour retrouver un emploi, de la pénurie de logement ou encore du coût exorbitant des primes d’assurance maladie.

Dans l’idéal, la discussion ne doit pas dépasser cinq minutes. Le cabas Migros rempli de programmes sur l’épaule, Romain de Sainte Marie est comme un poisson dans l’eau. Il faut dire qu’en 2013, alors président du PS, il fut un fervent promoteur du porte-à-porte. «C’est vraiment plus efficace que les stands», insiste-t-il.

Reste ensuite à remplir l’application baptisée 50+1 (ndlr: pour 50% plus une voix). Muni de son smartphone, le militant indique le nombre de portes auxquelles il a frappé, le nombre de portes qui se sont ouvertes ainsi qu’une remarque ou question éventuelle. «On peut aussi prendre les coordonnées d’une personne particulièrement intéressée pour pouvoir la recontacter», indique Tamina Wicky. À ce jour, le PS a frappé à 3518 portes, dont 1338 se sont ouvertes.

Thierry Apothéloz croit dans les vertus du suivi ainsi qu’au «caractère stimulant du porte-à-porte pour les militants». Il avait fait appel à LMP pour les municipales de 2015 à Vernier. «L’utilisation du logiciel permet d’arrêter de faire campagne par habitude. Le programme apporte une rigueur quasi scientifique au travail sur le terrain», commente le candidat PS au Conseil d’État.

Afin de bénéficier de cet outil dernier cri pour cette campagne uniquement, le parti a déboursé 30 000 francs sur un budget de campagne global de 350 000. D’autres tels que le PDC lorgnent cette méthode novatrice, sans toutefois avoir franchi le pas.


De Macron à Obama

À l’origine, ils sont trois: Guillaume Liegey, Arthur Muller et Vincent Pons. C’est loin de son Alsace natale que ce trio a fait ses armes. En 2008, alors étudiants à Harvard ou au MIT, ces Frenchies suivent de près la campagne de Barack Obama.

Selon Guillaume Liegey, «tout commence en réalité dans les années 90, quand les scientifiques se penchent sur les campagnes électorales. Leur but: utiliser les données afin de choisir les endroits où une conversation pourra avoir le maximum d’influence.» La campagne d’Obama cristallise ce savant mélange entre data, technologies et contacts humains grâce au porte-à-porte. Et le trio n’en perd pas une miette.

«On s’est demandé si on pouvait appliquer ce principe en France.» L’idée prend forme pour la campagne de François Hollande en 2012. Dès l’année suivante, le trio crée LMP, «une entreprise de technologie qui vise à comprendre et influencer l’opinion publique à un niveau local», résume Guillaume Liegey. Dans la foulée naît le logiciel 50+1. Il est vendu la première fois pour les municipales de 2014.

Puis En Marche s’en empare. «Emmanuel Macron partait de zéro. Il a utilisé notre technologie pour une campagne d’écoute. Les militants allaient chez l’habitant avec huit questions ouvertes.» En résulte une inépuisable base de données.

Aujourd’hui, LMP se développe selon deux dimensions: vers les entreprises et à l’international. Leur logiciel a servi pour plus de 1000 campagnes dans six pays européens. M.P. (TDG)

Créé: 11.03.2018, 18h30

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