Le logement mobilise des «locataires» pleins aux as

GenèveLes comités de locataires qui militent pour réviser la loi sur le logement cachent parfois… de riches propriétaires.

Les différents comités en faveur de la révision ont annoncé des dépenses de l’ordre de 240 000 francs, contre quelque <nobr>48 000 francs</nobr> pour les opposants.

Les différents comités en faveur de la révision ont annoncé des dépenses de l’ordre de 240 000 francs, contre quelque 48 000 francs pour les opposants. Image: Enrico Gastaldello

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Faut-il permettre aux propriétaires de vendre leurs logements aux locataires en place? C’est la question qui se pose aux Genevois lors de la votation du 5 juin. Ce projet de loi est voulu par la droite et les milieux immobiliers et consiste à assouplir la LDTR, la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations. Toutefois, parmi les partisans de cette révision, on trouve aussi de multiples comités dits de «locataires». Etonnant, car la gauche et l’Asloca y sont fermement opposées.

Comment ne pas y perdre son latin? En revenant en juin 2015. Il y a une année, lors d’une autre votation sur la LDTR, des comités de locataires aux noms semblables avaient pullulé. Eux aussi défendaient la même position que les milieux immobiliers. Or, il se trouve qu’ils ont financé leur campagne grâce à l’argent… de riches propriétaires fonciers.

On le constate en épluchant les comptes de campagne que ces comités doivent fournir au Service des votations et que chaque citoyen peut consulter.

Patrons de régies

Par exemple: l’Association genevoise des locataires progressistes. Elle a dépensé 24 000 francs dans la campagne grâce aux dons de Stéphane et Thierry Barbier-Muller et de Ronald Zacharias. Les deux premiers sont de grands propriétaires à Genève et patrons de régies. Le troisième est lui aussi multipropriétaire et député MCG à l’origine de la révision de la LDTR.

Autre exemple: le Collectif pour des logements à loyers abordables. Il a dépensé 29 000 francs, grâce aux mêmes trois donateurs. Ce trio de choc a encore financé un troisième groupement intitulé Oui à une solution écologique qui préserve l’environnement, pour lequel il a versé 5400 francs.

«Casser le monopole»

Quatrième cas: Proloc, qui se définit comme «association de défense des locataires». Elle a dépensé 9400 francs pour la campagne. En revanche, elle n’a pas mentionné ses donateurs. Proloc a eu, à ses origines, ses locaux dans un immeuble appartenant à Ronald Zacharias. Ce dernier dit ne pas appartenir à Proloc, même s’il salue «cette démarche sympathique qui casse le monopole de l’Asloca».

Enfin, trois comités réunis autour de Urgence-logements ont eux aussi milité pour la révision de la LDTR. A la différence que leur logo indiquait clairement leur lien avec la Chambre immobilière. Ici, pas d’ambiguïté. On relève toutefois que ces comités ont dépensé en tout 171 000 francs.

Ces différents comités en faveur de la révision ont ainsi annoncé des dépenses de l’ordre de 240 000 francs.

Dans le camp adverse, l’Asloca a dépensé 30 000 francs. Le Comité référendaire contre les loyers abusifs, 17 000 francs, et le Rassemblement pour une politique sociale du logement, 1000 francs. Au total, les opposants à la révision ont annoncé des dépenses de l’ordre de 48 000 francs, soit cinq fois moins que leurs adversaires.

Pour la votation de ce 5 juin, on retrouve deux comités aux noms identiques à ceux de l’été dernier. Sans qu’on ne puisse dire aujourd’hui qui les finance. Il s’agit de l’Association des locataires progressistes et du Collectif pour des logements à loyers abordables.

«Avancer masqué»

La députée socialiste Caroline Marti, qui a scruté ces comptes de campagne, déplore ces méthodes. «Les milieux immobiliers doivent ratisser bien au-delà de leurs rangs pour gagner. Ils utilisent ces subterfuges pour avancer masqués. Ils induisent les gens en erreur.»

Ronald Zacharias ne voit pas les choses ainsi. «J’ai été approché par des locataires qui souhaitaient se mobiliser en faveur de la révision. Je les ai aidés dans la mesure de mes moyens.» N’a-t-il pas l’impression de tromper les citoyens? «Ce sont certes des appellations qui titillent les esprits, mais c’est de bonne guerre. La gauche, elle, fait de même en décrivant les propriétaires comme des requins fumant de gros cigares.» (TDG)

Créé: 17.05.2016, 09h28

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