Des locataires vivent dans un chantier illégal depuis des mois

ImmobilierL’État a stoppé les travaux illégaux mais la vie des locataires qui campent depuis plus d’un an ne s’est pas améliorée.

Faux-plafonds cassés, fils et tuyauterie apparents, trous dans les murs... les habitants vivent dans un chantier permanent.

Faux-plafonds cassés, fils et tuyauterie apparents, trous dans les murs... les habitants vivent dans un chantier permanent. Image: Magali Girardin

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Lorsque l’on entre dans l’appartement d’un des locataires de l’Avenue De-Luserna 38, c’est un spectacle postcataclysmique qui s’offre à nous: faux plafonds cassés, laissant apparaître fils, tuyauterie et autres ornements, cheminées détruites remplacées provisoirement par des panneaux en bois. Dans les chambres, ce sont des trous pour permettre la pose de radiateurs (qui n’a toujours pas été faite) qui apparaissent. Le constat est similaire chez le voisin du dessous. Les habitants de cet immeuble sont outrés: «Cela fait plus d’une année que nous vivons comme dans un camping, tout ça à cause de travaux non autorisés à la base!» précise l’une d’eux.

Transformer les combles

L’histoire aurait pu être banale. Le propriétaire de l’immeuble de l’avenue De-Luserna 38 veut aménager les combles en y construisant de nouveaux appartements. Dans une Genève en proie à la pénurie de logement, cela semble normal. Le bâtiment protégé, qui fait partie d’un ensemble de la fin du XIXe et début XXe, n’est plus de toute jeunesse et un petit lifting des façades ne serait pas un luxe.

Photo: Magali Girardin

Le propriétaire fait appel à un cabinet d’architecte afin d’entreprendre les travaux. Une demande d’autorisation de construire est déposée. Après le processus de consultation des différents services, l’Office des autorisations de construire accorde le permis. En décembre 2016, les premiers coups de marteau se font entendre.

Mais voilà, une grande partie de ces coups, notamment les interventions dans les appartements, n’étaient pas inclus dans l’autorisation initialement délivrée. Une dénonciation auprès du Département du territoire (DT) a amené les autorités à effectuer une visite de contrôle sur le site et, après constatation des faits, à stopper tous les travaux en cours en mai 2017.

L’horreur

Cet arrêt n’a toutefois pas amélioré le quotidien des locataires, qui continuent à vivre dans un immeuble inachevé. Organisés en association, ils dénoncent aujourd’hui l’incompétence, la désorganisation et le non-respect des lois, ainsi que le manque de communication et de coordination au sujet des travaux. Cinq représentants des douze appartements expliquent, exaspérés: «Nous étions naïfs, nous leur faisions confiance. Alors lorsqu’ils sont entrés chez nous, nous les avons, pour la plupart, laissé faire. Nous avons eu tort. Depuis plus d’une année que ça dure, c’est insupportable. Sans compter les autres désagréments que nous avons dû subir.»

Photo: Magali Girardin

Car ce n’est effectivement pas tout, le montage de l’échafaudage pour permettre la rénovation des façades n’a pas été notifié correctement aux locataires. Certains se sont alors retrouvés les volets bloqués pendant plusieurs semaines. Des dégâts d’eau sont aussi à déplorer lors du nettoyage des façades, dont la date n’a pas non plus été bien communiquée aux habitants. Ce manque d’information ne leur laissant pas la possibilité de prendre des mesures de précaution. L’un d’eux souligne, en colère: «Il n’y a aucun respect pour nous, nous avons systématiquement été mis devant le fait accompli et nous sommes complètement démunis face à cela.»

20 000 fr. d’amende

Le mal étant déjà fait, le bureau d’architecte a reçu une nouvelle autorisation de construire de la part du DT en septembre 2018, afin de régulariser les travaux entrepris sans autorisation. Le propriétaire quant à lui est sommé de s’acquitter d’une amende de 20 000 fr. Il est sanctionné pour les travaux engagés sans autorisation mais aussi pour ne pas avoir remplacé les fenêtres existantes de manière conforme, le bâtiment étant protégé.

Dans la lettre de l’Office des autorisations de construire adressée à ce propriétaire, en date du 11 septembre 2018, il est souligné que «cette manière d’agir ne peut être tolérée sous aucun prétexte et doit être sanctionnée».

Lutter contre les abus

De façon plus générale, afin de lutter contre ce genre d’abus, le DT, comme le précise sa porte-parole Pauline De Salis, a déjà revu à la hausse le montant des sanctions administratives et poursuivra sur cette voie si nécessaire. Le Département est également conscient de la complexité de ces situations: «Cela nous interpelle, reprend la porte-parole, raison pour laquelle un groupe de travail interdépartemental a été créé avec l’objectif d’élaborer un guide des bonnes pratiques notamment à l’attention des propriétaires, afin qu’ils prennent des mesures permettant de limiter les désagréments et d’accompagner les locataires tout au long du chantier.»


«L’État ne traite pas ces cas de manière efficace»

Pour l’ASLOCA Genève, les mesures de l’État sont jugées insuffisantes. Selon elle, lorsqu’il s’agit de travaux sans autorisation préalable, il n’intervient que sur la base de dénonciations. Comme le précise un de ses représentants, l’association doit gérer de nombreux cas liés à des travaux qui n’ont pas fait l’objet d’une autorisation de construire.

Il explique que seule une dénonciation peut attirer l’attention sur une situation illégale. Et encore faut-il que le locataire s’en aperçoive. Mais même là, les moyens du Département du territoire ne sont pas suffisants: il n’a pas suffisamment de personnes pour assurer le suivi et donc pouvoir agir vraiment sur ces situations. Il est facile pour les propriétaires d’engager des travaux et de faire ensuite exploser les loyers contrairement à ce que prévoit la LDTR (loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation). Cela fait des années que la situation persiste et que personne ne s’attelle vraiment à mettre en place une politique efficace de protection des locataires.

En attendant, à l’Avenue De-Luserna 38, les travaux n’ont pas repris et les locataires vivent toujours dans un chantier. La création d’un chauffage central est prévue mais, malheureusement, ce nouveau système de chauffage ne bénéficiera pas à tout l’immeuble. Le mandataire et représentant légal des locataires s’exprime: «On s’inquiète de l’enfer dans lequel cela va plonger les personnes vivant dans cet immeuble, sans pour autant que cela soit synonyme d’un meilleur confort pour tous. Nous avons fait recours contre ces travaux. L’histoire semble sans fin.» Contactés par nos soins, ni l’architecte en charge des travaux ni le propriétaire de l’immeuble n’ont souhaité s’exprimer sur le sujet.

Créé: 29.10.2018, 07h17

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