Des locataires dénoncent la vétusté de leur immeuble

LogementLes coupes d’eau et le froid excèdent les habitants du 110 route de Saint-Julien, un édifice appartenant à une fondation rattachée à l'Etat.

Des locataires se plaignent de leurs conditions de logement au 110, route de Saint-Julien, dont Faruk Bllaca (avec chapeau) et Fatma Yilmaz (en noir). Les habitants luttent à leur manière contre les courants d’air et l’humidité, comme le montrent les images ci-contre.

Des locataires se plaignent de leurs conditions de logement au 110, route de Saint-Julien, dont Faruk Bllaca (avec chapeau) et Fatma Yilmaz (en noir). Les habitants luttent à leur manière contre les courants d’air et l’humidité, comme le montrent les images ci-contre. Image: Georges Cabrera

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Pour conserver un peu de chaleur, les stores ont été descendus; un courant d’air fait danser les rideaux de la cuisine. «Quand je mange, je me dépêche: il fait vraiment trop froid», lance Arberite Bllaca en ouvrant le robinet de la pièce. La pression est faible et l’eau tiède. «Vous avez de la chance! poursuit sa voisine Fatma Yilmaz. Souvent il n’y a que trois gouttes ou pas d’eau chaude.»

Courants d’air, froid, problèmes d’eau, de chauffage et d’étanchéité, courts-circuits. Les habitants du 110, route de Saint-Julien rencontrés évoquent tous les mêmes ennuis. «Dès 18 h, on me coupe le chauffage, si je reviens faire ma compta, je gèle», dit le garagiste Malik Durmaz. «On a de l’eau chaude trente minutes et après c’est fini», s’agace Ridvan Avdili, le gérant du restaurant. «Il y a deux ans, on a eu des punaises de lit. En enlevant les plinthes, on a vu qu’il y avait des trous entre le mur et le parquet bouchés par des cartons», raconte lascivement Faruk Bllaca. Le mois passé, ce père de famille a décidé de ne pas payer les 1830 francs de loyer, charges comprises, de son six-pièces «pour voir ce qui se passe».

«Le courage de démolir»

Impossible d’obtenir un diagnostic précis de l’état de l’immeuble construit entre 1962 et 1963. Son gestionnaire technique ainsi que l’entreprise s’occupant du chauffage n’ont pas retourné nos appels «sur ordre de la direction de la régie». Cette dernière, Pillet & Renaud, émet régulièrement des bons pour des réparations «cosmétiques», déplorent les locataires. «L’immeuble est pourri. Ils ne peuvent pas le cacher. Il faudrait avoir le courage de le démolir», conclut Fatma Yilmaz, qui y habite depuis 2007. A bout de nerfs, elle s’est récemment rendue avec deux voisines à l’Asloca, qui leur a conseillé d’écrire au propriétaire: la Fondation HBM Emma Kammacher, une fondation immobilière de droit public offrant des logements bon marché.

La fondation est consciente de la situation. Son président, Nicolas Rufener, reconnaît les «problèmes architecturaux, énergétiques et peut-être d’insalubrité» dont souffre cet immeuble hérité de la Fondation de valorisation des actifs de la BCGe en 2008. Il admet «qu’il mériterait une rénovation importante». Démolition et reconstruction; simple rénovation, voire rénovation et surélévation: différents scénarios sont à l’étude. Pourquoi rien n’a été entrepris depuis 2008? «Quand on hérite d’un immeuble comme celui-ci, il n’a aucune réserve de loyer, explique Nicolas Rufener. Cela réduit notre marge de manœuvre ainsi que nos possibilités d’établir un plan financier compatible avec le logement social.» Aujourd’hui, la bâtisse offre une quinzaine de logements. Une solution serait de l’agrandir pour offrir plus d’appartements et pour toucher davantage de loyers.

Sauf qu’actuellement, augmenter les gabarits de la bâtisse est inenvisageable. En effet, le 110, route de Saint-Julien est situé en «zone 4B protégée». Une zone sur laquelle «les constructions doivent être réalisées de manière à respecter le caractère architectural des anciens bâtiments, l’échelle du village et le site environnant», rappelle la chargée de communication du Département du logement, Rafaèle Gross-Barras. Une solution serait de demander une modification du plan localisé de quartier à la Commune de Plan-les-Ouates. Une option que la Municipalité n’envisage pas pour l’instant. «La demande de densifier les abords de la route de Saint-Julien à l’entrée du village risque d’arriver avec le CEVA, anticipe la conseillère administrative Fabienne Monbaron. Mais avant de densifier cette zone, nous allons déjà réaliser les quartiers des Cherpines et de La Chapelle - Les Sciers; de gros morceaux qui nous demandent passablement de travail.»

Pas de relogement en vue

D’ici là, les locataires du 110, route de Saint-Julien sont priés de prendre leur mal en patience. «Nous allons faire le nécessaire pour régler les gros problèmes d’un point de vue technique», s’engage Nicolas Rufener. «Et nous reloger?» questionne Fatma Yilmaz. Le président de la fondation rejette cette possibilité: «Nous n’avons aucune obligation de le faire et même si on le voulait, il faudrait avoir des appartements. Aujourd’hui, des milliers de personnes attendent des logements sociaux à Genève et la demande n’est pas satisfaite.»

Créé: 17.02.2015, 20h20

(Image: Georges Cabrera)

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