Le lifting de la vétuste Uni Bastions démarre enfin

PatrimoineEn juin commence la rénovation des deux bâtiments, pour huit ans de travaux. L’aile Jura sera vidée, avant le lieu central d’ici à quatre ans.

Le bâtiment des Bastions vient de fêter ses 150 ans mais il souffre du poids des ans.

Le bâtiment des Bastions vient de fêter ses 150 ans mais il souffre du poids des ans. Image: Maurane Di Matteo

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On a avalé les marches en pierre patinée, foulé la moquette olivâtre de la salle 106, contemplé sa verrière faute de se passionner pour le français médiéval et révisé à la bibliothèque de linguistique cachée au sous-sol. On a appris et on a vécu entre ces murs, comme tant d’autres durant plus d’un siècle et demi. «Le bâtiment des Bastions, c’est l’âme de l’Université à Genève!» résume Lorenz Baumer, vice-recteur de la Faculté des lettres.

C’est aussi un fleuron de l’architecture et un symbole de la vie académique genevoise. Qui vient de fêter ses 150 ans mais qui souffre du poids des ans: il prend l’eau, pèle, se fissure. L’État l’a longtemps laissé décrépir dans un coin, tendant çà et là une béquille, un emplâtre. Il va enfin lui donner une seconde jeunesse: le Grand Conseil a récemment voté un crédit de 88 millions. Décryptage de ce chantier d’envergure qui va durer huit ans.

Un «musée des horreurs»

On parle de rénovation lourde des Bastions depuis 2005. Mais en 2014, le projet est gelé pour raisons financières, alors que les besoins sont bien réels. Sur Internet, des étudiants créent un «musée des horreurs», dénonçant en images l’état de délabrement des lieux. Peu après, le conseiller d’État Serge Dal Busco, tout juste nommé à la tête du Département des finances, qui chapeaute l’Office des bâtiments (OBA), annonce des actions pour améliorer le confort des usagers. «Il fallait intervenir rapidement, relève le magistrat. Un million de francs a ainsi été investi en un mois pour des réparations urgentes, des mises en conformité d’installations, entre autres. Nous avons ensuite élaboré une stratégie digne de ce nom pour l’entretien des bâtiments de l’État et réaffecté des crédits auparavant utilisés pour des travaux d’agrément à des travaux de rénovation. Nous pouvons désormais planifier et réaliser les interventions de manière optimale.»

Le temps des emplâtres est aujourd’hui terminé, place au gros œuvre. Avec pour objectifs la remise aux normes – sécurité, chauffage, électricité –, l’adaptation des salles aux nouvelles exigences pédagogiques, l’augmentation des performances énergétiques, un accès pour les personnes handicapées et la revalorisation du patrimoine, entre autres. Et on va enfin repeindre les murs. En 2014, le coup de pinceau s’était arrêté à mi-hauteur, parce que pour aller jusqu’au plafond, il fallait installer des échafaudages. Et ça coûte!

Bibliothèque géante à Jura

Le chantier se décline en deux volets. Tout commence par l’aile Jura, explique Gianfranco Quaranta, chef de projet à l’OBA. «Dès juin, elle sera évacuée pour permettre la dépollution du lieu. Nous profitons des vacances pour ces travaux bruyants.» Les bureaux seront redistribués dans les autres universités ainsi que dans des espaces loués à Plainpalais. Les salles de cours se répartiront entre Uni Mail, le Centre médical universitaire et Dufour. Quant aux bibliothèques, elles seront exilées sur le site de Battelle, à Carouge, durant toute la durée des travaux. Pas très pratique pour les étudiants… «Ils peuvent prendre le tram 12. Et un système de navette est prévu pour acheminer deux fois par jour des livres de Batelle aux Bastions», précise Marco Ferretti, architecte de la division bâtiments, logistique et sécurité de l’Université. Le chantier prendra fin en 2022 seulement. «Ce sont de grands volumes, extérieurs et intérieurs, justifie Gianfranco Quaranta. D’autre part, lors des examens nous devrons suspendre le chantier pour éviter les nuisances.» L’aile remise à neuf accueillera notamment la nouvelle bibliothèque, dont les différents espaces sont actuellement disséminés. Ils seront regroupés en une seule entité de 5000 m2. Enfin, le bâtiment répondra aux normes Minergie.

Place ensuite au bâtiment central, pour quatre ans supplémentaire de travaux. Il est protégé alors ici, pas question d’évider la bête. «Nous avons à cœur de ne pas le dénaturer, souligne le chef de projet. L’âme restera, seule l’apparence changera.» Pourtant, certaines parties vont tout de même subir un gros lifting. Comme l’auditorium Olivier Reverdin. Terminé la moquette, le vert d’eau aux murs, le placage en bois. «Nous allons tout enlever pour améliorer l’acoustique et rafraîchir l’ensemble.» Le frais chasse le charme désuet. Enfin, une extension de 500 m2 sera créée sous le parvis côté rue de Candolle pour une expansion de la bibliothèque et une section de livres rares. Fin des travaux estimée à 2026. (TDG)

Créé: 08.02.2018, 20h24

Déménagement des collections du Musée d'histoire naturelle à Malagnou en 1965. (Image: Centre d'iconographie genevoise)

Physique et Muséum aux Bastions

Jean Calvin fonde l’Académie de Genève en 1559, ancêtre de l’Université de Genève. En 1867, le Grand Conseil vote pour la construction des trois bâtiments universitaires des Bastions. L’aile Salève appartient à la Ville de Genève. L’année suivante, le chantier démarre. Les travaux s’achèvent en 1872. Dès 1898, des travaux sont entrepris sur le bâtiment central, il est surélevé du côté de la rue de Candolle. Entre 1927 et 1941, les façades sont rénovées. Avant que le bâtiment ne soit une nouvelle fois surélevé. En 1952, l’unité de Physique quitte le lieu pour s’établir à Science I. Autre déménagement: en 1965, le Musée d’histoire naturelle, qui occupait l’aile Jura, s’en va. Le bâtiment est alors complètement vidé. La Chimie s’y installe, elle y restera jusqu’en 1980. En 1999, le Grand Conseil vote un projet de loi accordant un montant de 58 millions de francs pour la 2e étape de Sciences III. Les départements de botanique et de biologie végétale, qui se trouvaient alors encore aux derniers étages d’Uni Bastions, déménagent. En 2005, un rapport de la Commission des travaux conclut que des travaux sont nécessaires à Uni Bastions, et qu’ils devraient s’étendre de 2006 à 2010. En 2010, les autorités annoncent la rénovation du bâtiment des Philosophes, de l’aile Jura et du bâtiment central des Bastions. Il est prévu que les travaux commencent en 2010 pour s’achever en 2016. Les Philosophes sont rénovés en 2014. Mais entre-temps, le chantier des Bastions est gelé. Le 26 janvier 2018, le Grand Conseil vote un crédit de 88 millions pour la rénovation d’Uni Bastions.

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