Les liens troubles entre l’Usine et les dealers de rue

DrogueAlors qu’une pétition contre les revendeurs a été déposée, la liaison entre ces derniers et le centre culturel est pointée du doigt.

Dans le quartier de la Jonction, les dealers de rue gravitent autour de l’Usine, qui serait de connivence avec eux.

Dans le quartier de la Jonction, les dealers de rue gravitent autour de l’Usine, qui serait de connivence avec eux. Image: Laurent Guiraud

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Une voiture de police circule dans la rue de la Coulouvrenière. Alors qu’ils étaient une vingtaine il y a encore quelques minutes, seuls quelques dealers arpentent encore les trottoirs. Derrière l’entrée sud du centre culturel autogéré l’Usine, en revanche, une dizaine d’entre eux sont assis dans la cage d’escalier intérieure. À l’abri. Une poignée de minutes plus tard, la police s’éloigne et la rue de la Coulouvrenière se repeuple de ses trafiquants. Le chat n’est plus là et les souris dansent à nouveau.

Cette scène est devenue fréquente depuis une année, selon plusieurs habitants du quartier, qui se disent lassés de l’inefficacité policière. «On appelle le 117, et avant même que les agents n’arrivent, les dealers disparaissent», constate l’un d’eux, Nicolas Piguet, qui a déposé le 4 mars dernier une pétition réclamant davantage d’action de la part des forces de l’ordre. Le texte a été signé par un demi-millier d’habitants.

Dealers protégés

Linda* habite en face de l’Usine et dit vivre «en enfer» au quotidien à cause du bruit et des insalubrités engendrées par les dealers. Cette Genevoise observe de près la connivence entre eux et le centre culturel. «Les dealers cachent la marchandise dans l’Usine, ils vont y faire leurs besoins. Les gens de l’Usine les protègent, leur offrent parfois à manger et à boire. Cela leur facilite la tâche.»

Elle concède que le centre culturel ne joue qu’un rôle secondaire dans le trafic de drogue. Mais ce rôle l’agace, à l’instar d’autres habitants, d’autant plus que l’Usine est un lieu public qui reçoit des subventions. «Ils acceptent l’argent de l’État et aident les dealers. Mais après ils n’affichent pas ce soutien. Ils n’assument pas.»

L’omerta de l’Usine

Du côté de l’Usine, c’est effectivement l’omerta. Absence de hiérarchie oblige, personne ne peut parler en son nom. C’est pourquoi la communication du centre est décidée par consensus lors de la réunion hebdomadaire des diverses associations qui le gèrent. Lors d’une de ces séances, il a été décidé, en réponse à nos demandes de réaction, de ne communiquer aucune prise de position vis-à-vis des dealers.

Même de manière anonyme, personne ne veut en parler, que ce soit pour critiquer ou pour défendre les vendeurs de drogue. Cependant, une voix proche de l’Usine rapporte des dissensions à l’interne sur le sujet. Alors que certains revendiquent un soutien explicite aux dealers, d’autres ont plus de peine à cohabiter. Certains membres féminins du centre culturel auraient même quitté l’Usine après des comportements déplacés de la part des dealers.

Que fait la police?

Certains habitants affirment que les policiers ne font jamais de descente dans l’Usine. Une rumeur circule même selon laquelle la police n’aurait pas le droit d’y pénétrer. Ce que Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise, dément: «L’Usine est un lieu public et on a donc le droit d’y aller. Plusieurs fois par mois, sur la base d’observations, nous entrons dans le bâtiment afin d’y appréhender un dealer s’il s’y réfugie. Nous y avons également à plusieurs reprises saisi de la drogue cachée.»

Le porte-parole confirme cependant que la police ne se mêle pas des affaires du centre culturel: «On ne va pas aller spontanément dans l’Usine pour y contrôler des personnes au hasard. La sécurité intérieure est de leur ressort et nous devons rester à notre place, soit la voie publique. Ce n’est pas à nous de régler les problèmes en lien avec les multiples accès au bâtiment.»

Pour en savoir plus sur la relation entre l’Usine et les dealers, il faut donc se tourner vers les anciens membres du centre culturel. Albane Schlechten, porte-parole de l’Usine jusqu’en 2012, confirme que le sujet porte à débat à l’interne. Pour expliquer la bienveillance de la plupart des membres du centre vis-à-vis des trafiquants, elle évoque le «côté humaniste» de l’Usine: «Comme on a toujours été jugé et relégué, on ne veut pas reporter ce comportement sur d’autres. On pensait que ce n’était pas à nous de dire s’ils sont légitimes ou pas, on ne peut pas faire la loi à la place de la police.»

* Prénom d’emprunt, identité connue de la rédaction

Créé: 26.03.2019, 07h00

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