Licenciée pour avoir volé 1,2 million à son employeur, elle recommence

Vols en série à GenèveArrêtée deux fois, l’ex-employée de banque se voit reprocher plusieurs détournements entre 2007 et 2018.

La prévenue est en détention provisoire à Champ-Dollon depuis l'an dernier.

La prévenue est en détention provisoire à Champ-Dollon depuis l'an dernier. Image: Laurent Guiraud

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En 2011, la «Tribune de Genève» révélait qu’une comptable d’une banque privée de la place avait été arrêtée pour avoir volé 1,2 million de francs au sein de l’établissement. Selon nos renseignements, cette femme, qui avait été licenciée à l’époque, a replongé dans une affaire d’escroquerie en 2015 avant de déraper une dernière fois, en 2017 et 2018, auprès d’un nouvel employeur, en détournant 123'000 francs.

Ces nouveaux éléments sont aujourd’hui résumés dans un acte d’accusation, émis cet hiver. En détention depuis l’an dernier, cette femme sera jugée pour l’ensemble de ces faits dans le courant du printemps devant le Tribunal correctionnel. Elle aura face à elle plus d’une vingtaine de personnes qui ont perdu des plumes en raison de ses agissements.

L’associé et son épouse

À l’époque de sa première arrestation, en 2011, la dame admettait avoir «prélevé» mensuellement, depuis 2007, entre 10'000 et 20'000 francs durant des mois sur le compte d’un des associés de la banque et de son épouse. Lesquels n’ont visiblement rien remarqué durant presque trois ans.

Il en est de même pour les nombreux clients grugés: «Au vu de sa longue expérience au sein de la banque, du lien de confiance qu’elle avait su tisser avec la hiérarchie et de sa connaissance, outre des lacunes du système de vérification interne, de la fortune et des habitudes des clients, elle a misé sur une absence de contrôle de la part des clients et de son employeur.»

Cette personne explique qu’après le décès de son père, en 2006, elle a ressenti un profond mal de vivre qui s’est traduit par le besoin de faire des achats de toute sorte. C’est pourquoi elle a commencé à prélever de l’argent. Une partie du pactole a été dépensée en chaussures, habits, voyages et colifichets divers.

Comment a-t-elle procédé? Un exemple cité à l’époque par la prévenue: chaque mois, elle recevait les bulletins de versement liés à la carte de crédit de la femme d’un des banquiers. La comptable y substituait les siens et débitait ensuite le compte de l’épouse.

En ce qui concerne son ex-patron, elle n’a pas hésité à scanner sa signature et à produire des faux reçus «par lesquels l’homme confirmait en apparence la réception des sommes d’argent qu’elle s’était frauduleusement appropriées». Elle sera donc aussi jugée pour faux dans les titres.

Selon les réquisitions, elle devait parfois verser de l’argent de clients sur leurs comptes de carte de crédit. Au lieu de cela, elle virait les sommes sur des comptes dont elle-même était titulaire. «Lorsque les instituts ayant émis les cartes de crédit faisaient état d’un non-paiement, dans le délai imparti, la prévenue réglait par un second virement, au débit du compte du client, la somme réclamée», écrit le procureur.

C’était une manière de camoufler les agissements frauduleux, relève en substance l’accusation, estimant que la prévenue s’est procuré un enrichissement illégitime et a commis une escroquerie par métier.

Bureau antiblanchiment

On ne sait pas combien de temps ce manège aurait continué. Mais en 2010, l’Institut de crédit a trouvé étranges les sommes importantes versées par la prévenue. Il a signalé ces mouvements au Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS), qui, à son tour, a averti le Parquet genevois. C’est grâce aux coups de fil de ce dernier à la banque que le pot aux roses a été découvert.

En 2015, bien après sa première arrestation, la prévenue aurait baigné dans un commerce de vente de produits électroniques. L’argent des clients était versé sur ses comptes bancaires. Elle prenait au passage une commission et versait le reste à deux individus non identifiés par la justice qui vivaient au Bénin. De nombreux clients n’ont jamais reçu les objets commandés.

Pour ces faits, elle est accusée de complicité d’escroquerie et blanchiment. Enfin, en 2017, elle a été engagée comme secrétaire comptable dans une entreprise de fournitures industrielles à Vernier. Elle avait notamment pour tâche de faire payer les factures de la société: «L’associé gérant, qui lui faisait entière confiance, avait après quelques semaines renoncé à des contrôles aléatoires des paiements effectués par la prévenue, relève l’acte d’accusation. Elle a misé sur cette confiance et sur l’absence de contrôle.» Résultat: elle se retrouve accusée d’avoir empoché 123'000 francs, somme dont l’entreprise aujourd’hui disparue «s’est trouvée appauvrie», conclut l’acte d’accusation.

«Elle ne conteste globalement pas»

Me Thomas Barth, avocat de la prévenue, contacté par nos soins, indique que sa cliente «ne conteste globalement pas les faits qui lui sont reprochés et réserve son argumentation pour le tribunal». Il «fustige cependant la beaucoup trop longue détention préventive subie, alors même qu’elle se rétablissait tout juste d’un très grave problème de santé».

Avocat de la banque, Me Alexander Troller relève que l’établissement «a intégralement remboursé les quelques clients dont les comptes ont été touchés par ces malversations. Les autres faits reprochés à l’accusée par des employeurs ultérieurs confirment en tant que de besoin son astucieuse énergie criminelle.»

Créé: 04.02.2020, 07h00

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