Aux Libellules, 500 HBM rénovés pour un nouveau départ

RéhabilitationLe quartier verniolan, tout proche du pont Butin, a vécu un chantier colossal de trois ans. Témoignages.

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Un quartier mal né peut-il repartir à zéro? Quelle que soit la réponse, les Libellules s’offrent un nouveau départ. A l’intérieur, 500 appartements HBM rénovés; à l’extérieur, sept édicules communautaires se dressent où un parking s’étalait.

De l’espace, de nouvelles couleurs, mais aussi des salles pour la communauté. Plus de trois ans de chantier ont été nécessaires à la réhabilitation d’un point noir statistique où se rassemblent les populations les plus fragiles du canton en termes de revenus, de chômage ou de dépendance à l’aide sociale.

Rocades des locataires durant les travaux

«Ce fut un défi, une aventure.» L’architecte Marcel Hart relève le caractère exceptionnel du projet qu’il a supervisé. «Transformer un bâtiment aussi grand tout en conservant les habitants à l’intérieur n’avait rien de banal.» Car pendant qu’on rafraîchissait, les résidents faisaient leurs cartons pour un appartement voisin. Six mois plus tard, ils retrouvaient leur logement, comme neuf.

Aucune des huit entrées, aucun des dix étages n’ont été oubliés. Il a aussi fallu repenser les mornes couloirs transversaux, générateurs d’insécurité. Ces quatre coursives de 200 m de long laissent désormais passer la lumière du jour. Sur les paliers, dix capsules appelées «espaces de vie» remplacent autant d’appartements de petite taille. On pourra y fêter les anniversaires, bricoler ou apprendre l’informatique. Quant aux édicules au pied de l’immeuble, ils transforment l’ensemble né dans les années 60. Une ludothèque, une garderie ou un espace musical y prennent vie.

Un projet à 65 millions

La nécessité de changer s’est imposée en 2008. Outre les indicateurs statistiques, plusieurs faits divers témoignent alors de la précarité croissante de cette «barre» longeant la route menant au pont Butin. Pour la fondation immobilière Emile-Dupont, propriétaire, une action s’impose à large échelle. Rapidement, la Commune de Vernier s’engage, ainsi que le Canton et la Confédération. La Fondation Wilsdorf participe au projet dont le coût total atteint 65 millions.

A la réhabilitation matérielle s’ajoute un volet social, d’où les consultations publiques et la création d’associations pour gérer les lieux partagés.

L’inauguration des «Nouvelles Libellules» a eu lieu jeudi. Les politiques ont souligné «la métamorphose» d’un projet «exemplaire». En juin 2014, le quartier a même reçu la visite de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, marquée par l’ampleur de la mutation. Aujourd’hui, un livre («Les Libellules, la renaissance»), retrace cette aventure.

La fin des travaux méritait bien un week-end de fête. Lundi, le quotidien reprendra son cours. Il dira si Les Libellules ont effectivement vécu une «révolution».

Quatre «Libellules» témoignent

Ernest Greiner: «Ce n’est pas une rénovation au rabais»

De 2012 à aujourd’hui, Ernest Greiner n’a pas quitté le chantier des yeux. Facteur à la retraite, président du comité de pilotage des Libellules pour le compte de la fondation immobilière HBM Emile-Dupont (dont il est devenu le président entre-temps), il a eu pour mission de faire le lien entre les habitants, la Commune, la régie et la fondation. «Bien sûr, il y a eu des situations tendues, mais tout déménagement a quelque chose d’angoissant. On peut dire aujourd’hui que la population est satisfaite.»

Présent physiquement dans les couloirs de l’immeuble, l’ancien député radical supervisait les opérations au même titre qu’il réglait les problèmes personnels. «Ce n’est pas une rénovation au rabais. Les contrôles de garantie des premiers appartements terminés montrent qu’il n’y a aucun défaut.» Quant aux doléances des habitants, elles ne pouvaient pas ralentir un chantier d’une telle ampleur. «Pour chaque problème, nous avons cherché une solution immédiate au lieu de déclencher une procédure, raconte-t-il, confiant pour l’avenir. La Commune s’est portée garante pour pérenniser l’animation sociale.»

Nicole Pellaud, ludothécaire, engagée à 50%

Demandez à des enfants ce qu’ils souhaitent pour leur quartier et vous obtiendrez des réponses telles qu’un espace jeux vidéo, un zoo ou un coin poupées. Aux Libellules, ces désirs sont d’abord devenus une maquette en carton. Puis une ludothèque, une vraie, qui ouvrira ses portes ce samedi dans l’un des sept édicules au pied de l’immeuble. «En synthétisant ces souhaits, la nécessité d’ouvrir une ludothèque s’est imposée», explique à l’heure des préparatifs Serge Koller, travailleur social à la Délégation à la jeunesse. Si les élèves ont vécu leur première expérience de démocratie participative à l’école, il s’est agi ensuite de convaincre les élus locaux de voter le crédit de 190 000 francs.

Quant aux architectes chargés de donner corps à l’imagination des enfants, ils ont réalisé un espace doté d’une mezzanine sous laquelle il a fallu excaver pour offrir une aire de jeu suffisamment grande. Et le fonctionnement? Nicole Pellaud, ludothécaire, a été engagée à 50% et une association composée de bénévoles participera à la gestion des lieux. «Nous partions de rien, donc tout devenait possible, affirme Serge Koller. L’enjeu sera de faire participer les gens sur le long terme.»

Germaine Cochard: «Ça a été dur. On a même eu froid»

Après de longs mois de travaux, Germaine Cochards’est installée dans son nouveau trois-pièces, un duplex de taille restreinte. «Ça a été dur. On a même eu froid quand les étages du dessus étaient vides.» A 90 ans, la doyenne des Libellules a vécu la naissance du quartier, changé plusieurs fois de logement et maintenant la réhabilitation. Arrivée en 1967 alors que la barre n’était pas terminée, elle se souvient des familles et des personnes âgées à qui la fondation réservait autrefois les quatre premières allées. «A l’autre extrémité, les PTT et des banques logeaient leurs employés, raconte-t-elle.

C’était une autre population qu’aujourd’hui, mais toujours modeste.» Puis quelque chose a changé. «Je ne me suis jamais plainte, mais je sentais que certains méprisaient les Libellules.» Neuf fois grand-mère, onze fois arrière-grand-mère, Germaine Cochard préfère alors parler «des bons jours», du club des aînés «renforcé» par les amis de Châtelaine, des nombreuses amitiés qui se sont liées aux Libellules. Son regard de nonagénaire sur un quartier qui doit se réinventer? «Je suis pleine d’espoir, car on ne se sent pas seul ici.»

Henri Kreutschy: «On n'a pas baissé les loyers durant les travaux»

«Ici, il y a ceux qui m’aiment et ceux qui ne m’aiment pas», prévient Henri Kreutschy. L’octogénaire au catogan peut énumérer durant des heures ce qui ne va pas dans ces Libellules rénovées. «On ne nous a pas baissé les loyers durant les travaux, le bruit des marteaux-piqueurs a été infernal, ils ont cassé mes meubles durant le déménagement, les escaliers ne sont pas adaptés aux gens de mon âge, on entend tout ce qui se passe chez les voisins, les lavabos sont trop petits…»

Si cet ancien représentant des locataires ne cède pas à l’enthousiasme ambiant, c’est qu’il trouve que «le chantier n’est pas fini. Et regardez cette façade, poursuit-il. Ils ont juste effleuré en surface, sans nettoyer en profondeur.» Visiblement, le retraité est exigeant. Il a déjà changé trois fois d’appartement avant de trouver celui qui lui convient, celui où il passera «la cinquantaine d’années» qui lui reste à vivre, plaisante-t-il. La peinture murale de Bob Marley au pied de son immeuble trouve tout de même grâce à ses yeux. Ou presque. «Ils auraient pu la faire ailleurs: on ne la voit pas assez!»

Créé: 15.10.2015, 22h17

L’inauguration des «Nouvelles Libellules» a eu lieu jeudi. Les politiques ont souligné «la métamorphose» d’un projet «exemplaire». En juin 2014, le quartier a même reçu la visite de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, marquée par l’ampleur de la mutation. Aujourd’hui, un livre («Les Libellules, la renaissance»), retrace cette aventure.

La fin des travaux méritait bien un week-end de fête. Lundi, le quotidien reprendra son cours. Il dira si Les Libellules ont effectivement vécu une «révolution». (Image: Abensur)

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