Les mystères du marché de l'escape game

DivertissementPassionnés, entrepreneurs avisés, ou même les deux, ils sont toujours plus nombreux à investir temps et argent dans le marché du jeu collaboratif.

Vidéo: Maurane Di Matteo

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est à croire que les Genevois sont de grands enfants. Ou de grands joueurs tout simplement. Trip Trap, Sensas, Lost n’scape, Le tonneau de Bacchus… En l’espace de cinq ans, l’offre en escape game et autres jeux collaboratifs a explosé dans le canton. Des geôles d’Alcatraz aux chambres des pyramides d’Égypte, en compagnie d’un pirate ou d’une reine du vaudou, à la poursuite du lapin d’Alice comme d’un tueur en série: les amateurs d’aventure, d’énigmes et de sensations disposent aujourd’hui d’une vingtaine de salles pour assouvir leur désir de jeu grandeur nature en équipe. Cinq de plus devraient voir le jour à la rentrée, quand cinq autres sont dans les tuyaux.

A lire aussi: «Il nous faut six mois pour créer une salle de qualité»

Dernière-née de la gamme, Sensas et ses 400 m2 en plein cœur des Pâquis. Un jeu d’un style un peu différent, axé sur l’utilisation des sens dans des salles plongées dans l’obscurité. «En termes d’espace, d’ambitions et d’investissement, nous sommes passés à la vitesse supérieure, assure Anthony Heim, directeur associé de Kalayan SA, société qui exploite déjà Virtual Room à Genève. C’est un risque, certes, mais nous croyons fort au développement du marché du jeu collaboratif.»

Après avoir triomphé des épreuves de la salle du toucher chez Sensas aux Pâquis, les participants du soir lancent leur cri de guerre. Leur succès leur permet d’ouvrir des coffres et d’avancer. MAURANE DI MATTEO

Peur du noir et prise de risque

Ce soir, la salle ouverte depuis un mois accueille un petit groupe. Une famille qui veut «se retrouver» à l’occasion du passage dans la région d’un des fils. «On sait que c’est dans le noir, pas plus», lâche Andrea Cassini, une jeune participante. Ils sont dix, mais la capacité d’accueil de l’espace peut monter jusqu’à quarante. «Le concept est né à Marseille, puis une salle s’est ouverte à Lyon où nous l’avons testée, explique Anthony. En tant qu’entrepreneurs, nous gardons un œil sur tout ce qui se crée dans le secteur et essayons de voir si le concept peut être adapté à Genève.» Conclusion? La large capacité se prête à l’accueil de grands groupes à l’image des classes d’école, des sorties d’entreprise ou encore des centres pour personnes souffrant d’un handicap. Un potentiel qui a fini par convaincre l’entrepreneur de lever quelque 400 000 francs pour exploiter le concept.

Franchise marseillaise

À l’intérieur d’une salle, on affronte l’épreuve du goût. L’objectif: mettre un nom sur les saveurs. «C’est sûr, c’est du toblerone!» s’exclame Ilénia. Faux!

«Entre Marseille et Genève, les saveurs à tester peuvent bien sûr différer, s’amuse Anthony. C’est la force du concept. En revanche, la structure et le déroulé sont quasi identiques. C’est le propre des franchises.»

(Photo: MAURANE DI MATTEO)

Et en l’espace de quelques années, les entreprises du secteur se sont structurées et l’offre ne finit plus de s’étoffer et de se professionnaliser. Compter environ 150 000 francs pour l’acquisition d’une salle et l’aide à son installation. Une somme qui peut s’accompagner de royalties. Un système maintenant rodé, qui permet aux entrepreneurs de brûler quelques étapes. Au risque de tendre vers une offre de plus en plus standardisée? Ce serait sans compter sur tout un réseau de passionnés.

Le petit groupe se frotte maintenant à l’épreuve des mimes chez Sensas. Sur un écran, un joueur s’échine à battre des ailes. Une représentation très personnelle du Lac des cygnes. De l’autre côté de la paroi, sa famille semble perplexe.

«Franchisé ou non, l’important est d’encourager le Genevois à jouer, analyse Gian Cla Pinösch, cofondateur de la société Trip Trap. De notre côté, nous misons sur des univers et des énigmes que nous créons de toutes pièces. C’est notre force, notre cœur de métier.»

«Service après-vente, bonjour»

Autre modèle, mais ambitions similaires. L’entreprise genevoise a investi dans un espace de 400 m2 à Carouge. Par ailleurs, chaque salle lui coûterait environ 150'000 francs à créer. Au point de s’imaginer franchiser ses productions? «Nous avons déjà été approchés, mais à ce stade, ce n’est pas une priorité, confie Gian. Il faut d’abord se structurer, créer un véritable service après-vente. C’est compliqué»

L’équipe a maintenant atteint la salle des lasers de Sensas. Les deux garçons essaient de la traverser. La souplesse fait défaut…

(Photo: MAURANE DI MATTEO)

«Certains intègrent de plus en plus d’électronique, de technologie dans l’escape game, explique Nadège Sanpedro, membre de l’équipe des Secrets de Bacchus à Bellevue. C’est bien, il faut de la diversité. De notre côté, nous avons composé avec du matériel de récupération et des mouvements purement mécaniques.» Il aura fallu cinq mois de boulot à la petite équipe de bénévoles pour ouvrir les lieux. «Nous avons tous un travail à côté, confie l’éducatrice de la petite enfance. Mais c’est la diversité des profils des acteurs du milieu qui fait que je ne crains pas la standardisation.»

Et Nadège de mentionner la multitude de nouveaux concepts découverts lors de la Coupe du monde d’escape game à Sofia en 2018 ou encore à Paris. Entre l’ambiance film d’horreur avec kidnapping dans la rue en préambule en passant par une énigme de vingt-quatre heures en extérieur dans la forêt.

Après deux heures intenses de jeu, la famille s’extirpe de la dernière salle de Sensas. Les amulettes sont réunies, la mission est accomplie. Ce qu’ils ont préféré? «La piscine de boules, bien sûr. On retombe en enfance.»

(Photo: MAURANE DI MATTEO)


Portrait: Chloé, une maître de jeu qui se veut bienveillante

La main sur le micro, la maître des sens tente de rassurer les joueurs, alors qu’ils pénètrent dans une salle obscure. DR

Chloé Waechter se range elle-même du côté des «gentils». Ces maîtres de jeu qui couvent d’un regard bienveillant les joueurs. «Je pense que notre personnalité profonde ne disparaît pas au moment d’endosser le rôle. J’aime aider, assister, accompagner. Alors, quand je vois des participants inquiets d’évoluer dans le noir chez Sensas, j’enclenche mon micro et tente de les rassurer.»

Et Chloé a eu le temps de travailler ses interventions. Depuis maintenant plus d’un mois, elle est devenue la gérante à temps plein de la salle des Pâquis. Elle anime jusqu’à quatre parties par jour depuis sa petite salle de contrôle aux multiples écrans. Une tâche qu’elle juge parfois «lessivante» – les parties durent deux heures et il n’y a pas de temps morts – mais qui correspond à ses aspirations et son parcours. «Je suis animatrice à la base et j’aime encadrer des groupes, explique Chloé. Par ailleurs, je suis moi-même une adepte des escape game. Autant dire que le job était fait pour moi.»

Avant d’inviter les joueurs à plonger leurs mains dans des bocaux dans le noir, Chloé s’était déjà fait une petite expérience en encadrant des parties chez Trip Trap. Et parce que le concept Sensas fonctionne un peu différemment – le titre de «maître des sens» est d’ailleurs privilégié – elle a eu droit à une formation à Nice, auprès d’un animateur plus aguerri. Depuis, elle forme ses remplaçants à Genève.

Certains sont un plus «sadiques», d’autres parfois plus «taquins», mais tous doivent avoir l’énergie et l’humour nécessaires pour emballer la partie. «Quand on fait face à un enterrement de vie de garçon et que les participants éméchés commencent à se perdre dans le parcours, il faut avoir du répondant pour les remettre dans le droit chemin», sourit Chloé.

Heureusement pour l’animatrice, certains groupes sont plus faciles à gérer. «Je pense notamment à toutes les personnes souffrant d’un handicap et tellement heureuses de pouvoir participer.» F.TH.


Formule gagnante: jouer entre collègues pour resserrer les liens

Il y a l’escape game traditionnel, celui qui se joue dans une salle aux décors de cinéma, souvent entre amis. Et puis il y a l’escape game portatif, celui qui se joue dans la salle de réunion d’une entreprise, la plupart du temps entre collègues.

Un produit «très tendance», à en croire les acteurs du secteur. Un incontournable si on se réfère aux catalogues des escape game, qui n’hésitent plus à créer des énigmes réservées à ce marché.

Spécialiste des activités de team building, la société fribourgeoise Une-Bonne-Idée.ch n’a pas hésité à se lancer, il y a maintenant cinq ans. Elle a ainsi développé une activité dans laquelle des groupes d’employés doivent libérer l’explorateur Mike Horn aux prises avec des indigènes, et tout ça depuis les locaux de leur entreprise. Un produit représentant 10 à 15% des ventes d’Une-Bonne-Idée.ch aujourd’hui.

«Cette activité a l’avantage de pouvoir mobiliser plusieurs centaines d’employés en même temps, confie Claude Gendre, codirecteur de l’entreprise. Par ailleurs, elle permet de faire travailler la communication, la cohésion des équipes tout en étant très révélatrice sur le leadership.»

Parmi les clients, on retrouve aussi bien des multinationales de la région que de plus petites structures. «Le produit doit être extrêmement bien pensé, insiste Claude Gendre. Il doit représenter un défi quel que soit le secteur d’activité ou le statut des employés. De plus, on fait en sorte que tous les participants arrivent presque tous en même temps à la solution.»

À Genève, l’entreprise Trip Trap a elle aussi développé son concept avec «Le Coffre Muet». Lost n’scape travaille actuellement à un sac à dos capable de réunir une cinquantaine de joueurs. Il sera disponible dans les semaines à venir. Et quand il n’y a pas ce genre d’option, la plupart des escape game du canton proposent sur leur site des solutions aux entreprises. Ces dernières sont invitées à privatiser les salles et la capacité d’accueil est un argument de vente. Avec son arène de jeu de 400 m2, Sensas espère d’ailleurs bien tirer son épingle du jeu. F.TH.

Créé: 06.07.2019, 08h37

Où aller à Genève?

Infos pratiques

Grand Trip Trap Hotel Clos de la Fonderie 5-7, Carouge
Salle: «La Chambre de Tante Hilda»
Trip Trap Ch. de la Gravière 6
Salles: «Une soirée avec la Reine Vaudou»; «La Confrérie de la Pierre»; «Le Trésor de Jack Rackham»
Lost n’scape Av. Blanc 49
Salles: «Alcatraz», «Le contrat Van Gogh»
Escape Game Geneva Rue de Lausanne 69
Salles: «Alice»; «Apocalypse», «L’antre»
Timescape Rue de Montbrillant 12
Salles: «Le Piège du Lotus»; «Le Secret des 3 Pharaons»
Parapark Boulevard de la Cluse 105
Salles: «Studio #13 - The big city Schizo»: «Experiment #5 Une vie de chien»; «Chocolaterie Monstr»
The Mindescape Rue Butini 15
Salles: «The ancient Pyramid»; «Serial Killer»; «Bank Robbery»
Les Secrets de Bacchus Route de Lausanne 318, Bellevue
Salle du même nom
Secret Chamber Bourg-de-Four 11
Salle du même nom
Sensas Rue de Richemont 19
Salle du même nom

Articles en relation

«Il nous faut six mois pour créer une salle de qualité»

Escape Game Gian Cla Pinösch, cofondateur de la société Trip Trap, revient sur les secrets de fabrication d'une énigme réussie. Plus...

Un pass pour répertorier toutes les Escape Rooms

Jeux Un financement participatif est lancé pour créer un passeport réunissant les salles romandes où les participants doivent résoudre des énigmes chronomètre en main. Plus...

Les jeux d’évasion grandeur nature cartonnent

«Escape rooms» Le concept – s’échapper d’une pièce en 60 minutes – s’étend à des lieux insolites, comme un fort militaire. Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...