Les leçons de 70 ans de pertes et profits aux Fêtes

Votation du 4 mars Une semaine de festivités, comme le propose l’initiative Barth, serait-ce rentable? Éléments de réponse historiques alors que la durée de l’événement fait débat.

En septante ans d’existence, les Fêtes de Genève ont connu des éditions très variées, tant dans l’offre proposée aux visiteurs que dans la durée de la manifestation. En 1990 par exemple, on découvre qu’il y avait des fêtes pour les Genevois pendant trois jours, puis d’autres plus «internationales» sur quatre jours, avec deux feux d’artifice en prime! En 1998, elles sont réduites à quatre petits jours. Six ans plus tard, en 2004, elles s’étalent sur onze jours.

En septante ans d’existence, les Fêtes de Genève ont connu des éditions très variées, tant dans l’offre proposée aux visiteurs que dans la durée de la manifestation. En 1990 par exemple, on découvre qu’il y avait des fêtes pour les Genevois pendant trois jours, puis d’autres plus «internationales» sur quatre jours, avec deux feux d’artifice en prime! En 1998, elles sont réduites à quatre petits jours. Six ans plus tard, en 2004, elles s’étalent sur onze jours. Image: DR

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Dieu créa le monde en sept jours, faut-il pour autant des Fêtes de la même durée? C’est l’une des questions qui se poseront aux résidents de la Ville de Genève lors de la votation du 4 mars. La rentabilité est au cœur du débat sur la durée idéale. L’initiative «Pour des Fêtes plus courtes et plus conviviales» les réduit à une semaine maximum, tandis que le contre-projet les maintient à la durée actuelle de onze jours.

Selon leur organisateur, Genève Tourisme, des Fêtes sur sept jours ne seraient pas viables financièrement. L’initiant Jean Barth rétorque que par le passé elles ne duraient que trois jours et étaient dans les chiffres noirs. Petit coup d’œil historique sur les comptes de la manifestation.

1947-1998: trois à quatre jours de Fêtes suffisent

Pendant plus de cinquante ans, de 1947 à 1998, les Fêtes de Genève durent généralement entre trois et quatre jours, à de rares exceptions près. En 1990 notamment, elles durent sept jours, prolongées par la Fête internationale. Nous n’avons pu consulter d’archives financières sur cette période et devons donc nous fier aux témoignages récoltés.

Guy Zweigart, secrétaire général des Fêtes entre 1988 et 1996, assure qu’elles «étaient à l’équilibre, à peu de chose près. On avait essayé de rendre le feu d’artifice payant, mais c’était une mauvaise idée, ça n’a pas plu à la population. À l’époque, on pouvait compter sur beaucoup de bénévoles, j’ai l’impression que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Sur quatre jours, ça peut se faire, avec une bonne gestion.» Et une bonne météo, ajouterons-nous.

Son discours est corroboré par Claude Miffon, directeur du comité d’organisation entre 1991 et 1996. «Il y a peut-être eu un léger déficit au moment où j’ai étendu les Fêtes de la Rive droite à la Rive gauche, ajoute-t-il, car il a fallu tout équiper en eau et en électricité. Je ne me souviens plus du chiffre, peut-être 200 000 ou 300 000 francs sur un budget de 1,5 million.» Il ne votera pas pour autant en faveur de l’initiative de Jean Barth. «Les Fêtes doivent se réformer, mais il y a forcément un minimum de nuisances. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.»

Nos deux interlocuteurs rappellent que les forains, eux, avaient un régime à part: ils tournaient déjà dix jours, car ils s’installaient dès le week-end précédant les Fêtes.

1999-2003: les Fêtes durent dix jours et n’équilibrent pas tout de suite leurs comptes

Au regard des chiffres disponibles, le passage à dix jours est loin de garantir l’équilibre parfait. Entre 1999 et 2002, sous l’ère de Frédéric Hohl et Denis Tauss, les pertes sont successivement d’environ 200 000, 500 000, 550 000 et 90 000 francs. Selon Christian Rey, président de Genève Tourisme à l’époque, ce n’est pas l’augmentation de la durée qui a permis d’obtenir de meilleurs résultats, mais plutôt l’internalisation de la manifestation. «Quand je suis arrivé, les Fêtes étaient un peu en électron libre, c’était une structure parallèle à l’Office du tourisme, un mandat semi-externe. Nous les avons réintégrées progressivement chez nous à partir de 2001. Dès 2003, nous tirions un très léger bénéfice (ndlr: +1767 francs) et dès que nous avons engagé Christian Colquhoun en 2004, les pertes furent bien moindres (ndlr: 65 000 francs en 2004 et 14 000 francs en 2005).»

2004-2015: les festivités durent désormais vingt-quatre jours et sont saines financièrement

Grâce aux Pré-Fêtes, le directeur de la manifestation, Christian Colquhoun, peut se vanter d’un bilan quasi-irréprochable, avec un exercice à l’équilibre, quatre bénéficiaires (dont un record de 156 000 francs en 2007) et quatre légèrement déficitaires (un maximum de 104 000 francs de pertes en 2013). C’est la fameuse période dite de «la formule magique».

2016-2017: Réduites à onze jours, les Fêtes plongent dramatiquement dans le rouge

En 2016, tout bascule. Le Geneva Lake Festival, externalisé, est contraint de réduire sa durée à onze jours sur exigence de la Ville de Genève. Les Pré-Fêtes, qui généraient plusieurs centaines de milliers de francs, sont supprimées. Le déficit est de 3,4 millions de francs selon Genève Tourisme, revu à 6 millions de francs par un audit du service interne de l’État (en comptant les investissements dans les infrastructures, le contrat de licence et les ressources réelles allouées par la fondation à l’événement). En 2017, malgré un changement de directeur, les Fêtes poursuivent dans les chiffres rouges avec un déficit estimé à 3,2 millions de francs.

Yves Menoud, président de Genève Tourisme depuis 2017 seulement, n’a pas tout l’historique en tête pour commenter dans le détail. Mais il n’est pas certain que la tentative de comparaison à travers les âges soit valable. «Déjà, la clientèle n’est plus la même. À l’époque, on avait des princes qui dépensaient beaucoup plus que les familles moyennes supérieures qui viennent aujourd’hui. Ensuite, l’appréhension des loisirs a évolué. On s’émerveillait avec beaucoup moins.»

Selon lui, l’augmentation de la fréquentation d’année en année engendre des coûts supplémentaires. «Auparavant, les gens ne marchaient pas sur l’herbe, c’était interdit, relève Yves Menoud. Aujourd’hui, on doit remplacer de nombreuses plates-bandes de gazon. Enfin, les coûts de la sécurité ont explosé (ndlr: ils sont estimés en moyenne autour de 500 000 francs en 2016 et en 2017), on doit installer des blocs de béton, etc. Nous craignons le pire pour les années prochaines.»

Créé: 24.01.2018, 19h48

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