Le roi lion gruge le chat noir sur une façade sarde

Les fresques genevoises 4/6Fabulae Genavenses explore textuellement et graphiquement la faune et les mythes de la région genevoise.

À Carouge se trouve une superbe fresque de Serval.

À Carouge se trouve une superbe fresque de Serval. Image: Laurent Guiraud

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«Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage», prêchait La Fontaine en conclusion de la fable «Le lion et le rat». De la patience et de la rigueur, il en a fallu pour réaliser une nouvelle fresque qui vient orner le mur d’un bâtiment de l’avenue Cardinal-Mermillod, à Carouge. C’est à Serval, graffeur genevois actif depuis le début des années 90, que l’on doit le projet initial Fabulae Genavenses.

Féru de biologie, comme son pseudo l’indique, Serval a eu pour idée de travailler sur les fables genevoises, en explorant la faune locale. Problème: les contes ou récits fantastiques moralisateurs ne courent pas les rues dans la région. C’est ici qu’intervient Florian Eglin, écrivain tout aussi genevois venu donner sa plume et sa consistance à l’entreprise. Anciens camarades de classe, les deux artistes décident de collaborer bénévolement. «Je trouvais intéressant de mêler faune et mythes locaux. On a essayé de trouver un animal et une histoire par commune», nous raconte Serval.

Chaque fresque s’accompagne d’une courte fable de Florian Eglin. Après le chacal doré de Jussy (un spécimen y a été photographié en janvier dernier) ou la mouette des Eaux-Vives, celle de Carouge s’attache à deux animaux symboliques de la Cité sarde: le lion, emblème de la ville (en héraldique, il s’agit d’un léopard, car sa tête est présentée de face), et le chat noir, du nom d’un bar bien connu des noctambules régionaux.

Réalisée en quatre jours sous la canicule avec l’aide du graffeur Vega et d’échafaudages prêtés par la Ville, l’œuvre expose l’histoire du lion, roi des animaux, qui, sauvé par le chat, lui promet une place de ministre. Arrivé devant son peuple, constitué en majeure partie de souris, le souverain lègue le poste aux rongeurs. La morale de l’histoire, implicite, se trouve dans ces dernières lignes.

Spécialiste du graffiti mais aussi illustrateur confirmé, Serval a privilégié le narratif dans son travail. «J’ai tendance à faire des choses plus dynamiques. Mais ici la fresque doit se lire de très près et dans deux sens, car un chemin passe juste devant», explique-t-il. «Souvent, dans le graffiti, on cherche l’attitude, l’agressivité pour interpeller. Ici on est dans la narration. Il faut savoir se tenir derrière une histoire.»

Fabulae Genavenses se trouve sur Facebook et sur Instagram (Fabulae_gva)

Créé: 15.08.2019, 08h02



Les regards des personnages appuient la narration et facilitent la lecture. Leur attitude est privilégiée par rapport à la technique: «Le chat regarde entre les souris et le lion. Le lion regarde au loin parce qu’il se sent supérieur à tous. Les souris regardent n’importe où car elles ne comprennent rien… elles n’ont même pas de pupille», commente Serval.



Serval: «La fresque doit se fondre dans le décor et faire oublier aux passants la forme bizarre du mur.» Des éléments du cadre environnant y sont reproduits. L’arbre, en plus d’être présent sur les armoiries de Carouge, se trouve en face du mur. Les tours de Carouge sont aussi représentées, quoique discrètement.



Plusieurs astuces ont été utilisées pour faciliter la lecture de la fresque. Les couleurs sont vives, contrairement à la gamme plus neutre habituellement privilégiée par Serval. Une ligne blanche parcourt le mur au pied des personnages: c’est une technique de bande dessinée pour accentuer la narration.

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