Le loueur de coffres-forts dépouillait ses clients

Justice Un patron et son employée ont été condamnés pour avoir volé de l’argent, de l’or et des bijoux pour une valeur de 6 millions.

Beaucoup d'exilés fiscaux figuraient parmi les clients volés.

Beaucoup d'exilés fiscaux figuraient parmi les clients volés. Image: Keystone

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C’est une fuite en avant qu’a jugée, vendredi, le Tribunal correctionnel. Celle du patron d’une société louant des coffres-forts et de son employée, une jeune femme de 35 ans. Quand ils se retrouvaient seuls dans la salle des coffres avec le double des clés, qu’ils détenaient secrètement, la tentation était trop grande…

L’argent des fraudeurs du fisc

L’affaire s’inscrit dans un contexte particulier. Celui du lendemain de la crise financière de 2008, quand la transparence fiscale menace et que les banques suisses se voient contraintes de faire de l’ordre parmi leurs clients. Beaucoup sont invités à régulariser leur situation. En réaction, l’argent quitte les banques soumises aux nouvelles réglementations. Où le placer? Dans un coffre en dur. À l’ancienne.

Cet exode a fait le bonheur du patron qui comparaissait vendredi. La petite société qu’il dirige seul à la place de Longemalle compte alors une centaine de coffres-forts loués par une quarantaine d’entreprises et des privés, principalement français, qui y déposent liasses de billets, lingots d’or et pierres précieuses.

L’homme, aujourd’hui âgé de 56 ans, propose la location d’un «safe» pour 1000 francs par année. À la signature du contrat, il remet un pass et une clé, et propose de garder une autre clé dans une enveloppe scellée, contresignée par le locataire du coffre. Mais le client ne sait pas qu’une clé supplémentaire existe et que le patron a pris l’habitude de s’en servir.

Son assistante à mi-temps l’assiste. Elle aussi ouvre les coffres et se sert (mais les montants sont nettement inférieurs). Curieusement, elle présente ses parents à son employeur, qui va réussir à se faire remettre 660 000 francs qu’ils ne reverront jamais. Quant aux autres clients trompés, leurs noms étaient consignés dans une liste que tenait le patron de la société. Avec son assistante, il s’arrangeait pour ne pas répondre ou pour les faire patienter quand ils souhaitaient accéder à leurs coffres. Mais cette stratégie avait-elle la moindre chance de tenir dans la durée?

Cash, lingots et saphir

C’est lorsque des clients se sont rendus dans un poste de police que la Brigade financière a perquisitionné les locaux de la société. Après visionnage de leurs propres images de vidéosurveillance, le chef et son employée ne pouvaient pas nier.

Reste que l’enquête, dirigée par le premier procureur Stéphane Grodecki, s’est révélée particulièrement complexe. Car l’affaire compte quarante lésés, pour la plupart étrangers, pas tous désireux de révéler le contenu de leurs coffres.Au final, le montant du préjudice retenu atteint 6 millions de francs. Avec les montres de luxe, les lingots, les pièces d’or et même un saphir bleu, beaucoup d’argent liquide figure à l’inventaire du vol.

Condamnés et endettés

Puisque l’employeur et son assistante ont admis les faits, une procédure simplifiée consécutive à un accord entre les parties et le Ministère public a raccourci les débats devant les trois juges.

Ainsi, le patron se présentait à la barre en acceptant d’être condamné à une peine de prison ferme de quatre ans pour escroquerie par métier, vol par métier et abus de confiance. «Il a pris conscience de la gravité de ce qu’il a fait. C’était comme une spirale de laquelle il n’arrivait pas à se sortir», a brièvement commenté son avocate, Me Véra Coignard-Drai.

L’employée, défendue par Me Mélissa Mianzoukouta Malanda, a pour sa part écopé d’une peine de quinze mois avec sursis pour vol et complicité de vol par métier. Pour l’un et l’autre, respectivement de nationalité algérienne et française, l’expulsion du territoire national durant cinq ans a été prononcée. Condamnés à rembourser, ils portent désormais une dette colossale.

Vendredi, quelques clients ont fait le déplacement au Palais de justice. Ils ont écouté le verdict mais surtout entendu que le condamné possède encore des biens. Un peu d’argent et un portefeuille de titres d’une valeur supérieure à un million. Ces actifs financiers ne compenseront pas les montants évaporés, mais ils seront vendus et permettront de restituer une partie des sommes que les victimes croyaient à l’abri.

Créé: 05.07.2019, 17h46

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