Le diplomate mythomane et ses faux tableaux

Tribunal correctionnelUn Argentin de 69 ans, fondateur d’une Organisation pour la paix dans le monde, comparaît pour escroquerie.

L’organisation occupait des bureaux de 150 m2 à la rue du Mont-Blanc.

L’organisation occupait des bureaux de 150 m2 à la rue du Mont-Blanc. Image: Laurent Guiraud

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Grand, élégant, cheveux gominés en arrière et fine moustache. À 69 ans, l’homme de nationalité argentine qui comparaît devant le Tribunal correctionnel ressemble à la caricature du diplomate. «Ambassadeur de la paix», précise-t-il en appuyant sur son titre de président honorifique de l’Organisation mondiale pour la paix (OMPP), qu’il a fondée. Vaste programme. Mais le musée pour la paix qu’il promettait de créer à Coppet et les universités de la paix projetées à Genève n’existent pas et n’ont jamais existé.

Selon l’accusation de la procureure Josepha Wohnrau, «l’OMPP est une coquille vide» qui n’a jamais réalisé quoi que ce soit. Pourtant, les drapeaux alignés dans les bureaux de 150 m2 au centre-ville, les appartements de fonction, trois Audi: rien n’était trop fastueux avant les ennuis judiciaires. Quant au site de l’ONG, il laissait croire à un lien officiel avec l’ONU, qui, lui non plus, n’a jamais existé.

Toiles de Goya et Foujita

La tromperie présumée s’est étendue de 2013 à 2016. Trois ans durant lesquels les montants dilapidés se comptent en centaines de milliers de francs dont il ne reste ni factures ni comptabilité. À la barre, confronté par les juges aux errements de son parcours, l’Argentin fournit des explications de plus en plus chancelantes avant d’évoquer «un complot» ourdi par des hommes qui ambitionnent de lui ravir son siège.

À l’origine, cet Argentin poursuivi par la justice genevoise se dit médecin. Mais la dictature l’a privé de son diplôme, assure-t-il. Il se tourne alors vers une carrière de journaliste qui le mène à la tête d’une agence de presse internationale. Puis naît son grand projet: un livre pour que les peuples du monde entier se donnent la main. Pour cela, il lui faut s’installer à Genève et s’immiscer dans les cercles diplomatiques.

En 2002, la presse romande s’intéresse à ce mystérieux diplomate journaliste bienfaisant. L’Argentin est dépeint comme «un original» qui court les chancelleries du monde en quête de messages de paix de chefs d’État. Ces messages paraîtront bien dans un almanach aussi épais qu’invendable.

Quelques années plus tard, le pacificateur crée son ONG à Genève. Mais pour semer la paix, il lui faut financer des vols en classe supérieure et des hôtels de luxe.

Est-ce son entregent qui lui a permis de lever des fonds? Entre 2013 et 2015, un mystérieux financement mexicain permet à l’association et son président honoraire d’encaisser plus de 600 000 francs. Durant cette période, le prévenu fait la rencontre d’un propriétaire de tableaux de Goya et Foujita, dont les toiles ont été saisies par des banques. L’Argentin propose alors de se porter garant: il garantit que son association va payer la dette du collectionneur en échange des tableaux. Or, l’expertise commandée par la justice genevoise révélera que ces tableaux sont des faux.

Convaincu (aujourd’hui encore) de leur authenticité, l’Argentin utilisera ces toiles comme garantie auprès de ses créanciers, toujours plus nombreux. Puis, quand les dons en faveur de l’OMPP cessent, la faillite de l’association est prononcée en 2016.

C’est une série de plaintes pour des factures impayées qui ont conduit la justice à ouvrir une enquête sur l’organisation et son président. Durant l’instruction, quand un expert psychiatre s’est penché sur ce dernier, une mythomanie sévère a été décelée. «Ce monsieur est malade, totalement déconnecté de la réalité. Mais dans son for intérieur, il sait qu’il ment», assène la procureure, avant de demander aux juges de lui infliger une peine de trois ans et demi de prison pour gestion fautive et escroquerie.

«Naïf et mal entouré»

Enfermé à Champ-Dollon depuis plus de deux ans, l’Argentin semble n’avoir rien perdu de son aplomb. Face aux juges, il assure avoir contribué au retour de la paix en Côte d’Ivoire, et permis le rapprochement entre l’Inde et le Pakistan. À l’entendre, sa détention est une injustice comparable à celle vécue par Nelson Mandela. Pour Me Marco Crisante, son avocat, il doit être acquitté: «La paix a toujours été son idéal et l’OMPP a réalisé de vrais projets. Il a juste été naïf et mal entouré.»

La procureure, elle, porte un autre regard sur ce prévenu singulier: «Il s’est créé un personnage fantasmé d’ambassadeur mondial de la paix. En réalité, il est complètement seul au monde.» Les juges devraient décider de son sort mardi.

Créé: 01.07.2019, 19h44

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