«Le Conseil d’État doit contourner les règles, comme en 1996»

Prévention du sidaEnsemble à Gauche demande que les populations à risque aient accès gratuitement à la PrEP, la coûteuse pilule anti-VIH.

En 1996, le conseiller d’État Guy-Olivier Segond (photo) et le Dr. Bernard Hirschel avaient décidé de ne pas attendre les autorisations pour traiter les patients genevois par les trithérapies.

En 1996, le conseiller d’État Guy-Olivier Segond (photo) et le Dr. Bernard Hirschel avaient décidé de ne pas attendre les autorisations pour traiter les patients genevois par les trithérapies. Image: Laurent Guiraud / Archives

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Le Conseil d’État actuel sera-t-il amené à importer et à prendre en charge lui-même la pilule anti-VIH ou ses génériques, comme Guy-Olivier Segond l’avait fait en 1996 en rendant les trithérapies immédiatement accessibles aux malades du sida? C’est ce que demande notamment une motion d’Ensemble à Gauche (EàG), dont le but est de réduire drastiquement les nouvelles infections au VIH, ainsi qu’autres maladies sexuellement transmissibles (MST).

Traitement préventif onéreux

«Nous avons aujourd’hui les moyens de lutter efficacement contre le VIH, explique le député Jean Burgermeister, premier signataire de la motion. Malheureusement, des décisions récentes prises dans le but de préserver les intérêts de l’industrie pharmaceutique empêchent un grand nombre de gens, dont les populations les plus vulnérables, d’avoir recours à certains de ces moyens.»

C’est le cas plus particulièrement de la PrEP, la prophylaxie pré-exposition, qui réduit presque à zéro le risque d’être infecté lors d’un rapport sexuel non protégé (lire nos éditions des 5 et 6 janvier 2019). Ce traitement préventif a permis de diminuer fortement le nombre de nouvelles infections là où il est délivré gratuitement, conjointement à d’autres moyens de réduction des risques. San Francisco a ainsi vu les nouveaux cas diminuer de 60% en dix ans.

Le problème, en Suisse, c’est que ce médicament, le Truvada, n’est pas remboursé par l’assurance de base. Or il faut compter 900 francs pour un traitement d’un mois. Il existe bien des génériques en Europe (moins de 100 francs par mois), mais ils ne seront pas disponibles chez nous avant 2021. Cela parce que le Tribunal administratif fédéral a validé, en été 2018, la prolongation de la validité du brevet de la société Gilead, qui se terminait en 2017. Une prolongation qui a été refusée ailleurs en Europe. Pour compliquer encore les choses, Swissmedic a décidé, depuis avril 2019, de limiter les importations de génériques à un mois de traitement contre trois auparavant.

Au Canton de se mouiller!

«Je trouve insupportable qu’il existe un traitement préventif et qu’il soit inaccessible à la majorité en raison de règlements», commente Jean Burgermeister. C’est pourquoi la motion demande au Conseil d’État «d’importer des génériques de l’étranger ou d’effectuer des préparations magistrales dans le canton tant que ces traitements ne seront pas disponibles à un prix abordable en Suisse».

Le Conseil d’État pourrait-il légalement pratiquer de la sorte? Le député estime que ce n’est pas à lui de répondre: «Nous voulons soulever la problématique politique. Au gouvernement de préciser quelle est sa marge de manœuvre.»

EàG s’appuie pourtant sur un précédent: la mise à disposition gratuitement, dès mai 1996, des trithérapies aux patients genevois. En ce milieu des années 90, ceux qui sont frappés par le sida meurent faute de traitement efficace. Mais l’arrivée des trithérapies, au début de 1996 aux États-Unis, change fondamentalement la donne. Du moins dès que l’Office intercantonal de contrôle des médicaments (OICM) et l’Office fédéral des assurances sociales auront donné leur feu vert.

Un processus trop lent en regard de l’urgence vitale. Le conseiller d’État radical Guy-Olivier Segond, chargé de la Santé, et le Dr Bernard Hirschel, responsable de l’Unité sida aux Hôpitaux universitaires de Genève, décident donc de se passer de l’autorisation de l’OICM et de distribuer gratuitement, à partir du 13 mai 1996, les trithérapies aux malades.

Gratuité demandée

La motion vise en fait plus largement que la seule PrEP. Elle souhaite la gratuité, pour tous, des dépistages (MST et VIH) dans les hôpitaux publics et les associations spécialisées. Elle cible en revanche les populations à haute prévalence ou en situation de vulnérabilité concernant l’accès gratuit aux outils de prévention, dont la PrEP et les préservatifs. Il en va de même pour les traitements du VIH et des MST.

EàG invite tous les groupes qui le souhaitent à signer sa motion, qui sera à l’ordre du jour de la session du Grand Conseil des 29 et 30 août. L’urgence sera demandée. La matière étant fondamentalement de compétence plutôt fédérale, une résolution destinée à l’Assemblée fédérale accompagne la motion.

Créé: 04.07.2019, 16h47

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