Le bouquet d'arbres de l'île de La Harpe

Les îles du Léman 5/5Elle se nomme La Harpe et c’est la plus grande île du Léman. Le souvenir du plus célèbre des enfants de Rolle hante encore les lieux.

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Découvrir la plus grande île du Léman – 2368 m2 – pour vivre en douceur un retour de vacances. Quel bonheur! C’est le sentiment qui nous anime en accostant sur l’île de La Harpe, qui personnifie à elle seule la baie de Rolle. Rien ne semble dépasser de cette paisible bourgade vaudoise alors que l’îlot voisin, à 80 mètres du rivage, se distingue par une abondante végétation et son côté mystérieux. Qui l’est encore plus, une fois la nuit tombée, lorsque quelques spots ambiants s’illuminent.

Depuis les quais, on ne voit alors qu’un champignon vert flottant sur l’eau. Magique. Encore plus lorsque se faufile le bateau de la CGN à quelques encablures de l’île. Face à pareil spectacle, on se moque bien du caractère artificiel de cette parcelle de terre, longue de 110 mètres et à la largeur maximale de 30 mètres. Son histoire commence en 1835. Le but n’est pas d’attirer des «Robinson». Les commerçants vaudois décident d’ériger une île «brise-vagues» afin de protéger le port, où les bois provenant du Jura étaient embarqués pour Genève. «Ils mandatèrent un certain Mouthod pour construire un mur sur un ténevière (haut-fond), raconte Edmond Gallaz, ancien secrétaire municipal de Rolle. C’est sur ce banc de sable, durant le Néolithique, que les lacustres avaient érigé leur village, disparu au temps des Helvètes.» Des pieux, encore bien visibles, en sont les meilleurs vestiges.

L’ami du tsar Alexandre Ier

Un souffle révolutionnaire hante d’autre part les lieux depuis le 30 mars 1838, date du décès de Frédéric-César de la Harpe, «le plus célèbre des enfants de Rolle», affirme Edmond Gallaz. Mémoire vivante de la région, notre conteur prolixe de 85 ans souligne comment l’illustre citoyen devint, dans un canton sous le joug des Bernois depuis 1536, l’âme de la révolution vaudoise de 1798 et l’un des piliers de la République helvétique. Autant de raisons qui poussèrent les Rollois à baptiser l’île de son nom. Celle-ci abrite un obélisque en calcaire blanc, dédié à ce personnage haut en couleur. Comment pouvait-il en être autrement pour celui qui doit ses prénoms à Jules César et Frédéric le Grand?

De caractère entier et volontiers orgueilleux, Frédéric-César de la Harpe fut bien plus qu’un grand patriote. Docteur en droit précoce, il fut aussi un philosophe des lumières et un «guide des princes», chargé d’en faire des hommes éclairés. Parmi eux, le futur tsar Alexandre Ier. Une fructueuse amitié naît entre le maître et son élève. Ainsi, alors que Berne réclame ses anciennes possessions au Congrès de Vienne de 1815, l’empereur de Russie aide son ancien précepteur à sauvegarder l’indépendance vaudoise.

Jeunes «Tarzan» provocateurs

Aujourd’hui propriété communale. inscrite comme bien culturel suisse d’importance nationale, l’île de La Harpe est un lieu public qui se mérite. On y accède à la nage, en paddle, en pédalo ou en bateau de plaisance. C’est par ce moyen que nous nous y sommes rendus, grâce à la bonté de Jérôme, navigateur charismatique qui nous y a conduit à bord de son Tullio Abbate. Plus que bienvenu, cet «accueil vaudois», alors que nous comptions monter sur un pédalo. La bise du jour a déjoué nos plans…

Sur place, la fraîcheur de ce lieu très arborisé se fait immédiatement sentir. On est séduit par le calme. La vue également. le château de Rolle, au nord, l’immensité du lac et sa couleur limpide côté horizon.

Un havre de paix qui inspire. Le jour de notre visite, une jolie palette d’artistes croquaient avec envie le paysage. Cette attractivité ne date pas d’aujourd’hui. Dès 1846, et pendant de nombreuses années, les étudiants de la société de Belles-Lettres, fondée à Lausanne en 1806, se sont rendus rituellement au pied de l’imposant obélisque, symbole de liberté. «Ils y organisèrent aussi des festins mémorables dont l’exubérance choquait les Rollois», note Edmond Gallaz. À présent, ce sont de jeunes «Tarzan», avides de plongeons depuis une corde fixée à un arbre penché, qui perpétuent parfois cette tradition… en tombant leur caleçon face à des navigateurs interloqués.

Créé: 16.08.2019, 09h43

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