La laïcité est trop précieuse pour la livrer au populisme

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Le projet de loi sur la laïcité du Conseil d’Etat a été présenté mercredi par Pierre Maudet. Il aura maintenant à passer un examen devant le Grand Conseil qui pourrait bien être passionné. Ce serait dans l’ordre des choses à l’heure où le phénomène religieux et certaines de ses dérives font quotidiennement la une de l’actualité. Ces accès de fièvre politique pourraient toutefois être contre-productifs pour ce qui est la raison d’exister de la laïcité: être un instrument au service de la liberté de conscience et de croyance, ainsi que de la paix confessionnelle.

Très pragmatique, le projet de loi soumis au parlement tente de donner des réponses subtiles à des questions difficiles. En voici trois exemples qui nous paraissent édifiants.

Etat laïque, Genève se doit d’appliquer une stricte neutralité par rapport aux affaires religieuses. L’Etat ne peut par conséquent favoriser telle ou telle religion. C’est pourtant d’une certaine manière le cas aujourd’hui, puisque seules les Eglises protestante, catholique romaine et catholique chrétienne peuvent demander à l’Etat de collecter pour elles la contribution ecclésiastique volontaire.

Le projet propose d’offrir cette prestation (payante) à toutes les organisations religieuses reconnues selon des critères très précis. Ne seront ainsi pas admises les organisations qui poursuivent des buts lucratifs ou qui ne respectent pas le droit de chacun de croire ou de ne pas croire.

Deuxième exemple: le rapport des écoles avec le fait religieux. Le projet de loi ne revient pas sur la récente loi sur l’instruction publique, qui ne traite pas élèves et enseignants de la même façon. Si les représentants de l’Etat ne doivent pas afficher de signes de leur croyance, il n’y a pas d’interdiction concernant les étudiants. En revanche, le projet entérine et renforce la pratique actuelle en matière d’enseignement religieux. «Nous n’avons pas la vision d’une laïcité qui nierait le fait religieux», a commenté à ce sujet Pierre Maudet.

C’est toutefois sur la problématique de l’interdiction du niqab ou de la burqa dans l’espace public que la réponse du Conseil d’Etat est la plus subtile. L’article 8 ne les proscrit pas, mais autorise la restriction ou l’interdiction du port de signes extérieurs manifestant une appartenance religieuse uniquement dans le cas où ils provoqueraient des troubles sur le domaine public.

«Nous savons que ce point fera de toute façon débat, a conclu le chef du Département de la sécurité. Mais il nous paraît plus judicieux que seul le critère de sécurité puisse déclencher une éventuelle interdiction.» Plutôt malin, non?

Créé: 05.11.2015, 18h15

Eric Budry (Image: DR)

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