La grève des femmes aurait mobilisé 75'000 personnes à Genève

RassemblementL'algorithme d'un laboratoire de l'EPFL a décompté, d'après des images, six fois plus de manifestants que la police.

La densité de manifestants était de 2,5 personnes par mètre carré, selon les chercheurs.

La densité de manifestants était de 2,5 personnes par mètre carré, selon les chercheurs. Image: Frank Mentha

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Combien de personnes sont réellement descendues dans les rues à Genève le vendredi 14 juin pour la grève des femmes? Selon PifPaf, un algorithme d'intelligence artificielle mis au point par le Laboratoire d’intelligence visuelle pour les transports (VITA) de l'EPFL, elles auraient été environ 75 000, soit six fois plus que les estimations données le jour J par la police (12 000 personnes estimées), et bien plus que le chiffre articulé par les syndicats (entre 15 600-18 000 personnes) ou même par les organisatrices (30 000 personnes).

C'est «Heidi.news» qui a mobilisé le laboratoire pour cette nouvelle évaluation et lui a fourni les images pour nourrir son algorithme. Le média en ligne basé à Genève a communiqué le nouveau décompte lundi sur son site. «À trop minimiser la manifestation, on lui fait perdre sa légitimité», souligne dans son texte la journaliste Annick Chevillot.

La donnée clé: la densité au mètre carré

Comment a-t-on abouti à un tel chiffre? «Heidi.news» a envoyé au Laboratoire VITA de l’EPFL une dizaine d’images et vidéos du photographe genevois Demir Sönmez, afin qu'elles soient analysées par PifPaf.

  • D'après l'algorithme, après l'analyse des images fournies, «la densité de la manifestation est de trois personnes par mètre carré lorsque les gens ne bougent pas. La densité passe à deux personnes par mètre carré lorsque la foule est en mouvement. La moyenne est donc de 2,5 personnes par mètre carré, selon Lorenzo Bertoni, doctorant en transport au Laboratoire VITA.»
  • Le Collectif genevois pour la grève des femmes avait, lui, calculé plus largement, en comptant seulement une personne par mètre carré.

  • Une longueur finale du cortège avait été estimée par les organisatrices à 2,5 kilomètres.

  • La largeur moyenne des rues parcourues durant le cortège a été évalué à 12 mètres.

«Ces trois paramètres moyens permettent d’effectuer un calcul assez simple (2500 x 2,5 x 12), aboutissant à 75’000 manifestants», indique Annick Chevillot.

«Pas la mission de la police»

Comment expliquer un tel fossé entre les 12 000 personnes décomptées par la police - et qui en avait surpris plus d'un(e)- et le résultat de l'algorithme?

«Le chiffre de 12 000 manifestants a été transmis trente minutes avant le début de la manifestation. La personne en charge du décompte a rapidement indiqué qu'il était compliqué de faire une estimation correcte, car la tête du cortège a vite rejoint la queue, créant une boucle. Les syndicats ont ensuite avancé le chiffre de 20 000 personnes environ, et nous ne l'avons pas contesté», explique le porte-parole de la police cantonale, Sylvain Guillaume-Gentil.

Il poursuit: «Notre estimation n'est qu'une estimation. Ce n'est pas la mission de la police de compter les manifestants, ni pour les organisateurs ni pour les médias. Le décompte a pour seul objectif d'ajuster notre dispositif, si nécessaire.»

Et la méthode utilisée est très simple: «Des agents comptent le nombre de personnes dans une rangée, le nombre de rangées en une minute, et ensuite ce chiffre est multiplié par le temps que met le cortège à défiler. Une marge d'erreur de 10% est généralement ajoutée. «Hormis pour cette grève, un tel écart de résultat est rare. Ce n'est pas dans l'intérêt de la police de minimiser les chiffres», ajoute le porte-parole.

Les organisatrices avaient elles-mêmes largement sous-estimé le succès de cette grève, puisqu'elles avaient indiqué, au début des discussions avec la police, qu'environ 2500 personnes pourraient y participer.

Le porte-parole de la police reconnaît que les tracés des manifestations sont souvent similaires et qu'il serait intéressant d'estimer plus précisément le nombre de personnes dans une foule compacte, entre le début du pont du Mont-Blanc et le haut de la rue de Chantepoulet, par exemple. L'utilisation d'un drone reste toutefois impossible, car il est interdit de survoler une foule.

«Très, très bonne nouvelle!»

Pour Kaya Pawlowska, membre du Collectif genevois de la grève des femmes, ce nouveau chiffre est «une très, très bonne nouvelle! Elle se dit «ravie» que l'estimation soit réalisée par «Heidi.news» et l'EPFL, des entités externes à l'organisation de la grève.

«Le nombre de manifestantes est extrêmement important symboliquement pour l'histoire. Le 14 juin, beaucoup de femmes ont manifesté pour la première fois de leur vie. Elles sont souvent justement rendues invisibles dans leur quotidien. Avancer le chiffre de 75 000 personnes, c'est montrer toute une Genève invisible.»

À l'image du conseiller municipal socialiste Sylvain Thévoz, qui avait écrit une tribune à ce sujet sur son blog il faudrait, selon la militante, confier le comptage à une entité objective pour pouvoir se baser sur des chiffres fiables.

Créé: 03.07.2019, 01h24

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