La chaleur vient au secours des défenseurs des arbres

EnvironnementLe réchauffement climatique offre un nouvel argument à ceux qui s’opposent aux abattages. Qui lancent une pétition pour les Vernets.

Le site de la caserne des Vernets est traversé par une allée de peupliers et bordé par une rangée de tilleuls.

Le site de la caserne des Vernets est traversé par une allée de peupliers et bordé par une rangée de tilleuls. Image: Lucien Fortunati

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La caserne des Vernets n’en attendait pas tant. À la veille du démantèlement du site militaire, on lui trouve une nouvelle vertu: ses arbres. Une pétition a été lancée la semaine dernière sur les réseaux sociaux. Intitulée «Sauvons les tilleuls des Vernets», elle s’oppose à l’abattage des végétaux qui bordent le terrain. Elle a récolté pour l’heure 130 signatures.

«Les gens sont très chauds sur ce sujet, assure Jean Hertschuch, à l’origine de la démarche. Ils ne comprennent pas pourquoi il faut couper ces tilleuls pour réaliser ce projet de logements.»

La pétition arrive bien tard. Cela fait sept ans que l’État travaille pour réaliser un nouveau quartier sur le site. Il a d’ailleurs financé le déménagement de l’armée, une mesure que la population a largement acceptée en 2016. Près de 1500 logements et des activités sont prévus et les travaux vont bientôt débuter. Ils nécessitent la coupe de quelque 90 arbres.

«Il est vrai que cette pétition est tardive, reconnaît Jean Herzschuch. Mais si on ne se manifeste pas, on va continuer à mener les projets immobiliers comme avant et ça, ce n’est plus possible.»

Selon lui, Genève construit «comme dans les années 70. Plutôt que de tenir compte de la végétation pour construire autour, on fait table rase de l’existant.»

Un appui de taille

Les pétitionnaires n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils émanent de Sauvegarde Genève et de Contre l’enlaidissement de Genève, deux groupements d’habitants qui ont déjà lancé quatre référendums contre des projets immobiliers, dont deux seront soumis au vote des Genevois cet automne. Leur cible: la densification du canton.

La défense des arbres n’est-elle pas un prétexte pour combattre la création de logements? «Pas du tout, assure Jean Herzschuch. Nous nous battons aussi pour la défense du patrimoine et la biodiversité.» À ce titre, un référendum pourrait être lancé contre la Cité de la musique prévue à la place des Nations. «Ils vont abattre la moitié des arbres, c’est inacceptable.»

Les défenseurs des arbres ont toujours existé, mais ils trouvent désormais un appui de taille dans le changement climatique. Car les végétaux permettront de lutter contre les fournaises qui nous attendent. D’ailleurs, la Ville a récemment présenté un plan ambitieux pour planter de nombreux végétaux. Ces groupements la prennent au mot. «Pourquoi faire de telles annonces si on continue de couper des arbres?»

Davantage d’arbres plantés

Aux Vernets, le maintien des tilleuls et des peupliers n’a pas été prévu lors du concours d’architecture. Il est vrai qu’à l’époque, la question du rafraîchissement des villes n’était guère à l’ordre du jour. Mais si 91 arbres seront coupés, 141 seront replantés. La place des parkings a d’ailleurs été modifiée afin de libérer de l’espace en sous-sol. Résultat: les deux tiers des plantations se feront en pleine terre. Une partie des arbres bordera le quartier, comme les tilleuls aujourd’hui, d’autres viendront ombrager les cours à l’intérieur des îlots des immeubles.

Il y aura notamment des aulnes, des ormes, des pins sylvestres, des chênes et même des fruitiers. «Nous avons prévu beaucoup de grands sujets», assure Emmanuel Chaze, attaché à la direction du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV).

Un parking mu en parc?

Ce dernier promet que le quartier et son voisinage seront à l’avenir bien plus verts. Le quai des Vernets, qui longe l’Arve, devrait être fermé à la circulation, ce qui permettra de créer un nouvel espace public propice à des plantations. Les routes qui entourent le quartier seront aussi réaménagées en boulevards. Et la Ville pense transformer le parking de la patinoire en parc. De quoi, là encore, planter de nombreux arbres.


Chaque année, plus de 2000 arbres sont abattus

Couper un arbre nécessite l’accord des autorités cantonales. Chaque année, l’État délivre ainsi près de 2000 autorisations d’abattage, selon Roger Beer, chef de secteur au Service des forêts et arbres isolés. Chaque dossier peut correspondre à un ou plusieurs arbres. «Ce chiffre est stable depuis plusieurs années», assure ce dendrologue passionné.

Environ 400 autorisations de coupes sont liées à des projets de construction. Le reste relève de raisons sanitaires. Et ces temps, les arbres souffrent beaucoup des sécheresses successives qui les affaiblissent. Il faut parfois les couper pour des raisons de sécurité, avant que les branches ne se cassent.

Chaque arbre abattu doit être compensé par une plantation (sauf dans les forêts). Pour cela, on fixe la valeur financière du sujet à couper selon plusieurs critères, comme l’essence, la taille ou la situation. Des garanties bancaires sont aussi demandées aux promoteurs. «Si la construction ne permet pas de tout planter sur place, l’argent alimente un fonds de compensation, explique Roger Beer. Nous sommes le seul Canton à disposer d’un tel système et il fonctionne bien.»

On ne sait pas exactement combien d’arbres sont replantés. «Il peut arriver qu’on y renonce pour laisser la place à ses voisins qui vont ainsi s’épanouir», explique le spécialiste. Il estime toutefois que la population a baissé ces dernières années.

«Mais, désormais, la pression se fait plus forte pour conserver les arbres, se réjouit Roger Beer. Nous avons la base légale, mais il faut changer les pratiques.» Il va bientôt rencontrer les SIG afin que la pose des réseaux en sous-sol laisse davantage de place aux futurs arbres.

Beaucoup reste à faire. «Le platane de la place du Cirque a besoin de 6000 litres d’eau par jour. À l’avenir, il faudra peut-être arroser certains individus. Et donc arrêter de laisser les eaux de pluie partir dans les canalisations.»

Emmanuel Chaze, qui œuvre sur le projet Praille-Acacias-Vernets (PAV), ne se plaint pas des critiques des défenseurs des arbres. «C’est un thème désormais important et cela nous pousse à faire mieux. Nos pratiques sont en train de changer, les arbres deviennent un élément à part entière des projets. Nous anticipons la pose des réseaux souterrains et mettons en place des arbitrages. Nous allons vers davantage de plantations.»

Au PAV, il est par exemple prévu de remettre à ciel ouvert la Drize et l’Aire. Ce sera l’occasion d’y créer de vastes allées ombragées. C.B.

Créé: 22.07.2019, 07h01

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