La caserne des Vernets fait place nette aux bulldozers

ReportageLa plus grande cour en herbe de Genève a vécu samedi sa dernière demi-journée d’existence. Ce fut bref et très commenté.

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Une ultime journée portes ouvertes qui ressemble davantage à une Fête des voisins : on sort deux tables et trois chaises, on improvise un pique-nique sur l’herbe avant de partir en vacances. Sauf que, pour la circonstance, même informelle, la cour de l’immeuble s’offre un hélico, un engin servant à combattre les feux d’aéronef, une grue télescopique, bref la panoplie de base des «démos» du samedi, quand les métiers utiles à tous présentent leur travail.

C’est que l’immeuble est une caserne, urbaine et militaire, définitivement désarmée, prenant congé de son proche voisinage. Nous voici donc pour la dernière fois aux Vernets, au milieu de la soldatesque, détendue et souriante, serrant la main des habitants du quartier. Ce sont eux, d’abord, qui ont fait le déplacement. Ils veulent arpenter ensemble ce qu’ils s’apprêtent à perdre: ce grand espace vide au milieu de la ville, cette rangée magnifique de tilleuls, ces peupliers d’Italie rivalisant en taille avec la flèche télescopique du Service d’incendie et de secours (SIS), logeant à l’année à l’arrière du bâtiment, dans ce parc à véhicules qui fait le bonheur des amateurs de mécanique XXL.

Visiteurs en colère

Une matinée d’inconsolables nostalgiques? Pas vraiment. Les visiteurs sont bien renseignés. Ils savent ce qui les attend: le passage du vide au plein architecturé promet d’être spectaculaire. On discute à plusieurs de la métamorphose annoncée. Certains ne décolèrent pas en voyant, sur un panneau explicatif aussi glamour qu’un rapport d’activité de Pro Helvetia, cette «cité satellite de guerre froide» que les bâtisseurs aux ordres de l’État prévoient de construire à cet endroit.

«On nous promet des cheminements végétalisés, des plantations plus belles que celles existantes. Elle est où l’herbe sur laquelle on marche aujourd’hui?» demande à haute voix un habitant des Acacias en pointant les deux îlots rectangulaires et la tour résidentielle qui, après-demain, accueilleront 1500 nouveaux logements.

«Délire minéralisé»

La simulation sur poster ne fait pas très envie, en effet. Son voisin est encore plus remonté: «Voyez le résultat non loin d’ici, au carrefour de l’Étoile, ce gros machin tout noir à gauche de la route, contre lequel le soleil vient chaque jour casser ses rayons. On vivra la même chose aux Vernets: l’horizon va se boucher, les bords de l’Arve seront saturés, les arbres promis ne suffiront pas à remettre de la vie dans ce délire minéralisé.»

L’homme qui parle n’a jamais fait l’armée, mais il signerait bien pour une école de recrues à 50 ans dans cette caserne qui, quoi qu’on en pense, sera restée «connectée à notre ville pendant son demi-siècle et plus d’exploitation». Cela, les anciens, du plus jeune au plus vieux, le racontent à qui veut l’entendre. « On pouvait tout faire à pied, au départ du cantonnement, souligne l’un d’eux. Les sorties facultatives comme les marches au bord du fleuve. C’était plus agréable que de suer le long des routes. Le matériel embarqué paraissait moins lourd.»

La garde au portail

Tout autour, la vie réelle qui continue à pulser. «Assurer la garde au portail quand on est passionné de hockey sur glace et que Genève-Servette joue juste en face m’a valu quelques belles frustrations », reconnaît Samuel, devenu pompier professionnel. Son aîné se souvient, lui, d’une mutinerie dans la cour de la caserne, juste là, à quelques mètres, une compagnie assise par terre, refusant de répondre à l’autoritarisme arrogant d’un commandant qui venait de « remplacer la sortie hebdomadaire par un contrôle des fusils, allant jusqu’à casser une dent à une recrue en lui lançant son arme à la figure.»

Des sauveteurs et des chiens

Les mots échangés sont plus évocateurs que la visite muséale du bâtiment principal. On traverse les chambres d’officiers, les douches et les cuisines sans trop s’arrêter, le mobilier est comme neuf, la couleur des murs suscite des commentaires contrastés. «Ce jaune et ce violet si agressifs, quand même, on a un peu l’impression d’être dans un monde de tarés», lâche une mère de famille, avant de ressortir – c’est mieux pour elle – à l’air libre où les troupes de sauvetage animent un chantier instructif. Les chiens de catastrophe sont en première ligne dans les décombres reconstitués.

À pile midi, mais ce n’était pas écrit dans le programme (dommage), les gens encore présents assistent à la «cérémonie des couleurs» en mode helvétique. Celles-là font davantage l’unanimité. Le drapeau suisse est descendu et plié pour la dernière fois dans la cour de la caserne des Vernets. Dénouement un peu précipité d’une demi-journée trop courte. Il y a des portes ouvertes que l’on aimerait ne pas devoir refermer avant la nuit.

Créé: 14.07.2019, 15h27

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