Un Kurde s'immole devant le Haut-Commissariat pour les réfugiés

GenèveUn homme s'est aspergé d'essence vers 7h10 mercredi. Il a été héliporté au CHUV.

L'hélicoptère de la Rega décollant de la place des Nations pour amener le blessé au CHUV.

L'hélicoptère de la Rega décollant de la place des Nations pour amener le blessé au CHUV. Image: DR

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«C’est si affreux ce qui leur arrive.» L’émotion, comme celle qu’exprime cette commerçante du quartier, était forte mercredi autour de la place des Nations. Un homme de 31 ans a tenté de s’immoler par le feu au pied du siège du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Comme l’a rapporté 20 minutes, le Kurde de Syrie, établi en Allemagne, a été héliporté vivant vers le CHUV de Lausanne, hôpital spécialiste des grands brûlés.

Selon la police cantonale, l’homme s’est aspergé d’essence à une station-service voisine. D’après des témoignages recueillis sur place, c’est sur le parvis faisant face à l’entrée principale du HCR qu’il a commis son geste, vers 7 h 10. Cette dernière institution indique que son personnel de sécurité ainsi que du personnel médical sont intervenus sur-le-champ pour éteindre le feu et protéger la vie du désespéré. Les secours officiels sont ensuite arrivés très rapidement.

«Nous sommes profondément choqués et attristés par les événements de ce matin, déclare Julia Dao, au nom du HCR. Nos pensées vont à la famille et aux proches du blessé dont nous espérons un rapide rétablissement. Nous restons par ailleurs en contact avec les autorités locales, que nous remercions pour l’efficacité de leur prise en charge.»

L’acte survient alors que la Turquie a lancé le 9 octobre une offensive sur le nord de la Syrie, dans cette région dite du Rojava où la population kurde, dépourvue d’État propre, a développé ces dernières années une organisation autonome aujourd’hui menacée. Une trêve fragile a été instituée le 17 octobre. La Turquie exige le retrait des Kurdes d’une zone proche de sa frontière. Au terme d’un accord avec Ankara, les forces russes ont été appelées à être les garantes de ce retrait et se rendaient sur place mercredi, tandis que les forces syriennes gagnaient la région «pour résister à l’agression turque», selon Damas.

L'homme qui s'est immolé mercredi matin vers la place des Nations a été héliporté au CHUV, et non pas aux HUG.

«On a souvent vu que lorsque les Kurdes sont désespérés, ils ont tendance à se faire du mal à eux-mêmes plutôt qu’à autrui, commente Bayram Bozkurt, Kurde de Genève et ancien conseiller municipal. J’ai appelé ce matin des responsables de la communauté. Nous veillerons sur ceux qui ont de la famille sur place et se sentent terriblement impuissants. Je crains d’autres actes désespérés. Nous avons parfois même redouté des suicides collectifs. Il faut comprendre que ce ne sont pas des gestes politiques, mais bien des réactions au fait que c’est le droit fondamental de vivre qui est dénié, sur une base ethnique.»

Coprésident de l’intergroupe parlementaire «Relations avec le peuple kurde», Carlo Sommaruga rappelle que ce geste survient au moment où un espoir s’éteint pour les Kurdes de Syrie. «Sous le régime des el-Assad, père et fils, les Kurdes étaient des citoyens de seconde zone, privés de carte d’identité, du droit de posséder une propriété ou de celui de parler leur langue, rappelle le conseiller national socialiste. Le Rojava a été pour eux une oasis de paix couplée à un projet politique dans lequel les Kurdes ont pu s’épanouir, le tout au sein des frontières syriennes qui n’ont pas été contestées. C’est tout ceci qui prend fin ces jours.»

Comment l’élu interprète-t-il le choix de la localisation du drame de mercredi, face au HCR? «Je ne pense pas qu’il faille y voir un grief envers l’institution, estime Carlo Sommaruga. Je vois un lien avec le statut de réfugié, qui est celui d’une multitude de Kurdes par le monde.»

La scène a horrifié les témoins, nombreux en cette heure matinale. Quatre personnes ont dû recourir à l’aide de la cellule d’appui psychologique de la police cantonale. Cette structure peut encore être contactée pour des besoins ultérieurs de soutien, par exemple si des symptômes post-traumatiques, comme des insomnies, apparaissent (contacter la centrale de la police au 022 427 81 11).

Ce n'est pas la première fois qu'un tel drame a lieu dans le quartier. En 2013, un homme a perdu la vie après s'être aspergé d'essence et enflammé sur la place de Nations. En 2009, un ressortissant tamoul est mort après s'être immolé devant l'entrée principale du palais de l'ONU. L'homme avait laissé une lettre de cinq pages où il donnait son prénom et racontait qu'il vivait en Grande-Bretagne. Il dénonçait le conflit au Sri Lanka.

Créé: 23.10.2019, 13h19

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