Kidane, un migrant dans la course

Intégration par le sportArrivé à Genève en 2014, ce requérant d’asile érythréen s’est mis à la course à pied, en amateur. Depuis, il vole de succès en succès.

Kidane Solomon, qui a découvert la course à pied sur le tard,  truste depuis un an les podiums et les victoires à Genève.

Kidane Solomon, qui a découvert la course à pied sur le tard, truste depuis un an les podiums et les victoires à Genève. Image: Laurent Guiraud

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Retenez bien ce nom: Kidane Solomon. Un petit bout d’homme, malgré ses 29 ans: 47 kilos seulement pour 1,68 mètre. Mais derrière ces mensurations de poids plume, un concentré de volonté qui a découvert la course à pied sur le tard, en amateur. Depuis un peu plus d’un an, il truste les podiums et les victoires à Genève. Et rêve, désormais, de vivre de sa passion.

Rien ne sera facile pour lui. Mais ça, il en a pris l’habitude depuis son plus jeune âge. Kidane est Érythréen. Fils de paysan et paysan lui-même, il habitait dans un village de la région d’Adi Bahro, où il s’est marié. Avant de fuir son pays. Seul.

Le parcours du requérant

Son périple s’apparente à celui de bien d’autres migrants. Une errance comme un mauvais souvenir, sur laquelle il ne souhaite pas vraiment s’étendre: «J’ai d’abord rejoint l’Éthiopie à pied, puis le Soudan et la Libye, avant de m’embarquer pour l’Italie…» confie-t-il. De là, il a choisi la Suisse pour déposer sa demande d’asile. Et il a débarqué à Genève le 3 juin 2014.

Aujourd’hui, il est au bénéfice d’un permis F. Un sésame fragile. Une admission à titre provisoire pour des étrangers frappés d’une décision de renvoi de Suisse «dont l’exécution se révélerait illicite, inexigible ou matériellement impossible», peut-on notamment lire sur le site de l’État. Valable douze mois, le permis peut être prolongé par le canton de séjour, à chaque fois pour une année. Kidane, qui a quitté les foyers et a trouvé un petit studio dans le quartier de Cornavin, s’accroche à cet espoir.

Le soutien de Flag 21

Sa chance à lui est d’avoir découvert la course à pied et des qualités individuelles qu’il n’imaginait pas. «Je n’avais jamais pris part à une course avant celle de l’Escalade, en 2016. Je n’avais même pas prévu d’y participer, c’est mon entourage qui m’a poussé à le faire. Je portais le dossard d’un autre athlète, et j’ai fini troisième.»

L’entourage, c’est notamment Flag 21. Créée il y a deux ans, cette association de bénévoles a pour objectif de favoriser l’intégration sociale des migrants par le sport. Des entraînements dispensés par des coaches – parfois eux-mêmes anciens requérants d’asile – ont lieu régulièrement. «Faire du sport permet aux migrants d’être mieux dans leur corps et dans leur tête, relève Jérôme Berthoud, membre de Flag 21. C’est également l’occasion de nouer des contacts, entre eux ou avec des personnes extérieures.»

L’association a néanmoins ses limites. Elle ne peut pas, par exemple, financer chaque week-end les inscriptions aux courses populaires. «Parfois, les organisateurs permettent aux migrants de courir gratuitement, sinon on recherche de petits sponsors, poursuit Jérôme Berthoud. Des migrants participent également en tant que bénévoles à l’organisation des épreuves.»

S’entraîner, pas facile

Dans le cadre de Flag 21, Kidane se souvient d’avoir pu profiter une fois des conseils de Tadesse Abraham. L’athlète suisse, d’origine érythréenne comme lui, est aujourd’hui un as des courses de fond. «J’aimerais aussi connaître le Genevois Julien Wanders, glisse-t-il, et pouvoir m’entraîner avec lui. De mon côté, j’essaie de courir au moins quatre fois par semaine, mais il faudrait faire beaucoup plus si je veux vraiment progresser. Seulement, je n’en ai pas souvent la possibilité.»

Car ses journées sont rythmées par le travail. Des petits boulots dans le nettoyage, où il faut se lever très tôt ou se coucher très tard. Et parfois les deux. «Je me réveille en général à 4 heures du matin. Et durant la journée, je pars aussi à la recherche d’autres emplois.»

Au marathon ce samedi

Le vainqueur de l’Antigel Run 2018 et 2019 (sur 5 km) et, cette année aussi, de la Course des Ponts, de la Run Evasion Rhône (sur 23 km) et de la Bruntrutaine, à Porrentruy (Jura), est désormais à un tournant de sa carrière. «Mon rêve serait de vivre de la course à pied. Mais pour ça, je dois obtenir des papiers, donc avoir un travail, ce qui m’empêche de m’entraîner davantage…» En attendant, il prendra part ce samedi aux courses du marathon de Genève, sur 10 km, une distance qu’il apprécie, «où j’ai toutes mes chances de gagner», assure-t-il. Histoire d’ajouter une petite ligne à un CV sportif qui ne cesse de s’étoffer.

Créé: 08.05.2019, 06h45

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