La justice soutient les maîtres de sport désireux d'être mieux payés

Enseignement Les professeurs de gym sont moins payés que leurs collègues d’autres disciplines. La Chambre administrative exhorte l’Etat à agir.

Les maîtres d’éducation physique gagnent environ 1000 francs de moins par mois que leurs collègues des autres disciplines.

Les maîtres d’éducation physique gagnent environ 1000 francs de moins par mois que leurs collègues des autres disciplines. Image: FLORIAN CELLA

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Les maîtres d’éducation physique ont toujours été moins payés que leurs collègues des autres disciplines. Une différence historique justifiée essentiellement par une différence de niveau de formation et de charge de travail – moins de correction de travaux écrits et donc moins d’heures de travail hors temps d’enseignement.

Or, avec les années, leur cahier des charges, leurs responsabilités et leur formation ont évolué, sans toutefois entraîner de modifications salariales. Après avoir manifesté en 2013, les enseignants, réunis en association (l’AGMEP), ont saisi la justice pour que l’Etat entre enfin en matière sur une réévaluation de leur fonction.

«Le droit à être réévalué»

Au Cycle et au postobligatoire, les maîtres de sport sont payés en classe salariale 17, leurs collègues – même les professeurs d’art et de musique – en classe 20. Soit une différence d’environ 1000 fr. par mois. Un écart essentiellement justifié par les différences dans l’exercice de la profession: les maîtres de sport avaient un niveau de formation et un travail de suivi des élèves moindres.

Mais aujourd’hui, la situation a changé, soutient Me Romain Jordan, l’avocat de l’AGMEP. «Les requis de formation ainsi que les exigences globales de la fonction ont été modifiés.» En effet, ces maîtres suivent depuis plusieurs années un cursus similaire aux autres professeurs – ils sont désormais détenteurs d’une maîtrise universitaire – et ils doivent enseigner une deuxième discipline. «De plus, continue l’avocat, deux heures d’enseignement supplémentaires ont récemment été ajoutées à leur horaire. Au final, leur charge de travail ainsi que leur formation sont équivalentes à celles de leurs collègues.»

Les maîtres pointent aussi une inégalité de traitement entre eux. Car une partie est payée en classe 20, à la condition d’enseigner à au moins 50% dans la deuxième branche. Ainsi, certains bénéficient d’un salaire plus élevé que d’autres selon s’ils ont pu ou non obtenir de leur direction suffisamment d’heures d’enseignement dans leur seconde discipline.

Au primaire également les salaires divergent. «La fonction mérite d’être réétudiée car il y a eu des changements de cahier des charges, avance un enseignant de sport. Depuis l’introduction du mercredi matin par exemple, les maîtres d’éducation physique ont la charge entière de la classe, ils ne sont plus secondés par le maître généraliste.» Et de conclure: «Notre but n’est pas de comparer des pommes et des poires, les disciplines ont toutes leurs spécificités. Nous voulons seulement avoir droit à une réévaluation qu’on nous refuse depuis des années.»

Pour faire valoir ce droit, l’association et sa centaine de membres ont porté leurs revendications devant le Département de l’instruction publique (DIP), en 2014. Un an plus tard, le Conseil d’Etat a refusé d’aborder le sujet, arguant que les réévaluations seraient gelées en attendant l’entrée en vigueur de Score, ce projet de révision du système d’évaluation des fonctions de l’administration. Celui-ci devait d’abord entrer en vigueur en 2013, puis le 1er janvier 2017. Après une violente levée de boucliers des fonctionnaires et de leurs syndicats, l’Etat est en train de revoir sa copie. On parle désormais d’un projet ficelé pour la fin d’année, au plus tôt.

Leur charge de travail ainsi que leur formation sont équivalentes à celles de leurs collègues

Lassée d’attendre, l’AGMEP a fait recours à la Chambre administrative de la Cour de justice contre ce refus d’entrée en matière du Conseil d’Etat; celle-ci vient d’admettre son recours. Elle indique: «Si on peut comprendre la volonté du Conseil d’Etat de bloquer, pendant un certain temps, toute réévaluation afin de procéder à la révision du système d’évaluation des fonctions, […] force est de constater que, plus de quatre ans après l’entrée en vigueur initialement prévue de Score, cette révision n’a toujours pas abouti.» Ce refus «s’apparente à un déni de justice».

Le DIP pas opposé

La Chambre intime donc à l’Etat d’entrer en matière sur une éventuelle réévaluation. «Nous avons donné dix jours au Conseil d’Etat pour lancer la procédure», indique Me Romain Jordan, saluant cette décision «courageuse, sanctionnant à juste titre le fait du prince étatique». Il a bon espoir que cette décision soit amenée à faire jurisprudence pour tous les autres fonctionnaires concernés.

Que répond le DIP, la différence salariale est-elle encore justifiée? Il est peu disert… et se contente de préciser que «le délai pour recourir n’est à ce jour pas échu» et la procédure étant en cours, il ne fera pas de commentaire. Mais on sait que sa cheffe, Anne Emery-Torracinta, n’est pas opposée au principe d’une réévaluation: en 2014, elle avait proposé que les maîtres de sport soient rémunérés en classe 18, en vertu de leur titre universitaire; le Conseil d’Etat n’était pas entré en matière.

(TDG)

Créé: 12.03.2017, 19h34

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