La justice frappe plus fort contre les viols en pleine rue

CondamnationsL'an dernier, de nombreuses agressions sexuelles ont eu lieu à la nuit tombée. Les peines sont plus lourdes

Si les peines s’alourdissent pour les viols en plein air, il n’en va pas de même pour les affaires d’abus sexuel familial.

Si les peines s’alourdissent pour les viols en plein air, il n’en va pas de même pour les affaires d’abus sexuel familial. Image: Magali Girardin

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Au Palais de justice, on les nomme, en coulisses, les viols «à l’arrache», «à la sauvage», les «blitz rapes» (ndlr: viols éclair). Des agressions sexuelles en plein air, dans les allées et les cours, commises par des inconnus dès la tombée de la nuit. Des actes qui sont aujourd’hui plus lourdement et rapidement sanctionnés qu’hier, selon les pénalistes interrogés. Certains saluent «cette reprise en main», à l’instar de Me Lorella Bertani, d’autres estiment que leurs clients en font les frais en subissant même une discrimination: «On voit même des peines qui se rapprochent de celles infligées pour des homicides», explique Me Jérôme Picot, pensant probablement aux huit ans de prison prononcés contre la meurtrière du banquier Edouard Stern.

Volonté de sanctionner

Cette semaine, l’avocat vient de recevoir, «comme une gifle», le jugement contre son client, un clandestin maghrébin, condamné à huit ans de prison lui aussi pour avoir abusé au petit matin d’une jeune femme rentrant d’une soirée aux Acacias. Même traitement, le mois dernier, pour un SDF roumain qui a écopé de sept ans de prison. Il a été reconnu coupable du viol d’une joggeuse en fin de soirée au bord de l’Arve le 19 février 2015. Le Ministère public avait même requis trois ans de plus pour viol avec cruauté.

Manifestement, le tour de vis est amorcé. Au Parquet, mais aussi chez les juges. «Il y a des directives au Ministère public pour se coordonner en matière de Loi fédérale sur les stupéfiants, sur la circulation routière et sur les étrangers, mais pas pour ces crimes graves comme le viol, précise un observateur du Palais. Les juges des tribunaux n’ont pas de directives, s’ils cognent c’est parce qu’il y a une volonté de sanctionner qui est aussi dans l’air du temps.»

Cette réalité est confirmée et saluée par Me Bertani. L’an dernier, de nombreux autres viols de rue ont eu lieu en ville. A Plainpalais, non loin du Musée d’ethnographie, mais aussi sur les quais juste devant le Palais Wilson, une soirée d’été. «Les peines tiennent compte de deux atteintes: celle à la liberté sexuelle mais aussi celle à la liberté des femmes de se mouvoir, explique Me Bertani. Il est positif que la justice reconnaisse enfin la gravité de ce crime.»

De manière générale, les sanctions semblent en revanche moins lourdes et les instructions plus longues dans les affaires d’abus sexuel «familial» ou dans un contexte de personnes qui se connaissent. Exemple: en octobre dernier, un père de famille a été condamné à 4 ans et demi de prison pour avoir à maintes reprises violé sa fille de 12 ans et la meilleure amie de cette dernière. Il a été reconnu coupable d’actes d’ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle, de viol, de tentative de viol et d’inceste. Le jugement évoque des dizaines d’abus sexuels et au moins trois viols sur chaque enfant. Des actes qui se sont déroulés en 2013 et 2014, en grande partie dans l’appartement familial.

Dans ce genre de cas, les faits sont manifestement plus complexes et plus difficiles à démontrer, constatent les pénalistes contactés. Pourtant, quand le violeur est connu, les effets sur la victime sont particulièrement dévastateurs, «car la confiance envers tous les hommes est rompue», poursuit Me Bertani. Et de citer le cas d’une affaire dans laquelle un Genevois est venu chercher une amie pour sortir le soir. «Il est en bas à l’interphone. Comme elle n’est pas prête, elle lui dit de monter. Il boit un verre en attendant. Avant de la violer chez elle. A qui peut-elle encore faire confiance dans la vie?»

Un crime destructeur

Les dégâts sont également énormes dans les cas de contraintes sexuelles sur des enfants. Sur ce point, l’avocate se dit satisfaite de la sanction, huit ans de prison, infligés cet hiver à un pédophile, marié à une maman de jour. «Le viol ne laisse pas de cicatrices visibles, il vous détruit de l’intérieur», conclut l’avocate rompue à la défense des victimes. Défenseur de la femme violée l’an dernier aux Acacias, Me Robert Assaël le confirme: «Ma cliente restera marquée à vie par l’agression bestiale et brutale qu’elle a subie.»

Créé: 07.02.2016, 21h46

Pas de directives

Porte-parole du Ministère public, Henri Della Casa confirme le tour de vis: «Des peines plus lourdes que par le passé sont aujourd’hui requises par les procureurs pour un viol avec cruauté, avec il est vrai un résultat obtenu devant les tribunaux dans les deux affaires citées (ndlr. 7 et 8?ans de prison)». Cependant, «il n’y a pas de directive en la matière, ajoute-t-il. Pour un tel niveau de peine, chaque procureur détermine la sanction en tenant compte de la gravité et des circonstances.»

F.M.

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