La justice donne une gifle à Eric Stauffer

Boulettes de cocaïneNon seulement le tribunal condamne le député MCG, mais il lui fait la leçon sur le plan politique, juridique et comportemental

Eric Stauffer en compagnie de Roger Golay le 2 novembre.

Eric Stauffer en compagnie de Roger Golay le 2 novembre. Image: Laurent Guiraud

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Eric Stauffer est reconnu coupable d’infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants, a appris la Tribune de Genève. Le Tribunal de police, dans un arrêt du 3 décembre, vient de le condamner à 45 jours-amende avec sursis (à 230 francs le jour), confirmant ainsi l’ordonnance pénale rendue par le procureur général, Olivier Jornot.

En 2013, pour démontrer à quel point il était facile de se procurer de la drogue aux Pâquis, il avait procédé, avec un jeune sympathisant MCG, à l’achat de deux boulettes de cocaïne dans ce quartier. La police avait été appelée immédiatement et la drogue lui avait été remise. L’opération avait été filmée et mise en ligne sur le site du parti afin de montrer les lacunes de la lutte contre le trafic de stupéfiants et le danger qu’il faisait courir à la jeunesse.

Le procureur général n’avait pas apprécié. Il avait condamné les deux hommes. Condamnations confirmées aujourd’hui par la juge Isabelle Cuendet. «Un jugement stupéfiant!» selon Me Yaël Hayat, avocate d’Eric Stauffer. «Il n’y a que la médiocrité qui ait le privilège de la durée», se borne à lancer, quant à lui, le député MCG, qui ajoute: «Rendez-vous en appel!» L’affaire est donc loin de s’achever. Me François Canonica, défenseur du sympathisant MCG, déclare: «Il arrive que la justice manque ses rendez-vous avec elle-même. Je ne vais pas en faire un drame mais me contenter d’un appel.» Son client, qui a entretemps quitté le parti, ne comprend pas «pourquoi le procureur général continue à s’acharner sur moi. Compte tenu du fait que cette affaire est, à mes yeux, un rapport de force entre Olivier Jornot et Eric Stauffer.»

Quel est le raisonnement suivi par le Tribunal de police pour condamner Eric Stauffer? Dans son arrêt de 17 pages, il admet que «les prévenus n’ont effectivement pas eu pour intention ni de revendre, ni de consommer, la cocaïne achetée».

«La sécurisation des boulettes de cocaïne paraît ainsi pour le moins hasardeuse.»

Mais alors? «La question du risque encouru entre la transaction et le rapatriement de la boulette est plus problématique, poursuit la juge. En effet, même s’il apparaît que le temps écoulé est de quelques minutes, le tribunal constate que cette opération a été organisée au pied levé, sans préparation et sans réflexion sur sa légalité.» Pour Isabelle Cuendet, «il existait un risque, même faible, que la drogue finisse dans les mains d’un tiers». Une personne aurait pu intervenir et la transaction donner lieu à une bagarre généralisée. «La sécurisation des boulettes de cocaïne paraît ainsi pour le moins hasardeuse.»

En outre, les 200 francs donnés par Eric Stauffer au dealer, n’ont jamais été retrouvés. La somme a ainsi été «volontairement introduite» dans le trafic de stupéfiants, considère le tribunal. Lequel ajoute: «Dans un Etat de droit démocratique, les buts politiques et idéaux doivent en principe être poursuivis par des moyens politiques, respectivement par la voie juridique.» Dans le cas présent, «l’action entreprise par les prévenus n’est ni nécessaire, ni proportionnée pour atteindre le but recherché, soit la lutte contre le trafic de stupéfiants.» Sans compter qu’«il était loisible à Eric Stauffer d’intervenir sur le plan politique, ce qui constitue d’ailleurs le but de son mandat électif».

«Il a continué encore à l’audience de jugement de défendre son comportement, pourtant manifestement contraire au droit.»

Et de conclure que la prise de conscience du député MCG est «nulle». «Il a continué encore à l’audience de jugement de défendre son comportement, pourtant manifestement contraire au droit.» En dehors des jours-amende avec sursis et vu «l’absence de prise de conscience de la gravité de ses agissements délictueux», le tribunal condamne Eric Stauffer à une amende de 2070 francs, «afin qu’il saisisse la portée de son comportement, de même que pour le dissuader de récidiver à l’avenir…»

Le tribunal condamne Eric Stauffer à une amende de 2070 francs, «afin qu’il saisisse la portée de son comportement, de même que pour le dissuader de récidiver à l’avenir…»
(TDG)

Créé: 04.12.2015, 17h39

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