Une peine ferme et un sursis pour les antispécistes

JusticeLe Tribunal de police a condamné deux jeunes activistes à des peines de 12 mois fermes 7 mois avec sursis. Leurs avocats annoncent qu'ils feront appel.

La juge Françoise Saillen Agad (au centre) entourée de ses greffiers-juristes. A droite, le procureur Adrian Holloway, qui avait requis des peines fermes de 18 et 12 mois.

La juge Françoise Saillen Agad (au centre) entourée de ses greffiers-juristes. A droite, le procureur Adrian Holloway, qui avait requis des peines fermes de 18 et 12 mois. Image: Patrick Tondeux

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Une faute «conséquente» et du «mépris pour les règles en vigueur». Après deux jours d’audience, le Tribunal de police a rendu son jugement vendredi soir dans l’affaire des antispécistes.

Ils étaient deux à être jugés pour des caillassages de boucheries à Genève, pour s’en être pris à un abattoir à Perly, mais également aux locaux du service vétérinaire de l’État de Fribourg, sans compter l’occupation des abattoirs Bell, à Soleure.

Le principal prévenu, 28 ans, a écopé d’une peine de prison ferme d’un an pour, notamment, dommages à la propriété et violation de domicile. Sa camarade, 22 ans, sera condamnée à 7 mois de prison avec sursis. Aucune preuve n’atteste en effet de sa participation à l’attaque de l’abattoir dans la campagne genevoise en août 2018.

Un troisième homme était convoqué à la barre. Impliqué dans des faits mineurs, il a écopé d’une peine pécuniaire avec sursis.

Acquittement partiel

Si la juge Françoise Saillen Agad a rendu un verdict de culpabilité, elle a néanmoins acquitté les activistes sur plusieurs points. Les jeunes antispécistes n’ayant pas été pris en flagrant délit, ils ont été innocentés, au bénéfice du doute, pour le caillassage de certaines boucheries à Genève. «Je constate que le tribunal a été clément pour le protagoniste reconnu coupable des cas les plus graves», réagit à chaud le procureur Adrian Holloway. «Globalement satisfait», le représentant du Ministère public étudiera néanmoins l’opportunité de faire appel «à tête reposée».

Du côté de la défense, les avocats confirment qu'ils feront appel. «Les motivations de ce jugement sont clairement contestables», déclare Me Léonard Micheli-Jeannet, à la défense de la jeune femme condamnée à une peine avec sursis.

Rappel des faits: au début de l’année 2018, Genève se réveille plusieurs fois avec des stigmates de nuits agitées. En ligne de mire, les bouchers. Quand ils reprennent leur travail au petit matin, ces artisans-commerçants découvrent de grosses pierres qui ont fracassé leurs vitrines, des autocollants qui dénoncent leur boutique en tant que «spéciste» et des tags.

Du Molard aux Grottes, des Eaux-Vives au Grand-Lancy, les victimes déposent plainte et expriment leur incompréhension. Pourquoi s’en prendre à eux, des artisans de quartier, à mille lieues des grands abattoirs dont les images choquent le public? «Ce sont des symboles», répondent les antispécistes dans des vidéos qu’ils postent en guise de revendications sur les réseaux sociaux. Ces mêmes activistes attaqueront également des abattoirs.

Après la marche contre le spécisme de l’été 2018, les locaux exploités par Proferme SA et Volailles importation SA à Perly seront souillés. Les dégâts coûtent cher. Des pastilles de javel sont mélangées à sept tonnes de volaille. Outre les souillures, le sabotage de l’outillage industriel fait grimper la facture des déprédations à plus de 70 000 francs.

Les enquêteurs mettront trois mois à identifier le principal suspect. Ils le trouveront en Valais. Il a déjà quelques condamnations à son actif. Dans son sac, on découvre le matériel qui a servi à attaquer l’abattoir de Perly. À partir de là, d’autres suspects seront identifiés. En particulier une jeune femme de 22 ans, dont l’ADN a été prélevé sur des autocollants placés sur les devantures des magasins caillassés.

Dix-huit cas de vandalisme

Un an plus tard, l’enquête menée par le procureur Adrian Holloway désigne trois prévenus et dix-huit cas de vandalisme. Pour le procureur, les activistes ont aussi agi hors des frontières cantonales. À Fribourg et à Soleure, où ils se sont enchaînés dans les locaux du géant Bell pour interrompre l’activité de l’abattoir.

Le procès genevois a été marqué par le silence des prévenus et la tactique de défense de leurs avocats consistant à contester la validité des preuves, ainsi que par l’incarcération préventive particulièrement longue du principal militant: onze mois. Quelques jours avant l’ouverture des débats, le Tribunal fédéral (TF) a jugé cette durée excessive. Des mesures de substitution – bracelet électronique, interdiction de périmètre, etc. – auraient pu remplacer cette détention préventive, a décrété le TF.

Aujourd’hui, cet homme réclame près de 70 000 de dédommagements pour ces onze mois de prison. Vendredi, la juge du Tribunal de police a rejeté cette demande.

La question se reposera forcément lors du procès en appel.

Créé: 08.11.2019, 18h55

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