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La juge: «Vous étiez le seul à ne pas être inquiet de la disparition de Semhar»

Le jour du crime, le prévenu dit qu'il avait rendez-vous avec la jeune fille pour un cours de conduite, mais elle n'est jamais venue.

Tribunal criminel. Le prévenu parle à l’aide d’un micro. À gauche, ses deux avocats, Mes Yaël Hayat et Vincent Spira.
Tribunal criminel. Le prévenu parle à l’aide d’un micro. À gauche, ses deux avocats, Mes Yaël Hayat et Vincent Spira.
Patrick Tondeux

L’Éthiopien de 42 ans jugé depuis lundi pour le viol et l’assassinat de sa belle-fille de 12 ans partageait un petit secret avec sa victime. Ce chauffeur de taxi lui donnait des cours de conduite dans le garage de son immeuble, à Carouge. Le jour du crime, ce 23 août 2012, il lui avait justement fixé rendez-vous vers 19 h 30, au bas de l’immeuble, pour une leçon. Il l’a attendue plus d’une demi-heure, explique-t-il au Tribunal criminel, mais elle n’est jamais venue.

Traces ADN sur le slip

«Que s’est-il passé entre 19 h 45 et 20 h 23?» lui demande la juge Isabelle Cuendet. «J’ai attendu sur le parking de l’épicerie. Et puis je me suis dit que Semhar avait dû rester avec ses copines.» La juge: «Pourquoi vous ne l’appelez pas?» Le prévenu: «Je ne voulais pas la déranger si elle était avec ses copines.» S’est-il inquiété? «Non, pourquoi me serais-je inquiété?» Est-il monté dans l’appartement? Non. Et les traces ADN retrouvées un peu partout sur le corps de Semhar, et même sur son slip, comment les explique-t-il? «J’habitais en partie dans cette maison, il y avait des habits partout, tout est possible au niveau des traces.» En plus, décrit le prévenu, la veille du crime, ils s’étaient touchés avec Semhar, au cours d’une sorte de jeu taquin, et il y avait eu un contact physique entre eux, d’où peut-être ces traces ADN.

D’ailleurs, intervient aussitôt la défense (Mes Yaël Hayat et Vincent Spira), cet ADN est souvent mêlé à d’autres profils. Aux yeux des avocats, qui plaident l’acquittement, il ne prouve rien.

Après avoir attendu Semhar en vain ce 23 août 2012, le prévenu a invité la mère de la jeune fille au restaurant. Cette dame (qui était sa dernière conquête) se montrait très inquiète car sa fille ne répondait pas sur son portable. Vers minuit, lorsqu’elle a constaté que l’adolescente n’était pas de retour à la maison, elle s’est mise à pleurer. Elle a téléphoné aux voisins et a fait le tour du quartier.

«Je lui ai promis un iPhone»

La juge: «Il est plus de minuit, la femme que vous aimez est affolée, elle contacte les voisins et la police. Le quartier est en ébullition et vous ne mentionnez pas votre rendez-vous manqué avec Semhar?» Le prévenu: «Sur le moment, ce rendez-vous m’a paru banal. Pour moi, elle était toujours chez ses copines.»

Pourtant, admet cet homme, Semhar était une fille obéissante. Mais «elle jouait dans le quartier et faisait parfois du jogging le soir». Révoltée par ces propos sur le jogging du soir, la mère de la victime tente d’intervenir, elle pleure. «Je sais que c’est difficile, madame, intervient la juge Cuendet, mais vous aurez la parole demain.»

Vêtu d’un tee-shirt jaune canari assorti à ses baskets, l’accusé, lui, semble insubmersible. Il a réponse à tout, les questions glissent sur lui, rien n’accroche. «Je pense que vous étiez la seule personne du quartier de la Tambourine qui n’était pas inquiète, constate la juge. C’était une disparition d’enfant quand même! Ce n’est pas banal…» Le prévenu affirme que le lendemain du crime, lui aussi a commencé à s’inquiéter. Mais pas au point de raconter son rendez-vous manqué avec Semhar.

«Qu’est-ce que ça aurait changé? La police avait commencé à faire son travail.» Quel lien avait-il avec la défunte? Il décrit un lien de sympathie: «On s’amusait, on se taquinait. Je l’ai aidée à faire son exposé sur l’Éthiopie et je lui ai promis un iPhone si elle obtenait de bonnes notes à l’école.» Quant à sa vie de l’époque, entre deux femmes et deux relations sentimentales, elle ne lui posait pas trop de problèmes: «C’était une vie joyeuse!»

Le procès se poursuit.

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