«Le juge des mineurs doit assumer lui-même la sanction qu’il a prononcée»

JusticePrésident du Tribunal des mineurs et juge humaniste, Olivier Boillat a donné une conférence publique.

Olivier Boillat a donné une conférence le lundi 3 juin à Carouge.

Olivier Boillat a donné une conférence le lundi 3 juin à Carouge. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Sur le flyer annonçant la soirée, l’adresse indiquée porte un nom qui inspire la méfiance: la rue du Tunnel, à Carouge. C’est là, au numéro 7, que doit s’exprimer le conférencier invité. On le croise à la ville, dans un exercice détendu et partageur, la nage en eau vive, avec une préférence marquée pour le lac. C’est grâce à lui qu’on le traverse désormais chaque été depuis quatre ans, en allant de Genève-Plage aux Bains des Pâquis.

Olivier Boillat, donc, nageur des quatre saisons, les sessions nocturnes en hiver, au pied du phare, c’est aussi lui. La soirée carougeoise, ce lundi 3 juin, se déroule sur des bases moins aquatiques. Ce n’est pas le nageur au long cours qu’a convié l’organisatrice, Christine Brawand Schmidt, mais le juge et président du Tribunal pénal des mineurs. Le cycle de conférences publiques lancé porte sur des «métiers que l’on ne connaît pas bien», sur l’engagement et la passion qui conduisent à les exercer.

Joli programme à la première personne. Le genre, forcément égocentrique, a ses pièges et ses tunnels. On ne s’ennuie pas à regarder Olivier Boillat nager le crawl, comme on ne se fatigue pas à l’écouter. Il vient d’une profession – avocat – qui muscle la parole. Son récit d’apprentissage se raconte sans notes, à main levée, jusqu’au seuil de la magistrature où il ne pensait pas forcément entrer un jour. Depuis maintenant dix ans, il œuvre dans cette juridiction dont on ne parle jamais publiquement.

Vocation tardive, bâtie sur des convictions anciennes, acquises en plaidant – «J’aimais défendre les petites frappes, dans le domaine de la criminalité ordinaire, je faisais du pénal social» – mais aussi et surtout en visitant les prisons. Celui qui n’est encore que stagiaire dans une étude de la place s’intéresse au monde carcéral, les établissements pénitentiaires «deviennent une réelle obsession». Il s’immerge dans les lieux où l’on enferme, veut comprendre, rencontre les détenus qui seront ses clients, ne compte pas ses heures au parloir.

«J’ai été confronté à des individus qui avaient commis des crimes abominables, mais qui tenaient – par-delà les actes monstrueux reprochés – de vraies conversations. Cette part d’humanité enfouie est toujours porteuse d’espoir, j’en suis intimement persuadé. Je me suis battu pour obtenir des mises en liberté provisoire. Je me faisais un point d’honneur à aller revoir en prison, une fois au moins, mes clients après jugement.»

C’est dans l’expérience concrète qu’Olivier Boillat puise chaque jour sa motivation professionnelle. Avec les jeunes délinquants – il préfère dire «des mineurs en conflit avec la loi» – il est vraiment comblé. La loi, désormais, c’est lui qui l’applique. Elle n’est pas répressive dans son principe. En Suisse, rappelle-t-il, le droit pénal des mineurs privilégie l’intervention socio-éducative, afin d’éviter, dans la mesure du possible, la récidive.

Une triple fonction à assumer: instruire, juger et, surtout, assurer le suivi. «Le juge doit assumer lui-même la sanction qu’il a prononcée; il peut en mesurer les fruits», commente Olivier Boillat. La fonction n’éloigne pas, elle expose: «On se retrouve face à des parents en souffrance, ça pleure beaucoup dans nos bureaux», reconnaît l’intéressé. Sans s’arrêter, sinon en théorie, sur ces «crimes d’adulte» commis par des auteurs qui n’ont pas atteint leur majorité.

«Le droit pénal des mineurs n’est pas conçu chez nous pour soulager par la peine infligée la douleur de la victime et des proches», souligne notre juge humaniste. Quant à savoir si l’actuelle jeunesse est plus violente ou inquiétante que les précédentes, notre orateur est convaincu que tel n’est pas le cas: «Différente, soucieuse du climat. Certes, certains cas sont très graves, mais ils sont exceptionnels. Les adultes sont plus inquiétants…»

(TDG)

Créé: 11.06.2019, 19h25

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