Et si tout se jouait avant 10 ans?

SantéUne étude de l'Université de Genève montre une association entre la pauvreté dans l'enfance et l'état de santé à un âge avancé.

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Image d'illustration Image: Lucien Fortunati (archives)

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Avoir souffert de précarité dans l’enfance marque le corps à vie. Si les conditions socio-économiques et l’hygiène de vie s’améliorent au cours de l’existence, l’impact de ces premières années s’atténuera. Mais il ne s’effacera pas, en particulier chez les femmes. C’est le résultat d’une étude pilotée par l’Université de Genève (UNIGE), publiée dans la revue Age and Ageing et rendue publique ce mardi.

Cette étude s’inscrit dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES qui regroupe 150 chercheurs en Suisse et dont l’objectif est de mieux comprendre l’apparition de la vulnérabilité et les moyens de la surmonter. A Genève, les chercheurs Boris Cheval et Stéphane Cullati ont voulu savoir si la situation sociale et économique dans l’enfance influençait notre état de santé à long terme.

Pour ce faire, ils ont exploité les données d’une vaste enquête européenne sur le vieillissement (SHARE) menée sur les personnes âgées, interrogées et examinées à six reprises entre 2004 et 2015. Ils ont retenu les profils de 24 179 personnes de 50 à 96 ans, vivant dans 14 pays (Allemagne, Autriche, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Pologne, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Suède et Suisse).

Pour évaluer leur état de santé, l’étude SHARE avait examiné sept indicateurs, dont la force musculaire, mesurée à l’aide d’un dynamomètre portatif. Les Genevois ont retenu cette mesure, considérée comme un très bon outil prédictif de l’état global de santé. «Un article du Lancet de 2017 montre un lien entre la force musculaire et la mortalité», précise le psychologue Boris Cheval.

La lecture protège!

Les chercheurs ont ensuite analysé la situation socio-économique de ces 24000 personnes à l’âge de 10 ans, au moyen de quatre indicateurs: la profession du principal soutien de famille, la qualité de l’habitation, le nombre de personnes y vivant en comparaison du nombre de pièces et le nombre de livres à la maison. «Cette dernière variable était la plus prédictrice de l’état de santé futur», observe le chercheur. Principal résultat: les personnes ayant vécu dans un environnement défavorisé dans leurs premières années de vie ont, en moyenne, une force musculaire plus faible lorsqu’elles deviennent âgées, comparées aux individus ayant grandi dans un milieu favorisé. Même si la situation s’améliore à l’âge adulte sur le plan socio-économique – par l’éducation, la profession, le niveau de revenu – et malgré des comportements favorables pour la santé – activité physique, alimentation, moindre consommation d’alcool et de tabac – cette tendance ne disparaît pas, en particulier chez les femmes.

Les femmes plus à risque

Cette différence de genre peut s’expliquer de deux manières, selon Boris Cheval. «La cohorte analysée est composée de personnes plutôt âgées qui ont vécu à une époque où les femmes étaient peu mobiles socialement. Elles avaient donc moins d’occasions d’améliorer leur situation, en travaillant par exemple. Par ailleurs, l’âge étudié (10 ans) correspond à une période plus sensible pour le développement de la force musculaire chez les petites filles que chez les garçons, pour qui ce développement survient plus tard.»

Mieux en Scandinavie

Autre résultat intéressant: dans les pays scandinaves, les habitants sont globalement en meilleure santé, indépendamment de leur niveau socio-économique. Pour l’expliquer, le chercheur Stéphane Cullati souligne que ces pays sont plus égalitaires en termes d’éducation et d’accès aux soins. La politique peut jouer un rôle correctif intéressant. Même si l’étude révèle des associations et n’établit pas de liens de causalité, il semble, pour les auteurs, que les inégalités sociales s’incarnent biologiquement. Comment l’expliquer? «Nous pensons que le stress joue un grand rôle, analyse Boris Cheval. Des événements perturbateurs dans une période critique du développement peuvent altérer la réponse au stress. Ensuite, cette hypersensibilité influe sur le fonctionnement du système immunitaire et inflammatoire et sur l’état de santé général.»

Les chercheurs vont poursuivre leurs analyses afin de déterminer comment le système socio-économique d’un pays peut tempérer la corrélation entre enfance défavorisée et mauvaise santé lors de la vieillesse. (TDG)

Créé: 20.02.2018, 10h21

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