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Jorge Cañete, créateur d’univers enchanteurs

De un avec Hauteville à Saint-Légier, de deux avec Lussy-sur-Morges et… de trois avec la chartreuse de La Lance à Concise. Les châteaux, Jorge Cañete ne les bâtit pas avec des cartes et ne les rêve pas davantage dans le pays d’origine de ses parents, l’Espagne. Il les habite et les collectionne pour les accrocher à son blason d’architecte d’intérieur, élu meilleur designer de l’année 2014 et sélectionné huit fois de suite par la bible de la branche.

Né à Genève, au pays des réformateurs, le sang d’une monarchie catholique dans les veines, l’homme n’est châtelain que dans l’amour des belles choses et dans l’âme. Et il l’a hypersensible, élégamment altruiste, passionnée. Mais encore reconnaissante envers le passé, la modestie étant la seule réponse recevable face à ces architectures souveraines. «Ce sont des endroits fascinants, à nous de ne pas oublier qu’ils ont existé avant nous.» Attaché aux vieilles pierres plus qu’au prestige de l’adresse, galvanisé par l’histoire avérée autant que par les contes de fées, Jorge Cañete se réalise en équilibre entre deux temps, entre les mesures tangibles ou imaginaires. Créateur, il y inscrit son travail; poète, il y instruit sa philosophie de vie. «Les vieilles pierres, c’est l’ancrage permettant de se projeter vers le futur. On sait d’où on part. Pour pouvoir s’envoler, il faut ce socle, ce savoir d’où on vient.»

Et comme un autre signe de ce passé qui fonde les êtres dans leur singularité, chez Jorge Cañete, l’envie de décorer était là, latente depuis toujours. «Enfant, je refaisais déjà ma chambre, j’ai toujours été fasciné par les décors.» Mais comme une Belle au bois dormant, l’appétence a veillé, le temps d’une première vie entre le strass et – surtout – le stress des hautes sphères marketing de l’industrie du luxe. «J’ai beaucoup bougé, beaucoup voyagé, mais à l’instant où je me suis rendu compte que le nouvel appartement m’amusait plus que le nouveau job, j’ai dit stop! J’avais compris que c’est en recréant des nouveaux univers émotionnels que je m’éclatais. Et comme je le faisais pour moi, je pouvais peut-être le faire pour les autres.»

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