John Bolton à Genève pour sortir l’Iran du jeu syrien

Diplomatie Le conseiller américain à la sécurité nationale vient négocier avec son homologue russe un scénario de sortie de crise.

Poignée de main entre le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton (à g.), et le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, ce lundi, lors d’une conférence de presse commune en Israël. John Bolton y mène un cycle de consultations avant son arrivée à Genève où il rencontrera, jeudi, son homologue russe.

Poignée de main entre le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton (à g.), et le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, ce lundi, lors d’une conférence de presse commune en Israël. John Bolton y mène un cycle de consultations avant son arrivée à Genève où il rencontrera, jeudi, son homologue russe. Image: Keystone

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La Maison-Blanche comme le Kremlin restent très vagues sur le contenu de la discussion qui doit avoir lieu ce jeudi à Genève entre le conseiller à la sécurité nationale américain John Bolton et son homologue russe Nikolaï Patrushev. «Il n’y a pas de programme fermement fixé», a répondu lundi matin Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine. Quelques jours plus tôt, Washington a fixé un cadre très large en expliquant que cette rencontre bilatérale, qui devrait se tenir dans un grand hôtel de Genève, s’inscrivait dans le prolongement du sommet qui a réuni Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki en juillet dernier.

L’entourage de John Bolton comme celui de Nikolaï Patrushev confirment toutefois que le dossier syrien occupera une place centrale. Les signaux envoyés depuis Israël, où John Bolton est arrivé dimanche soir pour un cycle de consultations, montrent un recentrage autour de la question du départ des Iraniens du théâtre de guerre syrien. Pour Hasni Abidi, qui dirige le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève (Cermam), cette rencontre entre un émissaire russe et le plus proche conseiller de Donald Trump atteste «d’un bond diplomatique sans précédent dans le dossier syrien, même si cela se fait en dehors de la médiation conduite au nom de l’ONU par Staffan de Mistura», l’envoyé spécial de l’ONU en Syrie. Le politologue Daniel Warner est plus amer: «Ce rendez-vous à haut niveau est peut-être le signe d’une avancée dans les relations bilatérales Russie/États-Unis mais pas pour le multilatéralisme. Cela nous renvoie à la guerre froide, avec deux puissances qui décident toutes seules dans leur coin. C’est un incroyable bond en arrière.»

Stratégie de l’asphyxie

Le conseiller à la sécurité nationale américain va arriver à Genève au lendemain d’un voyage de deux jours en Israël au cours duquel il a d’ores et déjà expliqué qu’il partageait les préoccupations du premier ministre Benyamin Netanyahou sur la présence du Hezbollah et de soutiens iraniens en Syrie. John Bolton, qui a été le véritable artisan du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, est aussi à la manœuvre pour convaincre un maximum de pays de renforcer les sanctions qui visent la République islamique d’Iran. Une stratégie de l’asphyxie désormais utilisée par Washington comme un levier dans le dossier syrien. John Bolton est convaincu qu’en rendant l’économie iranienne exsangue et en accroissant l’hostilité de la population au régime et à la guerre menée en Syrie, les États-Unis pourront contraindre l’Iran à des concessions et notamment à un retrait de ses troupes.

Poutine avec Netanyahou

Dans ce bras de fer, le rôle de la Russie s’annonce déterminant. Depuis le début du conflit syrien, Moscou et Téhéran sont les alliés de Damas. Mais maintenant que la guerre est presque gagnée, le Kremlin voit plus d’inconvénients que d’avantages à cette présence pour la stabilité de la région, comme l’ont montré les derniers accrochages dans le Golan. En outre, Vladimir Poutine a eu plusieurs entretiens avec Benyamin Netanyahou. Le président russe, soucieux de préserver ses bonnes relations avec Israël, a été attentif aux arguments avancés par le premier ministre israélien. Avant même la rencontre entre John Bolton et Nikolaï Patrushev, le Kremlin a fait savoir qu’il partageait le point de vue américain sur le retrait des forces iraniennes de Syrie.

Ce lundi, à l’occasion d’un point presse, le porte-parole du Ministère iranien des affaires étrangères, Bahram Qassemi, a dénoncé les manœuvres visant «à saper les relations entre l’Iran et la Russie». Téhéran a rappelé que c’était «à l’invitation de son gouvernement» que l’Iran avait envoyé des forces en Syrie. Et d’ajouter: «Tant que le gouvernement syrien le demandera, nous serons présents – maintenant et pendant la phase de reconstruction.»

Daniel Warner s’interroge sur ce qui pourrait bien sous-tendre un accord entre Russes et Américains sur le départ des Iraniens de Syrie: «Est-ce que la contrepartie va être le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir? Et que va-t-il advenir des Kurdes?» «Négocier, c’est toujours donner et recevoir», souligne le politologue, qui rappelle qu’en contrepartie du retrait des missiles russes de Cuba, John Kennedy s’était engagé à retirer ses propres missiles de Turquie. Pour Hasni Abidi, il ne fait aucun doute que les deux puissances sont entrées dans un grand marchandage dans lequel figure aussi la question de l’Ukraine, comme le laisse entrevoir le déplacement que John Bolton a prévu de faire sur place après son entrevue avec Nikolaï Patrushev à Genève.

Créé: 20.08.2018, 21h31

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